Les États-Unis invités à reprendre leurs pourparlers avec les talibans

WASHINGTON — Les États-Unis devraient rouvrir de toute urgence les pourparlers avec les talibans pour retarder le retrait complet des troupes américaines d’Afghanistan au-delà de la date limite du 1er mai convenue par l’administration Trump, a recommandé mercredi un groupe d’experts bipartisans.

Le respect de cette échéance, sans parvenir au préalable à une baisse de la violence et à des progrès dans les pourparlers de paix, pourrait conduire à un effondrement de l’État afghan et à une reprise de la guerre civile, a prévenu l’Afghan Study Group dans son rapport. D’un autre côté, il note que si les talibans n’acceptaient pas d’échéance au-delà du mois de mai pour achever le retrait des troupes étrangères, les militants pourraient abandonner le processus de paix naissant.

La proposition du groupe nécessite cependant que les Américains «indiquent clairement aux talibans qu’ils n’ont pas rempli les conditions de l’accord de Doha en vertu desquelles un retrait américain peut avoir lieu», indique le rapport. Il fait référence à l’accord conclu à Doha, au Qatar, en février dernier, qui avait suscité l’espoir de conclure la plus longue guerre des États-Unis, qui marquera en octobre sa 20e année.

La recommandation, qui fait partie d’une stratégie plus large, offre une voie à suivre pour l’administration du président Joe Biden qui, comme son prédécesseur, ne voit aucune solution militaire en Afghanistan, mais qui doute davantage de l’engagement des talibans en faveur d’une paix négociée.

Bien que l’administration ne soit pas tenue d’accepter la recommandation du groupe, le rapport pourrait être pris en considération par les décideurs, car le groupe d’étude a été créé par le Congrès lors d’un vote bipartisan en 2019.

Ces derniers jours, les responsables du Pentagone ont exprimé leur scepticisme quant au respect de l’engagement de retrait pris il y a un an à Doha. Le porte-parole en chef du Pentagone, John Kirby, a déclaré la semaine dernière que les talibans avaient rendu «d’autant plus difficile la prise de décisions définitives sur la présence des forces en raison de leur réticence à s’engager dans des négociations raisonnables, durables et crédibles à la table».

M. Kirby a ajouté que l’administration entreprenait un vaste examen de la politique afghane.

Le général à la retraite Joseph Dunford, membre principal du groupe d’étude, a dit aux journalistes qu’au lieu de fixer un calendrier pour le retrait complet des États-Unis, les décisions concernant le nombre de soldats devraient être liées aux conditions sur le terrain, dont les progrès des pourparlers de paix.  

L’administration Biden a été informée des conclusions du groupe et a jugé les informations utiles, selon M. Dunford, qui n’a pas offert plus de détails.

Le rapport offre une justification potentielle aux États-Unis pour demander une renégociation du calendrier de mai. 

Hormis M. Dunford, qui a été président des chefs d’état-major interarmées pendant la majeure partie de la présidence de Donald Trump et qui commandait auparavant les troupes américaines et de la coalition en Afghanistan, le groupe comprenait des personnes possédant une vaste expérience en diplomatie, politique, renseignement, contre-terrorisme et opérations militaires.

L’espoir d’un accord

L’accord de Doha a été largement considéré comme une étape encourageante vers le soulagement des souffrances prolongées des Afghans après des décennies de conflit. Il inclut un certain nombre d’engagements des talibans, dont celui de rompre les liens avec Al-Qaïda et d’autres groupes extrémistes qui menacent la sécurité des États-Unis et de leurs alliés.

Faisant écho aux préoccupations soulevées par le gouvernement américain et les responsables militaires, le groupe d’étude a déclaré que les talibans «n’ont pas encore démontré qu’ils sont capables ou même désireux» d’honorer leur engagement de se séparer d’Al-Qaïda, le groupe que les talibans abritaient avant les attaques du 11 septembre 2001. Le rapport mentionne que les talibans ne sont pas une organisation terroriste internationale avec l’intention d’attaquer les États-Unis, mais qu’ils «acceptent l’aide» d’Al-Qaïda.

Pour leur part, les États-Unis ont convenu à Doha de se retirer complètement d’ici mai 2021, en commençant par réduire le niveau des militaires de 14 000 à 8600 d’ici juillet 2020. L’administration Trump est allée plus loin, en réduisant le nombre de soldats à environ 4500 l’été dernier. Le mois dernier, il a encore baissé, à 2500, quelques jours à peine avant l’entrée en fonction du président Joe Biden. Ce total actuel est le plus bas depuis 2001, l’année où les États-Unis ont envahi l’Afghanistan en réponse aux attaques du 11 septembre qui, selon eux, ont été fomentées par Al-Qaïda depuis sa base en Afghanistan.

– Par Robert Burns, The Associated Press

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