Les hôteliers multiplient les initiatives pour garder la tête hors de l’eau

MONTRÉAL — Formule long séjour pour les snowbirds, restaurant à la chambre, location du stationnement, chambres converties en bureaux : certains hôtels rivalisent d’imagination pour survivre en attendant la fin de la pandémie. Tour d’horizon.

À Drummondville, l’hôtel Le Dauphin a beau être «tranquille au boutte», l’équipe du marketing elle «n’arrête pas deux minutes», confie Étienne Aubin, l’un des directeurs de l’établissement.

«On essaie de chercher le plus de marchés possible», résume-t-il en entrevue avec La Presse Canadienne.

Et à force de créativité, l’hôtel qui vit de réunions, de congrès et de colloques a développé une offre destinée aux personnes qui, l’hiver, quittent leur camping à destination d’une région au climat plus doux, souvent la Floride.

Des suites ont été aménagées avec un espace cuisine en bonne et due forme avec notamment une cuisinière à quatre ronds et un réfrigérateur de taille standard. En plus de fournir tous les services habituels, l’hôtel propose également aux snowbirds de gérer la poste, la livraison des médicaments ou encore d’offrir des prix spéciaux pour leur famille.

«Cette année, ils ont étiré jusqu’à l’Action de grâce, mais après l’Action de grâce, il fallait qu’ils quittent, a résumé M. Aubin. Il commence à faire froid. Faut chauffer les VR.»

Ses clients sont à la recherche de flexibilité. «Si le gouvernement dit: « On peut traverser », eux autres, du jour au lendemain ils traversent. Sinon, ils sont pris avec un bail.»

Les 16 suites destinées à cette clientèle affichent complet, mais si un snowbird souhaitait louer une chambre demain matin, M. Aubin assure qu’il s’organiserait pour que ça fonctionne. «On va aller acheter des frigos», répond-il du tac au tac en riant.

Selon l’Association Hôtellerie Québec, 68 de ses 500 établissements membres proposent une offre semblable. De manière générale, le projet n’a toutefois pas été aussi concluant qu’espéré, a admis l’organisation.

Restaurant à la chambre

Dans un contexte où ils ont une abondance de chambres disponibles et que les restaurants traditionnels sont fermés, de nombreux hôtels ont développé une offre de souper à la chambre.

Au Manoir Rouville-Campbell, à Mont-Saint-Hilaire,  en Montérégie, des chambres de la section historique ont été aménagées avec une petite table nappée et les couverts.

Le service «à porte ouverte» se fait tout au long de la soirée, les samedis, de 18 h à 22 h, alors que les plats sont servis les uns après les autres.

«Ça devient comme une mini-salle à manger privée», illustre Karine Ritchie, la directrice générale adjointe, qui souligne qu’un chansonnier se promène pour offrir «une ambiance musicale live dans le corridor».

Les clients retournent ensuite dans leur chambre. L’essai, qui a commencé à la mi-novembre, connaît «beaucoup d’engouement», selon Mme Ritchie.

Au Spa Eastman, dans les Cantons-de-l’Est, où les clients doivent réserver pour un minimum de trois nuits, tous les repas sont servis à la chambre dans une formule tout inclus. 

«Faut réveiller les gens: on n’est pas fermé», nous lance visiblement exaspérée Diane Nadeau, la directrice du marketing et des ventes.

Bien qu’elle soit «contente» que son compétiteur habituel, «le Sud», en arrache en raison des enjeux liés aux voyages internationaux, Mme Nadeau dit être en train d’apprivoiser son nouveau compétiteur: «le gouvernement» à qui elle reproche de lui mettre «des bâtons dans les roues».

Et l’un de ces bâtons est arrivé à la mi-novembre lorsque sa région hautement touristique a basculé en zone rouge. «Ils disent aux entreprises de rester ouvertes, mais ils disent aux gens de ne pas se déplacer», soupire-t-elle. Conséquence: ses clients demandent des remboursements, ce qui «n’est pas l’fun».

Autre exemple, des bâtiments avaient été loués un peu comme des chalets avec des salons communs pour permettre aux familles de venir fêter du 24 au 27 décembre. L’établissement a dû abandonner le projet la semaine prochaine lorsque les rassemblements ont été interdits durant les fêtes.

Stationnements, bureaux, alouette

Dans un souci de générer des revenus alternatifs, l’hôtel Travelodge Québec s’est inscrit il y a quelques semaines sur une application qui jumelle ceux qui recherchent et ceux qui offrent de l’espace de stationnement.

Et des places, il en a beaucoup, dit Guillaume Leclerc, le directeur général. «Que ce soit des containers, des gens qui veulent mettre leur bateau quelque part pour l’hiver, une van ou des voitures évidemment.»

De la même façon, un étage a été transformé en bureaux locatifs. Les lits ont été retirés des chambres, un micro-ondes a été ajouté de même qu’une table de travail supplémentaire. Les clients peuvent aussi appeler la réception pour imprimer des documents.

«Ça va quand même bien, mieux que je pensais, se réjouit M. Leclerc. C’est un gros plus. C’est des sources de revenus supplémentaires. On prend ce qui passe. C’est une question de survie.»

Les clients sont diversifiés et recherchent souvent une atmosphère paisible qu’ils ne peuvent pas trouver à leur domicile. Il y a des travailleurs d’affaires, des gens qui s’évadent de la maison, d’autres qui doivent participer à des congrès internationaux en mode virtuel, par exemple.

L’Association Hôtellerie Québec, qui est aux premières loges des changements qui bouleversent l’industrie, indique mettre en place des «webinaires sur l’économie collaborative» afin que les hôteliers puissent maximiser leurs infrastructures et leurs actifs.

«Nos halls d’entrée peuvent très bien servir à accueillir les colis Amazon, illustre le porte-parole, Nicolas Dufour. On le voit, il y a des vagues de vols de colis. Et étant donné qu’un hôtel est ouvert 24 heures sur 24, les gens pourraient aller le soir en revenant du travail chercher leur colis.»

Les hôteliers auront beau essayer «mille et une petites recettes» pour survivre, M. Dufour croit que la solution ne viendra qu’avec la réouverture des frontières, lorsque les touristes étrangers fouleront à nouveau le sol canadien et que les événements pourront reprendre.

– Texte de l’Initiative de journalisme local.

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