Les gardiens de l’aire protégée d’Edéhzhíe ont accompli leur mission malgré la COVID

Il y a eu un moment l’an dernier où les gardiens de l’aire protégée d’Edéhzhíe, dans les Territoires-du-Nord-Ouest, se demandaient bien à quoi leurs communautés ressembleraient à leur retour.

La COVID-19 commençait à balayer le Canada, menaçant même les communautés nordiques comme celles situées autour de cette aire située dans la région du Dehcho.

Établie en 2018 à la suite d’une entente entre les Premières Nations du Dehcho et le gouvernement fédéral, Edéhzhíe est la première aire protégée autochtone du pays. Elle couvre plus de 14 000 kilomètres carrés, soit plus du double de la superficie du parc national Banff.

Edéhzhíe est connue comme le «panier d’épicerie» de la région du Dehcho, en raison de l’abondance de sa faune, de sa flore et de la présence d’une grande quantité d’eau douce.

Dans le cadre de l’entente, huit personnes ont été engagées comme gardiens pour surveiller les activités dans l’aire. Ils sont originaires des quatre communautés environnantes de Fort Providence, de Jean Marie River, de Fort Simpson et de Wrigley.

«Ce sont essentiellement nos yeux et nos oreilles sur le terrain», dit Ashley Menicoche, l’une des quatre coordonnatrices communautaires d’Edéhzhíe.

Comme dans le reste du pays, les Territoires-du-Nord-Ouest ont dû se confiner et adopter de strictes mesures de santé publique à cause de la pandémie. 

«On se demandait comment ils pourront rester six pieds les uns des autres lorsqu’ils partagent une tente et la température descend à -30℃», raconte Mme Menicoche.

Les gardiens ont dû s’adapter. Ils sont restés en contact avec le monde extérieur par l’entremise de téléphones satellites.

Dahti Tsetso, ancienne directrice des terres et des ressources pour ces Premières Nations, dit avoir eu des conversations avec un gardien par l’entremise de la plateforme Zoom.

«Il y a des centaines de kilomètres entre nous et pourtant, grâce à Zoom, nous sommes tous capables de nous parler. Curieusement, en raison de la pandémie, la capacité de créer un fort sentiment de communauté a été en quelque sorte forgée par la vidéoconférence», dit Mme Tsetso.

L’équipe de Mme Menicoche a dû élaborer avec les gardiens et les communautés environnantes un plus grand nombre d’activités extérieures et terrestres.

«Nous sommes toujours en mesure de faire des choses pendant que le reste du monde était confiné», dit-elle.

Des chercheurs universitaires du sud du Canada, qui ne pouvaient pas se rendre dans les Territoires-du-Nord-Ouest, se sont tournés vers les gardiens pour obtenir de l’aide. Ceux-ci ont collecté des échantillons d’eau pour eux et installé 80 caméras pour observer la faune de l’aire d’Edéhzhíe.

Ce programme associe un gardien à des jeunes de la région afin que les connaissances traditionnelles soient transmises à la génération suivante.

«Il y a beaucoup de connaissances qui doivent être partagées avant que nos aînés décèdent. Les jeunes viennent me voir et me disent tout ce qu’ils ont appris grâce à ce programme», souligne Mme Menicoche.

Elle ajoute que certains gardiens ont même pu surmonter des problèmes de  dépendance pendant la pandémie tout en passant du temps sur l’aire protégée.

«Les voir travailler ensemble et surmonter leurs problèmes de dépendance et relever les défis là-bas à Edéhzhíe était incroyable. Ces gars-là ont construit une relation qui est phénoménale. Ils ne font qu’un», raconte Mme Menicoche en sanglotant d’émotion.

Selon Mme Tsetso, l’impact de ces programmes sur les communautés et sur le Canada est vraiment important. «Il est vraiment important que les Canadiens soient au courant de cette histoire», soutient-elle.

Ashley Menicoche et Dahti Tsetso espèrent que le programme se poursuivra pour les générations futures.

«Si nous pouvons engager plus de gardiens et plus d’anciens pour travailler ensemble, nous pouvons faire en sorte que cela dure encore longtemps. Nous pouvons faire des choses puissantes. Nous pouvons obtenir plus de gardiens pour être les protecteurs de notre terre et de notre eau», dit Mme Menicoche.

«Cela me rend vraiment émotive d’essayer de projeter à quel point cela deviendra plus significatif, surtout parce que j’ai de petits-enfants. Je le veux vraiment pour mes enfants, pour les enfants des autres», renchérit Mme Tsetso.

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Cette dépêche a été produite avec l’aide financière des Bourses de Facebook et de La Presse Canadienne pour les Nouvelles.

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