Les jeunes qui ont subi une commotion peuvent recommencer à bouger à leur rythme

MONTRÉAL — Les jeunes qui ont subi une commotion cérébrale peuvent reprendre leurs activités physiques et cognitives à leur rythme dans les jours suivant leur blessure sans que cela n’ait d’impact sur leur guérison, affirme une nouvelle étude.

On recommande actuellement à ces jeunes de se reposer au moins 72 heures après leur blessure pour permettre à leur cerveau de se remettre, puis de reprendre graduellement leurs activités, selon leur tolérance.

«Je ne vois pas (la nouvelle étude) comme une contradiction des recommandations actuelles, a commenté la professeure Isabelle Gagnon, de l’École de physiothérapie et d’ergothérapie de l’Université McGill. Je la vois plus comme une validation de ce qui se passe dans la vie réelle.»

Les chercheurs de l’hôpital pédiatrique américain Nationwide ont étudié une centaine de jeunes âgés entre 11 et 17 ans qui avaient reçu un diagnostic de commotion cérébrale. Les jeunes ont porté deux appareils: un pour mesurer leur activité physique et leur sommeil en tout temps, et un autre pour mesurer leur activité cognitive à l’extérieur de l’école.

Les participants à l’étude ont aussi rempli un questionnaire quotidiennement pour quantifier l’importance de leurs symptômes.

Les chercheurs ont constaté une augmentation de l’activité physique et cognitive pendant la première semaine suivant la commotion cérébrale. Une hausse du nombre de pas par jour semblait associée à une diminution plus rapide des symptômes, mais l’association statistique entre les deux était ténue.

Les chercheurs n’étaient pas en mesure de dire si une augmentation des activités entraînait une atténuation des symptômes, ou si l’atténuation des symptômes permettait plutôt aux jeunes de reprendre leurs activités.

Les chercheurs américains estiment donc qu’on peut laisser aux jeunes une certaine marge de manoeuvre après leur commotion cérébrale concernant les activités qu’ils souhaitent ou non pratiquer, et que cela n’aura comme effet ni de hâter ni de retarder leur guérison.

«Oui, mais avec un gros, gros bémol, a nuancé Mme Gagnon. Je pense qu’on peut laisser aller les jeunes sans problèmes, en tenant pour acquis qu’ils ont reçu des instructions de ne pas s’engager dans des activités à risque. On parle de l’activité physique des jeunes, mais pas dans le contexte d’activités physiques dangereuses.»

Un jeune joueur de football pourrait décider de reprendre le jogging, cite-t-elle en exemple, mais personne ne dit qu’on doit le laisser reprendre l’entraînement quelques jours seulement après sa commotion.

On peut toutefois faire confiance aux jeunes concernant le niveau d’effort qu’ils sont capables de tolérer dans les premiers jours et les premières semaines suivant leur commotion, croit Mme Gagnon.

«On peut dire qu’ils sont de bons juges de leur capacité, a-t-elle dit, mais dans le contexte où quelqu’un leur a dit qu’il y a un protocole à respecter même s’ils se sentent bien.»

La nouvelle étude ne nie pas du tout la nécessité des protocoles de retour progressif aux sports dangereux, poursuit Mme Gagnon, mais elle laisse plus de marge de manoeuvre aux jeunes qui ressentent encore des symptômes quant à l’effort qu’ils peuvent fournir.

Des progrès énormes ont été réalisés depuis quelques années — à travers le monde comme au Québec — dans la détection et la gestion des commotions cérébrales, se réjouit Mme Gagnon.

Et si les jeunes se disent plus prêts que jamais à rapporter leurs symptômes de commotion cérébrale, la réalité sur le terrain peut être bien différente quand ils se retrouvent confrontés à la pression de ne pas laisser tomber leurs coéquipiers ou à la crainte de perdre leur place dans l’alignement.

«Ça reste encore difficile, a admis Mme Gagnon. Il y a des conséquences à être blessé. Je ne veux pas généraliser, mais il y a des contextes qui peuvent rendre la chose très difficile, malgré plein de bonnes intentions.»

Les conclusions de cette étude sont publiées par le Journal of Head Trauma Rehabilitation.

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