Les groupes se mobilisent en Géorgie pour stimuler le vote au deuxième tour

MILTON, Ga. — Avec son masque noir et une casquette, le militant Garrett Bess a parcouru plusieurs entrées de maisons cossues en banlieue d’Atlanta récemment, sonnant à chaque porte pour convaincre les électeurs — à distance — de voter pour les candidats conservateurs lors du deuxième tour des élections sénatoriales en Géorgie.

Le groupe de M. Bess, Heritage Action for America, prévoit cogner à un demi-million de portes avant les élections du 5 janvier qui détermineront si les démocrates ou les républicains contrôleront le Sénat.

«Tout le monde en Géorgie connaît les candidats, a souligné Janae Stracke, une collègue de M. Boess. Il n’y a pas beaucoup persuasion à faire. Ils ont pris leur décision. Il s’agit surtout de savoir quand voter, comment voter, et de les encourager à voter.»

Cette saison électorale, la pandémie de coronavirus a bouleversé les démarches traditionnelles pour faire sortir le vote. Avec les gens qui restent à la maison et qui limitent leurs contacts avec les étrangers, une conversation prolongée avec un travailleur de campagne qui se présente sans être invité peut en fait encourager les gens à voter pour quelqu’un d’autre.

Mais étant donné l’importance des deux élections sénatoriales pour les deux partis, les groupes militants indépendants misent le tout pour le tout dans leurs activités de sensibilisation en personne.

Rattraper le retard

Alors que le Parti républicain a perdu l’élection présidentielle en Géorgie pour la première fois en 28 ans, les conservateurs exhortent les républicains à relever leurs efforts pour faire sortir le vote et ainsi contrer le mouvement commencé par l’ancienne candidate au poste de gouverneure, Stacey Abrams.

Après avoir perdu la course en 2018, Mme Abrams s’est consacrée à la sensibilisation des électeurs, convaincue que l’État pourrait tourner au bleu si les démocrates galvanisaient les jeunes électeurs, les minorités et les personnes venant d’autres États. Elle a collecté des millions de dollars pour organiser et inscrire des centaines de milliers d’électeurs dans l’État — des efforts qui ont sans doute aidé le démocrate Joe Biden à gagner la Géorgie.

Les républicains doivent rattraper leur retard, a déclaré le commentateur républicain Karl Rove à Fox News.

«Ne nous leurrons pas: c’est une vraie course», a soutenu M. Rove, qui dirige les efforts de collecte de fonds pour le second tour.

Le Comité sénatorial national républicain s’attend à avoir 1000 membres du personnel sur le terrain en Géorgie. À titre de comparaison, le Comité national républicain comptait au total 3000 agents de terrain rémunérés dans tout le pays pendant la course présidentielle.

Les démocrates ont leur propre passif en vue du second tour. Dans de nombreuses régions du pays, ils ont limité leur campagne en face à face avant les élections du 3 novembre en raison de la pandémie, arguant que c’était la chose responsable à faire. Mais cette décision a été remise en question dans des endroits comme la Floride.

Le Comité de campagne sénatoriale démocrate prévoit dépenser des millions pour l’inscription des électeurs et les efforts pour stimuler la participation.

Conserver ses acquis au second tour

Des groupes extérieurs sont également au rendez-vous, et les rencontres en personne seront complétées par un barrage d’appels téléphoniques, de textos, d’envois postaux et de publicités visant à augmenter la participation aux courses opposant le sénateur républicain David Perdue au démocrate Jon Ossoff et la sénatrice Kelly Loeffler au démocrate Raphael Warnock.

Le taux de participation a tendance à chuter brutalement dans les seconds tours en Géorgie. Et les militants craignent qu’il y ait cette fois-ci une baisse encore plus draconienne, lorsque l’excitation de la course Trump-Biden sera terminée. Ainsi, appeler les électeurs à revenir aux urnes devient plus un objectif que «d’essayer de trouver de nouveaux électeurs ou de convaincre les électeurs qui ont voté pour votre adversaire», a déclaré Charles Bullock, un expert de la politique du Sud à l’Université de la Géorgie.

Historiquement, cette chute de participation a affecté de manière disproportionnée les démocrates, donc le parti fait face à forts vents contraires en vue du 5 janvier. Le candidat républicain a battu le démocrate dans sept des huit scrutins depuis 1992, y compris deux courses au Sénat américain.

Les démocrates ont des raisons d’être optimistes après la victoire de M. Biden, mais sa marge était minime — moins de 13 000 votes sur près de 5 millions de voix — et un démocrate n’a pas été élu au Sénat dans cet État depuis 20 ans.

La mobilisation démocrate s’organise

Mais les groupes qui ont tendance à favoriser les démocrates sont gonflés à bloc. Vendredi, des représentants du groupe Neighborhood Assistance Corporation of America ont fait du porte-à-porte à l’extérieur d’Atlanta pour promouvoir la candidature de MM. Ossoff et Warnock.

«Si nous n’obtenons pas ces deux sièges au Congrès, tout ce que nous avons fait pour rendre la Géorgie bleue ne va pas nous aider», a dit Phyllis Morrow à un couple qui s’est arrêté en voiture.

L’Église épiscopale méthodiste africaine en Géorgie, qui compte plus de 150 000 paroissiens dans l’État, demande à ses membres d’appeler les électeurs admissibles dans leurs congrégations, de les encourager à voter tôt et d’offrir du transport si les électeurs ont besoin d’aide pour se rendre aux urnes le 5 janvier.

L’évêque Reginald T. Jackson souligne que les électeurs noirs sont enthousiastes et «se rendent compte que les yeux de la nation sont tournés vers la Géorgie.»

«Ils savent que les gens vont chercher à voir si les Noirs votent ou non», a-t-il indiqué.

Le New Georgia Project, un groupe fondé par Mme Abrams, tentera d’inscrire certaines des 35 000 personnes estimées qui ont purgé leur peine et peuvent se requalifier le vote, ainsi que quelques-unes des 23 000 personnes estimées qui auront 18 ans avant le second tour, a précisé la directrice principale Nse Ufot.

Mme Ufot a aussi l’intention de cogner à 1 million de portes avant l’élection, soit 500 000 de plus qu’avant les élections générales. L’organisation offre de la formation à ses bénévoles pour respecter les précautions liées à la pandémie.

À Milton, M. Bess et Mme Stracke étaient en territoire ami. La ville aisée, principalement blanche, située à environ 50 kilomètres au nord d’Atlanta, a manifesté un fort soutien au président Donald Trump lors des élections de novembre. Le quartier qu’ils ont parcouru la semaine dernière comportait des pelouses bien entretenues et des maisons spacieuses en retrait de la rue.

«Oh, vous n’avez aucun problème ici», a affirmé Holly McCormick, âgée de 73 ans, après que M. Bess eut sonné à sa porte. Le dépliant que M. Bass portait notait que la Géorgie est la «dernière ligne de défense du pays contre une prise de contrôle socialiste».

Mme McCormick estime que le résultat de l’élection présidentielle est «truqué», bien qu’il n’y ait aucune preuve de fraude généralisée. La dame affirme que les appels de M. Trump pour dénoncer les votes illégaux l’ont encore plus motivée à voter pour les républicains en janvier.

«Nous devons garder le Sénat», a-t-elle tranché.

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