Les entreprises québécoises pourraient verser plus de 16 milliards $ à la Californie

QUÉBEC — Les entreprises québécoises pourraient devoir payer plus de 16 milliards $ à la Californie pour avoir le droit de polluer.

Le Parti québécois (PQ) a ainsi dénoncé une «fuite de capitaux» qui pourrait faire très mal aux consommateurs québécois. 

Conformément aux accords climatiques internationaux, le Plan vert du gouvernement Legault cible une baisse totale de 29 mégatonnes, mais prévoit des mesures pour seulement 12 mégatonnes.

Les entreprises du Québec doivent réduire de 15 mégatonnes supplémentaires leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). Si elles n’y arrivent pas, elles ne pourront pas acheter des droits d’émission de GES au Québec, puisqu’ils sont plafonnés à un nombre limité. 

Les entreprises devront donc se tourner vers le partenaire du Québec dans la «bourse du carbone», l’État de Californie, qui leur en vendra à gros prix. Et la facture sera refilée ensuite aux consommateurs à la pompe. 

«Comment se fait-il qu’aujourd’hui il n’y a encore aucun plan pour parer l’éventualité de fuite de capitaux?» a demandé le porte-parole péquiste en matière d’environnement, Sylvain Gaudreault, à la période de questions. 

Selon une projection validée par le professeur Pierre-Olivier Pineau des HEC Montréal, en fonction d’un prix plafond estimé à plus de 150 $ la tonne, il en coûterait ainsi pas moins de 16,2 milliards $ sur 10 ans aux entreprises émettrices d’ici. Au prix plancher, la facture s’élèverait quand même à 4,3 milliards $. 

«On n’a pas le choix, a commenté le spécialiste des HEC, en entrevue avec La Presse Canadienne vendredi. Si on ne consomme pas moins d’essence, de diesel et de produits pétroliers, on n’aura pas le choix de se tourner vers la Californie pour acheter des droits d’émission. On n’a pas de plan au Québec.» 

M. Pineau reproche notamment au gouvernement de ne pas mieux expliquer à la population la bourse du carbone, «l’outil principal» contraignant pour réduire les GES au Québec.

«Cette contrainte, elle va fesser, quand on va avoir cette pénurie de droits d’émission qui va nous obliger à acheter en Californie. Ça va se refléter à la pompe et vous allez parler du prix de l’essence à la pompe qui explose.» 

Il faudrait que le Québec investisse massivement dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et dans les crédits compensatoires, c’est-à-dire par exemple des projets de récupération du méthane dans les dépotoirs, les fermes, ou encore la plantation d’arbres. Ces crédits carbone pourraient ensuite être vendus à des entreprises émettrices de GES.  

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