Les «faits alternatifs» de Donald Trump sur la COVID-19 passés au peigne fin

La semaine écoulée a encore une fois produit son lot de fausses affirmations et de vérités tronquées sur la pandémie de coronavirus. En voici quelques-unes.

WASHINGTON — Impatient de revenir sur le terrain de la campagne électorale, le président Donald Trump a affirmé qu’il était complètement rétabli et immunisé contre la COVID-19, a vanté un remède qui n’en est pas un et a déclaré que la pandémie était en train de disparaître alors même que les cas continuent d’augmenter aux États-Unis.

1. «Je suis immunisé (…) Ça pourrait être pour toute la vie.»

M. Trump, en entrevue dimanche sur Fox News: «Je suis immunisé (…) Ça pourrait être pour toute la vie.»

M. Trump, dimanche sur Twitter: «Une approbation totale et complète des médecins de la Maison-Blanche hier. Cela signifie que je ne peux pas l’attraper (immunisé) et que je ne peux pas le transmettre.»

Les faits

C’est loin d’être certain, et Twitter a plus tard signalé la publication du président avec un avertissement de vérification des faits.

Certains experts médicaux doutent que M. Trump puisse être déclaré exempt du risque de transmettre le virus si tôt après son infection. Et l’immunité prolongée d’une personne ayant déjà été infectée n’a pas encore été prouvée.

M. Trump faisait référence à une note publiée samedi par la Maison-Blanche dans laquelle le docteur Sean Conley a déclaré que le président satisfaisait aux critères des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) pour mettre fin à son isolement en toute sécurité et que, selon les «normes actuellement reconnues», il n’était plus considéré comme présentant un risque de transmission. La note n’a pas précisé si M. Trump avait été testé de nouveau pour le virus et s’il avait reçu un résultat négatif.

Le docteur Albert Ko, spécialiste des maladies infectieuses et président de l’École de santé publique de l’Université Yale, a estimé que la Maison-Blanche semblait suivre les directives des CDC pour déterminer à quel moment il est approprié de mettre fin à l’isolement après des cas légers à modérés de COVID-19.

Mais le docteur Ko a souligné que ceux qui ont eu des cas graves devraient s’isoler pendant 20 jours, et non pas 10 jours comme M. Trump l’a fait. Il a noté que le président avait été traité avec la dexaméthasone, un stéroïde normalement réservé aux patients atteints d’une forme grave du virus.

Le docteur Marc Lipsitch, expert en maladies infectieuses à l’École de santé publique de l’Université Harvard, a affirmé que la lettre du médecin ne fournissait pas suffisamment d’informations pour le convaincre que M. Trump ne pouvait plus infecter les autres. Il a estimé que l’utilisation de stéroïdes par M. Trump pourrait prolonger l’excrétion virale, de sorte que la norme de 10 jours des CDC pourrait ne pas être suffisante.

En ce qui concerne l’immunité, bien qu’il existe des preuves qu’une réinfection est peu probable pendant au moins trois mois, même pour les personnes atteintes d’une forme bénigne du virus, très peu de maladies laissent les gens complètement immunisés à vie. Les anticorps ne sont qu’un élément des défenses de l’organisme, et ils diminuent naturellement avec le temps.

«Il est certainement présomptueux de dire que c’est pour toute la vie», a jugé le docteur Ko.

2. La pandémie «va disparaître, elle est en train de disparaître»

M. Trump, dans des remarques faites samedi: La pandémie «va disparaître, elle est en train de disparaître».

Les faits

Rien n’indique que le virus «disparaît» ou «arrive à un tournant» comme il le dit parfois, malgré les affirmations répétées de M. Trump depuis le début de la pandémie en février aux États-Unis, qui y a fait plus de 214 000 morts. Et ce n’est certainement pas ce que disent ses hauts conseillers en matière de santé.

«Je suis désolé mais je ne suis pas d’accord avec cela», a lancé le mois dernier le docteur Anthony Fauci, le plus haut responsable des maladies infectieuses au gouvernement américain, alors que les États-Unis enregistraient 40 000 nouveaux cas par jour. Le pays a maintenant plus de 57 000 nouveaux cas par jour, avec des pics dans de nombreux États.

Donald Trump a fait cette affirmation alors que plusieurs de ses collaborateurs et lui-même se remettaient du coronavirus à la suite d’un potentiel événement «super-propagateur» le mois dernier, lorsque le président a annoncé la nomination de la juge Barrett à la Cour suprême. Plus d’une vingtaine de personnes présentes ce jour-là ont depuis contracté le virus. M. Trump prévoit reprendre sa campagne lundi et son équipe a signalé son intention de faire des déplacements presque tous les jours pour le reste de la campagne.

Le docteur Fauci a averti que les gens ne devraient pas sous-estimer la pandémie et qu’ils devront «tenir bon cet automne et cet hiver parce que ce ne sera pas facile». Lui et d’autres experts de la santé, tels que le docteur Robert Redfield des CDC, ont mis en garde contre un automne potentiellement grave en raison de la double menace du coronavirus et de la saison de la grippe.

3. «Ce qui arrive, c’est que vous vous rétablissez. C’est ce qui se passe, vous vous rétablissez.»

M. Trump concernant ceux qui contractent la COVID-19, à Fox Business jeudi: «Ce qui arrive, c’est que vous vous rétablissez. C’est ce qui se passe, vous vous rétablissez.»

Les faits

La plupart des gens infectés finissent par aller mieux. Mais plus d’un million de personnes dans le monde sont mortes de la maladie, dont plus de 214 000 aux États-Unis. Le virus peut également causer des séquelles à long terme qui ne sont pas encore bien comprises par les scientifiques.

Le médecin de M. Trump, le docteur Sean Conley, a déclaré qu’il n’y avait aucune preuve montrant que la maladie du président évoluait ou qu’il aurait des réactions indésirables au traitement puissant qu’il a reçu. Cela ne veut pas dire qu’il en a fini pour de bon avec le virus.

4. «Nous avons un remède. (…) Je peux vous dire que c’est un remède et c’est à cause de cela que je vous parle aujourd’hui.»

M. Trump, sur les anticorps expérimentaux qui lui ont été administrés, à l’émission de radio de Rush Limbaugh vendredi: «Nous avons un remède. (…) Je peux vous dire que c’est un remède et c’est à cause de cela que je vous parle aujourd’hui.»

Les faits

Il n’existe pas de remède actuellement. Sa déclaration est au mieux prématurée et peut susciter de faux espoirs. Et son état actuel n’est pas forcément lié à un médicament particulier dans la combinaison de traitements qui lui ont été administrés.

Les traitements par anticorps comme celui que M. Trump a reçu font partie des thérapies les plus prometteuses testées pour traiter et prévenir les infections par le coronavirus. Mais ces traitements font encore l’objet de tests; leur innocuité et leur efficacité ne sont pas encore connues.

M. Trump fait partie d’une petite dizaine de personnes dans le monde qui ont pu accéder au traitement conçu par Regeneron Pharmaceuticals sans avoir à participer à une étude clinique. Les sociétés Eli Lilly et Regeneron Pharmaceuticals Inc. demandent toutes deux au gouvernement américain d’autoriser l’utilisation d’urgence de leurs traitements par anticorps, qui visent à aider le système immunitaire à éliminer le virus.

M. Trump a régulièrement surestimé des développements prometteurs dans la lutte contre la pandémie et a donné du poids à de fausses théories sur la façon de prévenir et de traiter la maladie, tout en minimisant l’importance des véritables mesures préventives telles que le port du masque et la distanciation sociale.

5. « Nous apprenons à vivre avec la COVID, beaucoup moins meurtrière pour certaines populations!!!»

M. Trump, dans un message sur Twitter mardi: «La saison de la grippe approche! De nombreuses personnes chaque année, parfois plus de 100 000 personnes, et malgré le vaccin, meurent de la grippe. Allons-nous fermer notre pays? Non, nous avons appris à vivre avec, tout comme nous apprenons à vivre avec la COVID, beaucoup moins meurtrière pour certaines populations!!!»

Les faits

Il contredit la science et se contredit lui-même.

Premièrement, il surestime le nombre de personnes qui meurent de la grippe saisonnière aux États-Unis. La grippe a tué de 12 000 à 61 000 Américains chaque année depuis 2010, et non 100 000, un sommet rarement atteint dans l’histoire du pays. En comparaison, plus de 214 000 Américains sont morts de la COVID-19 depuis le début de l’année.

Deuxièmement, les responsables de la santé conviennent largement que le coronavirus semble être plusieurs fois plus mortel que la grippe saisonnière. Le docteur Anthony Fauci a déjà déclaré au Congrès que le virus pourrait être jusqu’à 10 fois plus mortel que la grippe.

«Il n’y a absolument aucun doute, aucun doute du tout que cette COVID-19 (…) est bien plus grave qu’une grippe saisonnière, aucun doute à ce sujet», a dit le docteur Fauci à MSNBC la semaine dernière.

Le tweet de M. Trump va également à l’encontre de ce qu’il a dit au célèbre journaliste Bob Woodward en février, à savoir que le virus était encore plus mortel que «la grippe la plus éprouvante», alors qu’au même moment, il disait publiquement que la pandémie s’apparentait à la saison de la grippe. «C’est un truc mortel», a-t-il dit au journaliste.

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