Les jeunes Canadiens ne bougent pas assez, rappelle un nouveau rapport

MONTRÉAL — Les jeunes Canadiens ne bougent pas assez, une situation qui perdure depuis des années, indique l’édition de 2022 du Bulletin de l’activité physique chez les enfants et les jeunes de ParticipACTION.

Mais les nouvelles ne sont pas que mauvaises, puisque les auteurs du Bulletin saluent les familles et les communautés qui se sont mobilisées pendant les deux années de la pandémie pour offrir aux enfants l’occasion de bouger… autrement.

La note attribuée cette année est «D», car moins du tiers des enfants et des jeunes, soit 28 %, respectent la recommandation des Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures pour les enfants et les jeunes, peut-on lire dans le Bulletin. «Cette note indique un recul par rapport aux deux années précédentes», ajoute-t-on.

Une note de «D+» avait été attribuée en 2018 et en 2020. Il serait donc «trop simple» d’attribuer la totalité de la responsabilité de cette situation à la pandémie, a prévenu le chercheur Jean-Philippe Chaput, un membre de l’Équipe de recherche et de développement de contenu du Bulletin.

«Les notes n’étaient pas bonnes avant non plus, a-t-il rappelé. Les niveaux d’activité physique des jeunes Canadiens étaient extrêmement bas avant, ils ont baissé un petit peu pendant la pandémie, mais ce n’est vraiment pas juste la pandémie.»

Le temps d’écran obtient une note de «F», ce qui représente un recul important par rapport à la note de «D+» attribuée dans la dernière édition du Bulletin, en 2020. Selon le rapport, 16,5 % des enfants de 5 à 11 ans et 6,6 % des jeunes de 12 à 17 ans respectaient la recommandation de temps d’écran au début de la pandémie ― en avril 2020 ― comparativement à 35,4 % des enfants et à 16,5 % des jeunes en octobre 2020.

Enfants dignes d’équité

L’édition du Bulletin pour 2022 accorde une attention particulière à l’accès à l’activité physique des enfants dont la réalité est différente de celle de la majorité.

On retrouve parmi ces «enfants dignes d’équité» ceux qui vivent avec une limitation, ce qui représenterait à l’échelle du pays près de 4 % des enfants et des jeunes âgés de moins de 15 ans, et 13 % des jeunes et des jeunes adultes âgés de 15 à 24 ans.

«Le manque d’accès à l’activité physique pour les enfants et les jeunes ayant une limitation constitue un problème récurrent de santé publique et de droits de la personne», prévient le Bulletin.

Les mesures imposées par la pandémie ont contribué à accentuer les disparités en matière d’activité physique et de santé chez les enfants et les jeunes canadiens vivant avec une limitation, ajoute le rapport.

Du côté des enfants racisés, et en particulier ceux issus de ménages nouvellement immigrés, on souligne qu’ils sont plus susceptibles de vivre dans des quartiers marginalisés où l’accès à l’activité physique pourra être plus difficile.

Une étude pancanadienne publiée en 2020 a aussi révélé qu’une plus grande proportion d’enfants noirs, autochtones et racisés a déclaré une diminution de ses niveaux d’activité physique durant la pandémie, comparativement à ceux d’origine caucasienne ou européenne (62 % contre 53 %).

La problématique touche aussi les jeunes autochtones et les jeunes 2ELGBTQIA+.

«On sait que certains groupes étaient plus à risque pendant la pandémie, a dit M. Chaput. Le déclin était plus accentué chez ceux qui venaient d’une famille plus ou moins nantie, les jeunes autochtones par exemple, donc il y a des groupes plus à risque.»

De multiples études ont documenté au fil des ans que les filles sont moins susceptibles que les garçons de participer à des activités sportives. Des données récentes montrent que 59 % des adolescents font du sport chaque semaine, contre seulement 42 % des adolescentes.

Une fille sur quatre ne s’est pas engagée à renouer avec le niveau de participation à une activité physique qu’elle avait avant la pandémie.

ESCC

Selon l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC), une des sources utilisées pour compiler le Bulletin, le pourcentage de jeunes de 12 à 17 ans qui respectent la recommandation d’activité physique modérée ou élevée des Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures (à savoir, au moins 60 minutes par jour) est passé de 51 % à l’automne 2018 à 37 % à l’automne 2020.

L’ESCC note aussi que l’activité physique liée aux loisirs est passée d’une moyenne de 27 minutes par jour en 2018 à 20,3 minutes par jour en 2020; l’activité physique en milieu scolaire a chuté de moitié, de 24,7 à 13 minutes par jour.

La baisse de l’activité physique pendant la pandémie, comparativement à la période prépandémique, a été importante chez les jeunes vivant en milieu urbain (-135 minutes par semaine), mais moindre chez ceux vivant en milieu rural (-86 minutes par semaine).

De plus, les jeunes Ontariens ont perdu 168 minutes d’activité physique par semaine, contre 121 minutes pour les jeunes Québécois et seulement 38 minutes pour les jeunes de l’Atlantique.

Aspects positifs

Mais il y a aussi de bonnes nouvelles.

Cette année, la note attribuée au transport actif augmente à «C-», puisque les données démontrent que 41 % des enfants et des jeunes utilisent généralement un mode de transport actif pour aller à certains endroits et en revenir.

Dans la catégorie «Famille», la note reste inchangée à «C» puisque 53 % des parents encouragent toujours l’activité physique et le sport chez leurs enfants, par exemple en faisant du bénévolat, en assistant aux activités sportives des enfants, en entraînant une équipe, en reconduisant les enfants, en encadrant le temps d’écran, en déboursant pour les frais d’inscription et l’équipement ou faisant du sport avec leurs enfants.

«Je pense que ça commence par des parents qui doivent être de bons modèles pour nos enfants, d’avoir des limites de temps-écran à la maison, pas seulement pour les enfants, mais pour nous autres aussi, a dit M. Chaput. Si, en tant que parent, on a toujours nos téléphones cellulaires dans les mains…

«Quand on a un temps familial, on peut écouter un film, mais on peut aussi avoir des activités familiales où on va jouer dehors, donc pas seulement amener son enfant au soccer ou au hockey, mais jouer avec lui.»

À ce chapitre, le Bulletin salue les «nombreuses familles et (les) nombreux responsables communautaires (qui) ont cherché, et trouvé, des moyens de faire bouger les enfants. Une vague d’ingéniosité et de résilience a déferlé sur le pays».

«Nous nous sommes mobilisés pour inspirer les enfants à bouger malgré des ressources limitées, et malgré un état de stress lié à notre santé et à notre portefeuille», peut-on lire dans le rapport.

La note de «C» est attribuable à leur persévérance et à l’exemple qu’ils ont su donner, disent les auteurs de l’enquête, et représente «sans conteste un exploit remarquable compte tenu des difficultés éprouvées par de nombreuses familles au pic de la pandémie».

De plus, la création d’espaces urbains piétonniers, les marchés en plein air et l’élargissement des pistes cyclables et des sentiers pédestres ont rendu ces lieux accessibles aux familles pour qu’elles puissent se divertir et faire de l’exercice.

Toutefois, souligne le Bulletin, «ces espaces de rue dédiés au transport actif ont généralement été aménagés dans des régions où il y avait moins de membres des minorités visibles et où il y avait moins de ménages avec des enfants».

De plus, l’augmentation du temps passé à l’extérieur a davantage été le fait d’enfants provenant de familles bien nanties, qui vivaient dans des maisons (et non pas dans des appartements) et dans des quartiers à faible densité.

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