Les enfants victimes des crises humanitaires ont besoin de plus d’argent

OTTAWA – La ministre fédérale du Développement international affirme que les pays doivent en faire davantage pour éduquer les enfants forcés de quitter leur maison, au moment où de nombreux désastres humanitaires frappent la planète.

Marie-Claude Bibeau a indiqué à La Presse Canadienne que trop peu du montant déjà insuffisant d’aide humanitaire était destiné à l’éducation des enfants qui sont forcés d’évacuer leur maison.

Et à moins d’investir davantage d’argent pour leur venir en aide, un plus grand nombre d’enfants seront moins éduqués et plus exposés à l’extrémisme, ce qui causera des menaces à la sécurité, croit-elle.

«C’est une question de paix et de sécurité. Si nous ne prenons pas soin de ces enfants, il y a un risque, surtout s’ils vivent dans des pays avoisinants, que s’ils ne vont pas à l’école, ils n’auront pas d’espoir», a-t-elle dit en marge du premier Sommet humanitaire mondial à Istanbul, lundi, où elle a annoncé une contribution canadienne de 274 millions $.

Le sommet de deux jours est une démarche importante des Nations unies de se pencher sur le problème, alors qu’elles estiment que le nombre de crises humanitaires dans le monde est le plus élevé depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Mme Bibeau est la représentante du Canada au sommet, qui tente de trouver de nouveaux moyens de répondre aux besoins des 125 millions de personnes affectées par des crises, incluant 60 millions qui ont été forcés de se déplacer.

Malgré les besoins criants dans des endroits comme la Syrie et l’Afrique subsaharienne, les Nations unies font face à un manque à gagner de 15 milliards $ du financement humanitaire.

Mais des sommes humanitaires qui sont présentement dépensées, seulement deux pour cent est dirigé vers l’éducation des jeunes enfants, et ce n’est simplement pas assez, croit Mme Bibeau.

«Nous devons voir ça différemment, a-t-elle déclaré. L’éducation est assurément nécessaire quand nous savons que les réfugiés et les évacués restent à l’extérieur de leur pays d’origine pendant en moyenne 17 ans. Nous ne voulons pas perdre des générations.»

L’investissement canadien de 274 millions $ incluait des contributions au Fonds central d’intervention d’urgence et au fonds d’urgence alimentaire en Éthiopie, où sévit une crise qui a affecté huit millions de gens.

La ministre supervise présentement une révision de la politique d’aide étrangère du Canada. Elle espère présenter un plan de cinq ans au conseil des ministres d’ici la fin de l’année.

Le gouvernement a récemment mis fin au gel de cinq ans imposé par l’ancien gouvernement conservateur en présentant une hausse modeste de 256 millions $ sur deux ans pour le développement de l’aide à l’étranger dans le dernier budget fédéral.

Le gouvernement est cependant sous pression pour augmenter considérablement la contribution canadienne pour atteindre l’objectif de 0,7 pour cent du produit intérieur brut.

Mme Bibeau a déclaré que le gouvernement ne pouvait atteindre cet objectif pour le moment parce que ceci impliquerait l’injection de 10 milliards $ supplémentaires dans le budget d’aide du Canada, une option qui n’est pas envisageable pour le moment.

Nicolas Moyer, le directeur exécutif de la Coalition humanitaire, une organisation chapeautant cinq agences canadiennes, a bien accueilli l’annonce d’investissement du gouvernement, affirmant que la révision de la politique actuelle était une occasion pour le Canada d’en faire plus.

Gérer la crise mondiale va cependant nécessiter une implication politique importante. M. Moyer était aussi à Istambul lundi et a souligné, comme d’autres participants, que la chancelière allemande Angela Merkel était la seule leader du G7 présente à la conférence.

«De l’implication politique de première instance est nécessaire, a expliqué M. Moyer. Globalement, les êtres humains dépensent plus sur la gomme à mâcher que sur l’aide humanitaire.»