Les huiles essentielles pourraient contribuer à la salubrité des aliments

MONTRÉAL — Une combinaison d’irradiation et de vapeurs d’huiles essentielles détruirait efficacement les insectes, les bactéries et les moisissures dans les céréales entreposées, démontrent des travaux réalisés à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Cette stratégie aurait comme avantage supplémentaire de réduire le recours à l’irradiation et d’éliminer l’utilisation de gaz potentiellement cancérigènes, sans que l’efficacité de la désinfection des aliments ne soit affectée.

«On traite le produit avec ces vapeurs, ou on l’entrepose en présence de ce timbre bioactif, et ensuite on fait le traitement d’irradiation sous forme de rayons X, de rayons UVC ou de rayons gamma», a résumé la professeure Monique Lacroix, lors d’un entretien en primeur avec La Presse Canadienne.

Les céréales, par exemple, ont été placées dans un sac en compagnie d’un timbre sur lequel des huiles essentielles avaient été immobilisées, a-t-elle ajouté.

Ces huiles essentielles provenant de fruits, d’épices ou de plantes jouent un premier rôle en affaiblissant les microorganismes, de manière à les rendre plus vulnérables à l’irradiation. 

Les chercheurs ont ensuite comparé l’efficacité des rayons X et des rayons gamma pour finir de détruire les intrus. Les rayons gamma se sont révélés plus efficaces que les rayons X contre les insectes. L’ajout d’huiles essentielles d’eucalyptus et d’arbre à thé aurait permis l’utilisation de doses de rayons gamma de quatre à six fois plus petites. 

Un effet similaire s’observe chez les bactéries et les moisissures, même si elles sont plus résistantes aux radiations. Selon une étude précédente, la sensibilité des microorganismes à l’irradiation augmentait d’environ 1,5 fois avec l’ajout d’huiles essentielles de thym et d’origan. 

«L’idée c’est de prétraiter avec des huiles pour sensibiliser les microorganismes ou les insectes, pour ensuite éliminer ces contaminants par irradiation, mais avec un temps beaucoup plus court», a dit Mme Lacroix.

Le temps d’irradiation requis pour obtenir l’effet désiré pourrait être jusqu’à deux fois plus court si les aliments ont été prétraités avec des huiles essentielles, a-t-elle ajouté.

La seule utilisation des timbres d’huiles essentielles ne permet pas d’obtenir 100 % de désinfestation, dit Mme Lacroix. Pour atteindre cet objectif, on doit utiliser l’irradiation seule ou encore l’irradiation en combinaison avec les huiles essentielles.

«Présentement, les céréales, ou même les fruits, sont souvent traités par fumigation avec un gaz cancérigène, alors que là, on pourrait traiter ces produits sans avoir à utiliser un gaz qui est absorbé par l’aliment», a-t-elle expliqué.

Toutes ces huiles essentielles sont déjà utilisées commercialement dans le secteur de l’alimentation, surtout en raison de leur arôme et de leur goût.

Les chercheurs ont donc recours à des composés qui peuvent s’agencer avec l’aliment à traiter. Ils essaient aussi d’utiliser les concentrations les plus faibles possibles, de manière à ne pas affecter le goût de l’aliment ou, idéalement, à les rendre indétectables.

Ils étudient ainsi les synergies qui peuvent exister entre différentes huiles essentielles, ce qui permet de réduire les concentrations nécessaires pour obtenir le même effet.

«On développe des formulations qui contiennent différents extraits pour avoir des extraits qui sont les plus efficaces, a dit Mme Lacroix. C’est important de développer des formulations pour chaque type d’aliment.»

L’efficacité des huiles essentielles en combinaison avec l’irradiation a été démontrée in vitro et avec des sacs de cinq kilogrammes de produits. Les chercheurs croient donc que leur technologie est prête pour un partenariat commercial.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal scientifique Radiation Physics and Chemistry.

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