Les jeunes seraient de plus en plus accros aux benzodiazépines

MONTRÉAL — Le nombre de jeunes souffrant d’une dépendance aux benzodiazépines — des médicaments comme le Xanax, l’Ativan et le Valium — est en pleine croissance, et il s’agit d’un problème médical tellement grave que de nombreux centres et spécialistes se sentent incapables de les aider.

Selon des chiffres rendus publics cet été par le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, la proportion d’étudiants de fin du secondaire qui admettent utiliser des calmants ou des sédatifs à des fins euphorisantes, et non à des fins médicales, est passée de 1,5 pour cent en 2014-2015 à 2,8 pour cent en 2016-2017.

«On parle d’une hausse d’à peu près 100 pour cent en deux ans chez les étudiants de fin de secondaire, a commenté le docteur Nicholas Chadi, un pédiatre spécialisé en médecine de l’adolescence et toxicomanie au CHU Sainte-Justine. Et ce ne sont pas les dernières statistiques. (Je penserais) que c’est encore en hausse, à voir comment ça circule sur les réseaux sociaux.»

Ces médicaments sont habituellement utilisés chez les adultes pour traiter des problèmes de sommeil, d’anxiété ou encore dépressifs. Les pédiatres évitent de plus en plus de les prescrire, en raison du risque élevé de dépendance et de la complexité du sevrage qui sera ensuite nécessaire.

Malheureusement, prévient le docteur Chadi, les benzodiazépines sont très et trop facilement disponibles, que ce soit dans la pharmacie de grand-maman, sur internet ou dans les couloirs de l’école.

«Ce que je vois, ce sont des jeunes qui ont une perception de risque très basse, a-t-il dit. Ils se disent que ce sont des médicaments, c’est sécuritaire, ma grand-mère prend ça, mes parents prennent ça. Là où ça devient dangereux, un c’est quand on prend ça de façon très régulière, à tous les jours, parce qu’on devient accro. Et deux, si on le prend en combinaison avec d’autres médications sédatives ou d’autres substances comme l’alcool, par exemple, on peut avoir un effet sédatif tellement important que ça peut causer des arrêts respiratoires ou des surdoses.»

Sevrage et risque de décès

Les benzodiazépines se lient à des récepteurs au niveau du cerveau. Lors d’un sevrage soudain, ces récepteurs se retrouvent vides, ce qui provoque de multiples déséquilibres à travers l’organisme; le cerveau commence alors à fonctionner de manière «aberrante» et le jeune pourra être secoué par des convulsions qui pourront éventuellement provoquer un arrêt cardiorespiratoire et même un décès.

«Étant donné que le Xanax est une substance sédative qui va avoir un effet calmant sur l’ensemble du cerveau et du corps et de toutes les fonctions, quand on coupe ça tout d’un coup, le cerveau fait une espèce de ‘rebond’ et ça cause un débalancement qu’un être humain a vraiment beaucoup de difficulté à gérer à court terme», a expliqué le docteur Chadi.

Le sevrage est tellement complexe, et potentiellement dangereux, que les centres de désintoxication, les hôpitaux périphériques et même les hôpitaux pour adultes des grands centres refusent de prendre en charge ces patients.

«On ne peut pas mourir d’un sevrage à l’héroïne. Mais on peut mourir d’un sevrage aux benzodiazépines, a prévenu le docteur Chadi, un des seuls médecins du Québec qui soit en mesure d’aider ces jeunes. Il y a seulement deux substances qu’on connaît qui peuvent mener à un sevrage mortel: l’alcool et les benzodiazépines.»

En milieu hospitalier, on remplacera le sédatif à courte action que prenait le jeune par un sédatif dont l’action sera plus progressive. La dose sera réduite au fil des jours et des semaines, «pour que ce soit de petites marches au lieu d’une grosse marche».

«Donc au bout de quelques jours à quelques semaines, on peut se rendre à zéro, et à ce moment-là on peut diriger les jeunes vers des centres de désintoxication ou des traitements à plus long terme», a dit le docteur Chadi.

Face à ce manque de ressources, poursuit-il, les jeunes sont laissés à eux-mêmes. Sans ressources et sans encadrement, plusieurs continueront tout simplement à consommer. D’autres pourront réussir à se sevrer par eux-mêmes, au fil des années, avec tous les risques que cela comporte.

«Je pense qu’il y a des problèmes au niveau de l’éducation du public, des jeunes qui ne voient vraiment pas le risque avec ces substances-là; moi, à chaque fois que je le dis à des ados qui en consomment, ils n’avaient aucune idée que ça pouvait causer une dépendance aussi dangereuse, a conclu le docteur Chadi. Et ensuite de ça, c’est une question de traitement et de soutien pour ces jeunes-là, parce qu’on ne sait vraiment pas quoi faire avec ça.»

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