Les greffes d’organes de porc se rapprochent avec des tests sur des morts

Des chercheurs new-yorkais ont greffé deux cœurs de porc à des patients en état de mort cérébrale au cours du dernier mois, le plus récent chapitre d’une longue quête qui vise à sauver des vies humaines avec des organes d’animaux.

Les expériences dévoilées mardi surviennent après la tentative sans précédent, mais infructueuse, d’utiliser un cœur de porc pour sauver un homme du Maryland ― une sorte de répétition générale avant une nouvelle tentative avec un patient vivant.

Parmi les leçons : pratiquer avec les morts est important

«Nous avons appris tellement de choses avec la première (greffe) que la deuxième était vraiment meilleure», a dit le docteur Nader Moazami, qui a dirigé les interventions à NYU Langone Health.

«Tu as le souffle coupé» quand le cœur de porc commence à battre dans un corps humain, a-t-il ajouté.

Cette fois, l’équipe du docteur Moazami a imité une greffe cardiaque habituelle. Une fois le mois dernier et une fois la semaine dernière, les chercheurs ont visité une installation où se trouvent des porcs modifiés génétiquement, ils ont retiré les cœurs, ils les ont mis sur la glace, puis ils les ont transportés sur des centaines de kilomètres jusqu’à New York.

Ils ont utilisé des méthodes spéciales pour s’assurer qu’aucun virus animal indésirable n’était présent, avant de greffer les cœurs aux deux patients ― un ancien combattant du Vietnam originaire de la Pennsylvanie qui avait une longue histoire de maladie cardiaque et une New-Yorkaise qui avait déjà reçu un nouveau cœur.

Ils ont ensuite procédé à une batterie de tests plus intenses que ce qu’un patient vivant pourrait tolérer ― y compris des biopsies fréquentes des organes ― avant que les médecins ne débranchent les systèmes qui les maintenaient en vie.

La puissante Food and Drug Administration des États-Unis envisage déjà d’autoriser un nombre restreint d’Américains qui ont besoin d’un nouvel organe à  se porter volontaires pour des études rigoureuses sur l’utilisation de cœurs ou de reins de porcs. NYU Langone est l’un des trois centres de greffe qui planifient des essais cliniques, et une rencontre à cette fin est prévue avec la FDA au mois d’août.

Les tests réalisés sur les patients décédés pourraient aider à peaufiner les prochains essais sur des patients vivants, a expliqué le docteur David Klassen, du United Network for Organ Sharing, qui supervise le système de greffe aux États-Unis.

«C’est une étape importante», a dit le docteur Klassen, qui se demande si on pourrait maintenant étudier le fonctionnement des organes dans un corps donné à la science pendant environ une semaine au lieu de seulement trois jours.

Un des patients décédés, Lawrence Kelly, avait souffert de maladies cardiaques pendant la majeure partie de sa vie «et il serait tellement heureux de savoir que sa contribution à cette recherche aidera des gens comme lui» dans l’avenir, a déclaré mardi aux journalistes sa partenaire de longue date, Alice Michael.

Les greffes d’un animal à un humain, ce que les chercheurs appellent une xénogreffe, sont tentées depuis des décennies sans succès, puisque le système immunitaire des humains attaque presque instantanément les tissus étrangers. Mais aujourd’hui, des porcs sont modifiés génétiquement pour que leurs organes ressemblent de plus près à ceux des humains ― suscitant l’espoir qu’ils puissent un jour combler les pénuries d’organes.

Plus de 100 000 personnes attendent un nouvel organe aux États-Unis, principalement un rein, et des milliers meurent chaque année avant d’avoir été appelées.

La tentative la plus ambitieuse à ce jour s’est produite en janvier, quand des médecins du Centre médical de l’Université du Maryland ont greffé un cœur de porc à un homme de 57 ans. David Bennett a survécu pendant deux mois, démontrant qu’une xénogreffe est à tout le moins possible.

Des tests avaient toutefois omis de détecter la présence d’un virus animal dans l’organe. On ne sait pas encore si cela a joué un rôle dans la défaillance éventuelle du cœur de M. Bennett, ont récemment écrit les chercheurs dans le New England Journal of Medicine.

Un autre médecin de NYU Langone, le docteur Robert Montgomery, a expliqué que des expériences minutieuses sur des patients décédés sont essentielles pour identifier les meilleures méthodes «dans un contexte où la vie du patient n’est pas en danger».

«Ce n’est pas ‘une fois et c’est tout’, a-t-il dit. Nous en avons pour des années à apprendre ce qui est important et ce qui n’est pas important.»

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