Les infections au coronavirus ne devraient pas augmenter pendant la saison du pollen

MONTRÉAL — L’arrivée imminente de la saison du pollen au Québec et ailleurs ne devrait pas être accompagnée d’une augmentation du nombre d’infections au coronavirus, assure un expert du CHU de Québec.

Des chercheurs de l’Université technique de Munich et du Centre Helmholtz de Munich prévenaient pourtant récemment que le pollen véhiculé par l’air semblait associé à une hausse des taux d’infection.

Ils ajoutaient ensuite que le pollen pourrait interférer avec la réponse immunitaire aux virus qui pénétreraient dans les voies respiratoires.

«Je pense qu’il faut prendre les données publiées avec un grain de sel parce que c’est une association plus contextuelle que scientifique qui a été faite entre les taux élevés de pollen et les infections à la COVID», a réagi le docteur Jean-Nicolas Boursiquot, qui est allergologue-immunologue.

Les chercheurs allemands disaient avoir constaté dans plusieurs villes de leur pays une corrélation entre une augmentation des concentrations de pollen dans l’air et une hausse des infections, et ce malgré les mesures sanitaires en place.

Le lien de causalité entre les deux — «le pollen cause plus d’infections» — est toutefois loin d’avoir été démontré.

«Il serait faux de conclure que forcément, les taux d’infection beaucoup plus élevés à la COVID sont dus au pollen, a dit le docteur Boursiquot. De fait il y a beaucoup d’études qui ont démontré qu’il n’y a pas de virus qui est porté par les pollens ambiants. Donc c’est une conclusion peut-être un peu hâtive.»

On doit garder en tête, poursuit-il, que les concentrations de pollen sont généralement plus élevées lors des journées chaudes et ensoleillées, un temps plus propice aux visites et aux activités pendant lesquelles le virus pourrait se propager.

De plus, si on considère les infections virales toutes causes confondues, on constate rapidement qu’elles sont plus fréquentes à l’automne et à l’hiver, des saisons où il n’y a absolument aucun pollen dans l’air ambiant.

L’influenza, le virus qui cause la grippe, est par exemple plutôt endémique au Québec à la fin de l’automne, à l’hiver et un tout petit peu au début du printemps, quand il n’y a aucune trace de pollen dans le monde environnant extérieur.

«Donc, ça serait difficile de conclure que le pollen est porteur de virus», a résumé le docteur Boursiquot.

L’hypothèse d’une interférence du pollen avec la réponse immunitaire est elle aussi chambranlante, croit-il.

Les chercheurs allemands ont supposé que la présence de pollen pourrait nuire à la sécrétion d’interféron, une protéine qui prévient les cellules de se préparer à se défendre.

Même si cela se produit, on n’assistera pas nécessairement à une augmentation des infections, estime le docteur Boursiquot, puisqu’il serait faux de penser que la défense contre les pathogènes repose seulement sur la sécrétion d’interféron.

Le système immunitaire, rappelle-t-il, est un engrenage complexe. La défense face à un pathogène ne dépend pas seulement de ce qu’on appelle l’immunité innée, entre autres la sécrétion d’interféron. L’organisme fera aussi appel à des globules blancs spécialisés qui tailleront une réponse immunitaire sur mesure.

Et le pollen ne peut pas venir changer cet aspect de notre système immunitaire, a dit le docteur Boursiquot.

«On a pris deux situations cliniques complètement différentes, on les a mises ensemble et on a laissé les lecteurs en tirer leurs propres suppositions, a-t-il conclu. D’une part le pollen diminue la réponse du système immunitaire, il y a plus d’infections quand il y a du pollen, donc on peut l’expliquer par le fait que le pollen diminue notre système immunitaire, ce qui est complètement faux.»

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