Les jeunes Québécois sont les moins optimistes par rapport à la crise climatique

MONTRÉAL — Les jeunes Québécois se montrent significativement plus préoccupés que ceux des autres provinces canadiennes par rapport aux enjeux climatiques, allant même jusqu’à remettre en question leur décision d’avoir des enfants.

C’est ce que révèle un sondage réalisé par Léger à l’automne 2022 auprès de plus de 3000 Canadiens de 15 à 39 ans. Selon les données, 80% des Québécois interrogés ne croient pas que la situation économique s’améliorera au cours de la prochaine année, contre 72% ailleurs au pays.

«Cette écoanxiété chez les jeunes est provoquée par ce qu’ils entendent, que ce soit par rapport aux bouleversements environnementaux, à la perte de biodiversité, à la pollution ou à l’écotoxicité. Mais ça peut aussi provenir de l’inaction qu’ils observent autour d’eux», explique en entrevue Inês Lopes, psychologue et éducatrice à l’environnement et à des enjeux sociaux.

Selon Mme Lopes, l’écoanxiété peut s’exprimer sous diverses formes, que ce soit sur le plan psychologique, physiologique ou cognitif.

«Ça peut aller de léger à sévère : on peut avoir des signes physiologiques comme un souffle court, des sueurs, de l’insomnie ou encore une boule dans le ventre. […] Certains vont ressentir un désespoir ou un pessimisme significatif par rapport à l’avenir et les décisions de la vie», énumère la psychologue.

Le sondage montre que ces préoccupations peuvent même influencer certaines décisions majeures des jeunes Canadiens. Selon les données, le quart de la génération Z (25%) affirme ne jamais vouloir enfanter, contre près d’un millénarial sur cinq (19%).

Parmi les raisons évoquées par ces répondants, 44% d’entre eux ont exprimé qu’ils n’étaient pas à l’aise de mettre des enfants au monde dans un contexte de crise climatique.

Pour Alexandra Hénault, 21 ans, ses inquiétudes entourant le climat entrent en contradiction avec son désir d’être mère biologique.

«Je me rappelle qu’en 2018, le rapport du GIEC m’avait rendue très incertaine par rapport à mon propre avenir, et j’en faisais de l’insomnie. Je me disais : « c’est quoi mon rôle de mère si je n’ai pas confiance en l’avenir? Quelle image ça envoie à l’enfant? »», raconte en entrevue l’étudiante en sociologie.

Cette remise en question de la parentalité peut parfois susciter des réactions, notamment chez les générations plus âgées, reconnaît Inês Lopes. Bien que le désir de certains parents d’avoir des petits-enfants soit légitime, de plus en plus de jeunes estiment que les impacts de la crise climatique ne leur laissent pas réellement le choix.

«Je crois qu’avoir un enfant en ce moment, c’est aussi un facteur polluant de plus. Et si je n’ai pas espoir pour l’avenir, je ne sais pas si ça ferait de moi une bonne mère», renchérit Alexandra Hénault.

Un détachement parfois nécessaire

Parmi les multiples impacts de l’écoanxiété, les questions en «Et si?» et les scénarios catastrophiques sont aussi une source de stress chez plusieurs jeunes. Si certains développent des mécanismes d’évitement, d’autres vont plutôt s’impliquer au sein de groupes militants afin de chasser leur sentiment d’impuissance.

Le fait de consulter un professionnel de la santé peut aider à gérer cette gamme d’émotions, qui s’avère parfois «paralysante». D’autres voies sont aussi possibles, précise Inês Lopes, selon les comportements et les émotions de l’individu.

«Ça dépend vraiment d’où la personne se trouve dans son écoanxiété. On ne donnera pas les mêmes conseils à une personne qui est dans l’évitement et à une autre qui est dans l’acharnement», soutient la psychologue, ajoutant qu’il existe «une diversité d’écoanxiétés».

Pour Alexandra Hénault, le meilleur moyen de réduire cette angoisse est de se détacher du mieux qu’elle peut des possibilités peu reluisantes de l’avenir.

«Je me renseigne moins qu’avant, parce que ça me stressait trop. J’allais lire différents scénarios, par exemple si la Terre réchauffait de 2, 3 ou 5 degrés… Aujourd’hui, je vis encore de l’écoanxiété, mais d’une façon différente. (…) Je fais attention à mon alimentation et à ma consommation, mais je ne vais pas m’empêcher de vivre», raconte-t-elle.

Selon un sondage Léger de 2021, 73% des Québécois de 18 à 34 ans se disent écoanxieux ou écoanxieuses, un mal propre à la génération Z et aux millénariaux.

«On ne peut pas nier la science, et l’écoanxiété peut avoir des conséquences sur le choix de carrière, le choix d’études et même sur les finances personnelles. (…) Il faut discuter de ça avec les jeunes, toujours en validant leur perception. Leurs inquiétudes sont fondées, mais on ne veut pas qu’elles prennent tout l’espace mental», résume Mme Lopes.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Meta et La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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