Les femmes ont joué un rôle de premier plan dans la victoire de Joe Biden

Quand on demande à Mary Hayes, une électrice de la Virginie, pourquoi Joe Biden a battu Donald Trump, elle répond sans hésiter.

«Les femmes ont gagné cette élection!», lance la femme de 56 ans, qui est mère de trois enfants.

Elle souligne notamment la contribution de deux groupes dont elle fait partie: les femmes noires et les banlieusardes. M. Trump avait imploré ces dernières — qu’il avait en partie irritées en les qualifiant de «femmes au foyer» — de «s’il vous plaît, s’il vous plaît» bien vouloir l’aimer. Mais son plaidoyer sonnait creux, a-t-elle dit.

«Nous avons montré aux États-Unis que les banlieusardes sont diversifiées, elles sont une belle collection d’ethnicité, de race, d’état matrimonial, d’emploi et de plusieurs autres catégories, a dit Mme Hayes. Les banlieusardes se sont mobilisées, elles étaient déterminées à chasser Trump.» Et, dit-elle, elles ont réussi.

Pratiquement à partir du moment où M. Trump a été assermenté comme président, les femmes ont incarné la résistance — descendant dans les rues pour manifester et propulsant les démocrates vers des gains en 2018.

En 2020, alors que les femmes célèbrent le centenaire du 19e amendement qui leur assure le droit de vote, plusieurs attendaient une répudiation en règle de Donald Trump, avec un écart croissant du fossé des sexes.

Ça a été un peu plus compliqué que ça.

Mme Hayes a raison de dire que les femmes ont été essentielles à la victoire de Joe Biden — autrement dit, si seuls les hommes avaient voté, M. Trump aurait gagné. Les femmes noires et les banlieusardes, entre autres, ont été des piliers de la coalition Biden. Mais l’élection a aussi rappelé la puissance républicaine parmi d’autres groupes de femmes.

M. Trump détenait une avance modeste auprès des femmes blanches, et une avance plus confortable auprès des femmes sans diplôme universitaire, selon le sondage AP VoteCast de l’Associated Press mené auprès de plus de 110 000 électeurs. Et même si on anticipait un élargissement du fossé des sexes, rien de tel ne s’est produit.

Les républicaines ont réalisé des gains importants au Congrès et, au total, plus de femmes que jamais feront partie du 117e Congrès — au moins 141, soit 105 démocrates et 36 républicaines, selon le Center for American Women in Politics de l’université Rutgers.

Et, évidemment, un gigantesque plafond de verre a été fracassé quand Kamala Harris a été élue vice-présidente.

AP VoteCast témoigne d’un écart de neuf points de pourcentage entre les hommes et les femmes quant à l’appui pour M. Biden et Mme Harris: 55 % des femmes et 46 % des hommes. Ce sont essentiellement les mêmes chiffres qu’en 2018, quand 58 % de femmes et 48 % d’hommes ont appuyé les candidat(e)s démocrates.

Contrairement aux attentes, «le fossé des sexes a été très ordinaire», a dit la politologue Susan J. Carroll, de Rutgers.

La féministe Eleanor Smeal applaudit les gains des candidates républicaines, même si elle n’endosse pas les politiques de leur parti. «Si on veut avoir la moitié du Congrès, il va falloir qu’on ait plus de républicaines et plus de démocrates», a dit la présidente de Feminist Majority.

Elle ajoute que le fossé des sexes, s’il a été plus étroit que ce qu’elle aurait souhaité, a quand même joué un rôle crucial dans la course présidentielle. «Ça a a aidé Biden et Harris à remporter les banlieues», a-t-elle dit, notamment les banlieues de Philadelphie et Pittsburgh dans l’État crucial de la Pennsylvanie, que M. Biden a raflé.

VoteCast indique que M. Trump a tout juste devancé M. Biden parmi les femmes blanches, surtout grâce à ses appuis dans les petites villes et les régions rurales. Mais M. Biden a dominé parmi les femmes blanches des banlieues, remportant 59 % de leurs votes. M. Biden a écrasé M. Trump parmi les femmes noires, avec 93 % des votes.

M. Trump a rallié 60 % des femmes blanches sans diplôme universitaire, contre 39 % pour son rival. Les proportions étaient essentiellement inversées en faveur de M. Biden parmi les femmes blanches ayant un diplôme universitaire.

Mme Hayes compte parmi les femmes qui se sont mobilisées tôt, dégoûtées par les tactiques d’un président qui cherchait à attiser les craintes des banlieues. Elle a créé un groupe Facebook qui a rassemblé plus de 5000 membres, dont certains hommes.

«Certaines d’entre nous sommes des femmes au foyer, certaines sommes des professionnelles, certaines sommes des femmes et certaines n’en sommes pas, a-t-elle dit. Les banlieusardes sont des intellectuelles, des femmes d’affaires, et nous nous battons pour nos familles. Les États-Unis devraient travailler ensemble comme les banlieusardes — peut-être que le gouvernement réussirait à faire quelque chose.»

Des observateurs notent une autre particularité du fossé des sexes cette année: les hommes étaient un peu plus susceptibles d’appuyer Joe Biden qu’ils ne l’avaient été d’appuyer Hillary Clinton en 2016. VoteCast montre que 46 % des hommes ont appuyé M. Biden. En 2016, 41 % d’entre eux avaient voté pour Mme Clinton, selon une analyse du Pew Research Center.

Certaines, comme Mme Smeal, y voient un inconfort, voire une attitude mysogine, face à Mme Clinton.

«On ne peut pas nier qu’en 2016 il y a eu une gigantesque campagne négative contre Hillary Clinton, et c’était en partie contre son genre, a-t-elle dit. Il y a eu tellement de choses sexistes lancées contre elle et pendant longtemps.»

Au moins un obstacle lié au genre a été défoncé cette année, avec l’accession d’une femme à la vice-présidence.

«C’est spectaculaire de voir ces femmes non seulement briguer des postes élevés, mais d’en voir une gagner, et en plus une femme noire asiatique, a dit Mme Beal. Et comme elle a dit, elle est peut-être la première femme, mais elle ne sera pas la dernière.»

Selon Mme Hayes, «ce sera bien d’avoir à la Maison-Blanche quelqu’un qui partage nos expériences. Elle donne à toutes les femmes et toutes les petites filles l’espoir qu’elles peuvent tout faire, dans un monde dominé par les hommes.»

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