Les entreprises espèrent des changements dans les chaînes d’approvisionnement

Les entreprises canadiennes souhaitent que la refonte des chaînes d’approvisionnement fasse l’objet d’une réflexion.

Selon la présidente de 3M Canada, Penny Wise, le pays doit réfléchir à l’autosuffisance de ses chaînes d’approvisionnement pour des produits comme les équipements de protection individuelle. Des entreprises comme la sienne espèrent que la pandémie aura convaincu les autorités, les contribuables et les consommateurs canadiens de soutenir les chaînes de montage locales.

La crise sanitaire a révélé que les chaînes d’approvisionnement canadiennes n’étaient pas aussi solides que l’on pensait.

«Il doit y avoir une discussion plus large pour les entreprises canadiennes», dit Mme Wise, qui souhaite implanter une nouvelle usine à Brockville, en Ontario, pour fabriquer des masques N95.

«Nous devons changer et examiner d’un point de vue canadien cet élément de notre stratégie industrielle. Le Canada est très reconnu comme un partenaire commercial international, et nous y sommes très engagés. Mais de quoi avons-nous besoin pour être autosuffisants afin de pouvoir protéger notre population en cas de crise?»

D’autres fabricants se sont également efforcés de réparer les fissures de la chaîne d’approvisionnement provoquées par la pandémie.

À l’usine de General Motors à Oshawa, la COVID-19 a été la source d’un autre bouleversement pour le personnel encore sous le choc de sa fermeture à la fin de 2019. Les installations, reconverties pour la fabrication de pièces détachées, ont été rouvertes l’an dernier. 

Ian Soutter, qui a contribué à mettre en place l’opération de fabrication de masques à l’usine de GM, raconte que sa femme, une pharmacienne, avait du mal à obtenir un approvisionnement régulier en équipe de protection lors des premiers jours du confinement.

Le géant de l’automobile a découvert qu’une grande partie de la machinerie et de la logistique servant à fabriquer des masques n’étaient pas différentes de celles pour des couvre-visages. L’entreprise pouvait produire environ un million de couvre-visages par mois. 

GM a déjà vécu l’expérience de reconvertir ses chaînes d’approvisionnement après des catastrophes comme celle de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi en 2011, mais la COVID-19 a présenté de nouveaux défis, reconnaît M. Soutter. Par exemple, les matières premières pour fabriquer des masques étaient extrêmement rares. L’entreprise a dû contacter ses fournisseurs en isolation acoustique pour leur demander de se reconvertir eux aussi.

Les petits aussi

La pandémie a également entraîné des choix difficiles pour les petits fabricants qui ont vu leurs commandes se tarir au printemps dernier.

Mouled Precision Components, une entreprise établie à Oro-Medonte, en Ontario, ne disposait plus que d’environ deux mois de liquidité lorsque les commandes de pièces automobiles ont chuté à presque zéro en mars dernier. Elle a alors demandé des subventions pour fabriquer des équipements de protection, déplaçant des imprimantes 3D dans les maisons de ses ingénieurs et des machines dans l’amphithéâtre local.

En plus de fabriquer des écrans faciaux, la société a mis au point un système d’embouteillage du désinfectant pour les mains plus efficace que celui produit à l’étranger.

Même si une partie de l’industrie automobile a repris ses activités normales, l’entreprise familiale compte rester dans le secteur des fournitures médicales et songe à construire un parc industriel pour d’autres fournisseurs locaux.

Le propriétaire David Yeaman dit que les entreprises canadiennes ne peuvent pas simplement s’attendre à ce que les consommateurs canadiens acceptent de payer plus cher pour un produit tout simplement parce qu’il a été fabriqué au pays. Sinon, on court le risque qu’ils préfèrent acheter des produits étrangers. Selon lui, une technologie de pointe est nécessaire pour fabriquer un produit de qualité supérieure qui soit concurrentiel avec les soumissionnaires extérieurs.

«Nous devons penser différemment en tant que Canadiens», dit M. Yeaman.

Mais des entrepreneurs comme lui devront sans doute affronter une bataille difficile s’ils veulent obtenir des contrats des hôpitaux, prévient déclare Fabrication de prochaine génération Canada, qui versé une subvention à l’entreprise de M. Yeoman. De nombreux acheteurs d’équipements de protection individuelle pour les entreprises ont des exigences strictes, comme les certifications des laboratoires américains qui ont été fermés pendant la pandémie, dit son directeur général Jayson Myers.

Celui-ci espère que la COVID-19 incitera ces acheteurs à tester les produits fabriqués au Canada au lieu d’acheter systématiquement des produits spécifiques à l’étranger.

«Nous avons déjà vu un certain nombre d’entreprises licencier leurs employés et arrêter la production d’équipements de protection individuelle qu’elles ont mis en place, simplement parce qu’elles ne pouvaient pas les mettre sur le marché. En fait, certaines ont trouvé de meilleurs marchés à l’extérieur du Canada, souligne M. Myers. Certains de ces problèmes concernant le système d’approvisionnement existaient bien avant la COVID, mais ils sont devenus plus évidents.»

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