Les émissions de l’industrie du pétrole et du gaz occuperont une part démesurée

EDMONTON — Une nouvelle analyse laisse croire que les émissions de gaz à effet de serre de l’industrie pétrolière et gazière du Canada constitueront une part démesurée à l’échelle mondiale du carbone restant que l’atmosphère peut absorber.

«Le Canada n’est pas un petit joueur», a déclaré Angela Carter, de l’Université de Waterloo, qui a publié les conclusions de l’étude en vue de la rencontre sur le changement climatique organisée par le président américain Joe Biden la semaine prochaine.

«Disons la vérité sur ce que nous faisons réellement et quel est cet impact mondial», a fait valoir Mme Carter, une politologue spécialisée en environnement.

Les scientifiques ont conclu que si le réchauffement climatique doit rester inférieur à 1,5 degré Celsius par rapport aux niveaux préindustriels comme prescrit dans l’accord de Paris, la quantité de carbone qui peut encore aller dans l’atmosphère est très limitée. Ce «budget carbone» est d’environ 230 milliards de tonnes.

Mme Carter et le coauteur Truzaar Dordi, un candidat au doctorat, ont décidé d’examiner quelle serait la contribution du Canada à ce budget carbone.

Dans un article publié par l’Institut Cascade, un groupe de réflexion sur le développement durable, les auteurs ont utilisé les projections gouvernementales de la production canadienne de pétrole et de gaz, qui prennent en compte une réglementation de plus en plus stricte sur le carbone. Cette production doit augmenter jusqu’en 2039 et rester au-dessus des niveaux actuels jusqu’en 2050, lorsque le Canada a promis l’atteinte de l’objectif d’émissions nettes nulles.

L’équipe a combiné ces chiffres avec les estimations officielles de la quantité de carbone rejetée dans la production et la consommation de pétrole canadien et a projeté l’ampleur de ces émissions d’ici 2050. Elle a comparé ces données au budget carbone à l’échelle de la planète.

«Quand j’ai comparé les chiffres, je les ai vérifiés quatre fois», a assuré Mme Carter.

Le Canada, avec 0,5 % de la population mondiale, serait responsable de 16 % de tout le carbone qui pourrait être rejeté dans l’atmosphère tout en tentant de contenir le réchauffement climatique.

«Il est effrayant de voir cela et exaspérant de voir le gouvernement fédéral se présenter comme un leader mondial de l’environnement», a déclaré Mme Carter. «Les preuves n’accréditent pas cette vision des choses.»

Elle est sceptique quant à la promesse du ministre fédéral de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, mardi, selon laquelle 2019 sera la dernière année où le Canada verra une augmentation des émissions de gaz à effet de serre.

«Ce n’est pas une déclaration fondée sur la réalité», croit-elle.

Environnement Canada n’a pas été en mesure de répondre immédiatement aux conclusions de Mme Carter.

Mme Carter a déclaré que l’augmentation de la production de combustibles fossiles obligera d’autres parties de l’économie à prendre le relais si le Canada veut atteindre ses objectifs de réduction.

«Parvenir à une position où nous voyons une baisse des émissions du Canada signifierait des réductions héroïques des émissions dans tous les autres secteurs.»

Capturer le dioxyde de carbone des grands émetteurs et l’enfouir en permanence sous terre, l’une des solutions souvent évoquées, présente des limites, a affirmé Mme Carter.

«C’est toujours extrêmement coûteux et ça nécessite beaucoup de soutien gouvernemental», a-t-elle fait valoir.

Son article souligne que l’industrie bénéficie déjà d’un soutien public considérable — de l’achat pour 12,6 milliards $ du pipeline Trans Mountain par Ottawa aux 1,7 milliard $ engagés pour nettoyer les infrastructures énergétiques abandonnées.

À l’aide de documents fédéraux, Mme Carter a constaté qu’entre mars 2020 et 2021, les industries et associations des combustibles fossiles ont rencontré des représentants du gouvernement un total de 1224 fois, en moyenne 4,5 fois par jour. Les groupes environnementaux ont rencontré le gouvernement 303 fois.

«Au cours de la dernière année, nous pouvons vraiment voir ce plaidoyer se manifester pleinement», a-t-elle déclaré.