Les femmes dans l’angle mort du «plan vert» de Québec, prévient l’IRIS

MONTRÉAL — À la veille de la Journée internationale des droits des femmes, l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) signale que le plan vert du gouvernement de François Legault a un angle mort de taille. 

Le Plan pour une économie verte 2030, dont la mise en œuvre doit s’amorcer cette année, est assorti de 6,7 milliards $ sur cinq ans… et il aurait omis de prendre en considération la moitié de la population québécoise.

L’accent y est mis sur l’électrification, plus particulièrement dans le secteur des transports. Des sommes importantes doivent être injectées dans le secteur industriel en misant sur les véhicules électriques, les batteries et les infrastructures de recharge. L’efficacité énergétique des bâtiments et le développement de nouvelles énergies vertes comme le gaz naturel renouvelable se trouvent aussi au cœur du plan.

Ces secteurs sont parmi les plus polluants, certes, mais aussi à forte majorité masculine — ce qui trahit une vision étroite de l’économie et de la transition qui s’impose, fait valoir la chercheuse Julia Posca.

Le gouvernement semble réfléchir la crise climatique strictement en termes d’émissions de gaz à effet de serre et de croissance soutenue du PIB, constate-t-elle.

«C’est un modèle qui ne remet pas en question l’organisation économique actuelle qui est basée sur une exploitation intensive des ressources naturelles et des personnes aussi, et donc qui risque de rater ses cibles», a-t-elle signalé en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

Selon les grandes lignes du plan présentées à l’automne dernier, le gouvernement se donne pour objectif de réduire les émissions de gaz à effet (GES) de serre de 37,5 % d’ici 2030 par rapport à leur niveau de 1990, tout en créant plus de 15 500 nouveaux emplois et en ajoutant 2,2 milliards $ à l’économie québécoise. 

Or, les femmes sont pratiquement absentes des mesures proposées pour y parvenir, relève l’IRIS. Il n’est fait mention nulle part du rôle que les secteurs traditionnellement féminins, comme les services publics, auront à jouer face à la crise climatique.

On ne saurait pourtant parler de résilience sans les services à la population, en éducation et en santé, entre autres, où des besoins flagrants ont été mis en évidence par la pandémie de COVID-19, rappelle Julia Posca. 

Des investissements en ce sens permettraient par ailleurs de diversifier l’économie des régions, dont on entretient toujours une  «vision mono-industrielle», soutient la chercheuse, qui craint que le gouvernement se tourne plutôt vers des compressions budgétaires dans la foulée de la crise sanitaire.

«C’est un plan qui a vraiment été conçu pour les hommes et ça n’a pas nécessairement été fait de manière volontaire», affirme Mme Posca, qui s’explique en partie cette omission par la sous-représentation des femmes dans les lieux de pouvoir.

Pour remédier à de tels angles morts, l’IRIS propose de systématiser l’analyse différenciée selon les sexes (ADS). Cette approche qui permet de s’intéresser aux effets distincts d’une mesure sur les femmes et sur les hommes n’a été adoptée que de manière «marginale» jusqu’à présent, selon Mme Posca. 

«C’est un outil très utile pour comprendre l’impact des politiques publiques, avance-t-elle. Le gouvernement aurait tout intérêt à l’utiliser pour rendre l’égalité entre les hommes et les femmes plus concrète, et non pas seulement un principe qu’on brandit une fois par année.»

Le gouvernement tâche d’intégrer l’ADS depuis plus de vingt ans, mais les résultats demeurent limités. 

Du côté du Secrétariat à la condition féminine, on dit désormais privilégier une approche simplifiée en se concentrant sur des initiatives propices à un effet structurant en matière d’égalité entre les genres. 

Un accompagnement en ce sens a été offert en vue des réformes du mode de scrutin et du droit de la famille, entre autres, a illustré le responsable des communications Bryan St-Louis par courriel.

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