Les futures mères ont du mal à obtenir la Prestation canadienne d’urgence

OTTAWA — Effie Poole a été mise à pied il y a près d’un mois lorsque le restaurant où elle était serveuse à Burlington, en Ontario, a fermé ses portes en raison de la COVID-19.

La femme de 35 ans, mère d’un enfant, attend toujours d’être admissible à la Prestation canadienne d’urgence de 2000 $ par mois: elle soutient qu’elle n’a toujours pas obtenu cette PCU parce qu’elle est enceinte.

La Presse canadienne a communiqué avec plusieurs femmes enceintes qui ont raconté à peu près la même histoire: mises à pied en mars, au début de la pandémie, elles ont d’abord été admissibles aux prestations d’assurance-emploi, puis se sont tournées vers la PCU ce mois-ci. «Si vous avez fait seulement une demande à la PCU, ça va. Mais si vous aviez fait une demande d’assurance-emploi en premier (…) aucune d’entre nous n’a été payée», soutient Amanda Hoedt, de Comox, en Colombie-Britannique.

Mme Poole ne croit pas qu’il s’agisse d’une erreur de mauvaise foi — peut-être simplement un oubli du gouvernement. Mais elle espère que cette faille sera réglée rapidement.

Lorsque la PCU a été annoncée plus tôt ce mois-ci, les libéraux ont soutenu que toute personne qui avait déjà demandé de l’assurance-emploi depuis le 15 mars serait transférée à la nouvelle prestation de 16 semaines. Ces prestataires devaient toutefois présenter une nouvelle demande à partir de cette semaine pour continuer à être couverts.

Les règles précisent par ailleurs que toute personne qui reçoit des prestations de maternité et parentales ne peut également recevoir la PCU. Or, ce n’est pas le cas de Jennifer Mitton, car elle ne doit pas donner naissance à son premier enfant avant le mois d’août. La coiffeuse de 27 ans de Calgary a été mise à pied le 16 mars. Elle et ses collègues ont immédiatement demandé des prestations d’assurance-emploi. Lorsque la PCU a été mise en place, elle a été la seule parmi ses collègues à ne pas avoir été «transférée» à l’aide d’urgence.

Lorsqu’elle a appelé Service Canada, on lui a expliqué que dans sa demande d’assurance-emploi en ligne, elle s’était identifiée comme étant enceinte, et qu’elle devrait demander immédiatement sa prestation de maternité. Or, Mme Mitton voulait garder cette prestation pour les mois après l’accouchement.

Gruger son congé de maternité

Toute personne qui était auparavant sous le régime de l’assurance-emploi verrait sa période d’admissibilité suspendue pendant qu’elle est sous le régime de la PCU. Les femmes enceintes pourraient alors obtenir une aide financière et ne pas s’inquiéter de ne pouvoir rester à la maison pendant une année complète après l’accouchement avec leur bébé.

Certaines femmes, comme Mallory MacKay, de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, ont demandé des prestations fédérales de maladie parce qu’elles auraient pu être reportées sur leur période de prestations de maternité.

La femme de 34 ans a dû faire des appels au cours des dernières semaines pour passer des prestations de maladie aux prestations régulières. Jeudi, un agent de Service Canada lui a dit qu’elle serait transférée à la PCU, avec une prestation prévue d’ici la fin de semaine. Mais elle estime qu’elle n’aurait pas dû être obligée de faire toutes ces démarches.

Emploi et Développement social Canada a indiqué que les futures mères qui sont admissibles à la PCU peuvent recevoir l’aide d’urgence même si elles s’attendent à passer bientôt au régime de prestations de maternité ou parentales. Il n’est pas nécessaire de demander la PCU pour la totalité des 16 semaines, a précisé le ministère.

«Les travailleuses qui reçoivent la PCU peuvent passer aux prestations de maternité et parentales de l’assurance-emploi lorsque cela est approprié à leur situation, tant qu’elles satisfont aux critères d’admissibilité à ces prestations», a indiqué le ministère en réponse à des questions.

«Simple à corriger»

Rien dans le règlement sur la PCU publié cette semaine n’exige que quelqu’un demande une autre prestation d’assurance-emploi avant de se tourner vers la PCU, a déclaré Jennifer Robson, professeure en gestion politique à l’Université Carleton, qui suit de près les mesures fédérales. Selon elle, rien n’obligerait non plus les femmes à commencer leur congé parental dès maintenant.

«C’est peut être une erreur dans le programme, mis sur pied rapidement, et où l’accent a été mis sur la vitesse de traitement des demandes. Si c’est le cas, c’est assez simple à corriger», a déclaré Mme Robson, qui a créé un guide clair des différentes prestations, qui a été largement partagé.

Les fonctionnaires fédéraux tentent aussi de trouver une façon d’aider les femmes à obtenir suffisamment d’heures pour avoir droit aux prestations de maternité si elles n’y parviennent pas à cause des mises à pied dues à la COVID-19. Jacqueline Cronk, enceinte de sept mois, licenciée de son travail dans un restaurant familial à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, a ainsi postulé auprès d’entreprises encore ouvertes pour obtenir le nombre d’heures nécessaire à l’assurance-emploi.