Les enfants autochtones en familles d’accueil sont toujours surreprésentés au pays

WINNIPEG — De nouvelles données de recensement au Canada suggèrent que les enfants autochtones continuent d’être surreprésentés dans le système de protection de la jeunesse. 

Statistique Canada a publié mercredi de nouvelles données du recensement de 2021, qui montrent notamment que les enfants autochtones représentaient 53,8 % de tous les enfants confiés à des familles d’accueil. Ce nombre a légèrement augmenté par rapport au recensement de 2016, qui révélait que 52,2 % des enfants pris en charge de moins de 14 ans étaient autochtones. Pourtant, à l’époque, environ huit pour cent seulement des enfants de cet âge au Canada étaient autochtones.

Plus de 3 % des enfants autochtones vivant dans des «ménages privés» en 2021 étaient en famille d’accueil, comparativement à 0,2 % des enfants non autochtones. À l’échelle nationale, les enfants autochtones représentaient 7,7 % de tous les enfants de 14 ans et moins.

Statistique Canada prévient toutefois qu’en raison des difficultés à recueillir des données de recensement sur les Premières Nations et d’autres communautés autochtones, il faut faire preuve d’une certaine prudence lorsqu’on compare les données du Recensement de 2021 aux données des cycles antérieurs, «en particulier pour les Premières Nations vivant dans une réserve».

Au cours des dernières années, les dirigeants autochtones et différents acteurs de la protection de la jeunesse de tout le pays ont déployé des efforts considérables pour s’attaquer à l’éventail de problèmes systémiques qui contribuent à la surreprésentation des enfants autochtones pris en charge par l’État. Mais des experts estiment qu’il persiste encore aujourd’hui des facteurs systémiques comme le colonialisme, le sous-financement chronique des systèmes de protection de l’enfance, les pratiques discriminatoires et la pauvreté endémique.

Ainsi, une mère de Winnipeg relate qu’elle a été marquée à vie lorsque son premier enfant a été enlevé à la naissance par des travailleurs sociaux, qui lui ont dit qu’elle n’était pas apte à élever sa fille nouveau-née parce qu’elle n’avait que 17 ans à l’époque.

«Je ne sais pas comment on pourrait guérir complètement de ce traumatisme, a déclaré la femme, aujourd’hui âgée de 41 ans, que La Presse Canadienne a accepté de ne pas identifier en raison de l’implication de sa famille dans le système de protection de l’enfance. Avoir un bébé enlevé dès la naissance (…) le lien est brisé.»

Un cycle perpétuel

Et ce système de protection de l’enfance faisait déjà partie de la vie de cette mère de Winnipeg avant même la naissance de sa fille. Certains de ses frères et sœurs ont été enlevés à sa mère, une survivante des pensionnats, dans le cadre de la «rafle des années soixante». Elle a, par contre, été autorisée à rester avec sa mère — mais elle ne sait pas pourquoi.

La douleur de voir sa fille enlevée se répétera lorsque ses deuxième et troisième enfants deviendront «pupilles» permanents de la province. Elle dit avoir consommé de l’alcool pour faire face à la mort d’un membre de sa famille à l’époque. Ses enfants vivaient avec leur père lorsque des travailleurs sociaux sont venus les chercher en raison de la pauvreté, dit-elle.

Des années plus tard, lorsque sa petite-fille est entrée dans le système et qu’elle est devenue enceinte de son quatrième enfant, elle a su qu’elle devait briser le cycle. Elle a commencé à travailler avec des militants des Premières Nations et des groupes de parents pour en savoir plus sur la culture dont on l’avait dépouillée. 

«J’ai tellement guéri. J’ai appris notre chagrin et notre perte, ainsi que nos capacités d’adaptation positives, a déclaré la femme, qui s’occupe maintenant de sa petite-fille et de son arrière-petit-fils de quatre ans. Apprendre ma culture et mes traditions, ça m’a vraiment sauvée.»

Il y a environ 10 000 enfants pris en charge au Manitoba; près de 90 % sont autochtones.

La mère de Winnipeg ajoute que bien qu’il y ait eu quelques améliorations dans le système de protection de l’enfance grâce aux autorités et aux travailleurs sociaux des Premières Nations, la prévention fait toujours défaut. «Il devrait s’agir de garder les familles ensemble et de responsabiliser le parent (…) Ils ont besoin de quelque chose pour garder les familles ensemble.»

Prévention et guérison

Mary Teegee, directrice exécutive de l’organisme «Carrier Sekani Family Services», en Colombie-Britannique, a déclaré que des générations d’enfants ont été arrachées à leurs parents par le système des pensionnats et la «rafle des années 60», et sont élevées sans le soutien de leurs familles, de leur culture ou de leurs communautés. Cela a contribué aux dépendances, aux problèmes de santé mentale et aux traumatismes, dit-elle.

«Ce n’est pas seulement parce que les Autochtones ne peuvent pas s’occuper de leurs enfants. C’est à cause des attaques de génération en génération contre les structures familiales, les structures de classe et nationales.»

Cora Morgan, de l’Assemblée des chefs du Manitoba, a déclaré que sans investissements appropriés dans la prévention et la guérison, les réformes gouvernementales ne suffiront pas à elles seules à résoudre le problème. «En ce moment, nous sommes dans une situation où le gouvernement dicte comment les choses vont se passer, a-t-elle déclaré. Il doit y avoir le libre arbitre de nos nations pour pouvoir ramener des enfants à la maison.»

Le gouvernement libéral de Justin Trudeau a présenté un projet de loi sur la protection de l’enfance autochtone en 2019, et la loi est entrée en vigueur en 2020. Cette loi est censée affirmer les droits des membres des Premières Nations, des Inuits et des Métis d’exercer leur compétence sur les services à l’enfance et à la famille, dans le but de réduire le nombre d’enfants autochtones pris en charge par l’État.

Selon le ministère des Services aux Autochtones, 37 groupes avaient envoyé en juillet des avis d’intention d’exercer un pouvoir législatif et 27 ont demandé à conclure des ententes de coordination. De ce nombre, deux communautés des Premières Nations ont conclu des ententes de coordination avec les gouvernements fédéral et provincial.

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