Les journalistes ne sont pas épargnés lors des manifestations aux États-Unis

WASHINGTON — Les cartes de presse et les caméras de télévision, naguère des symboles d’impartialité qui permettaient aux journalistes de bénéficier d’une certaine immunité en zone de conflit, ne sont plus des gages de protection pour les journalistes et les équipes de télévision qui couvrent les violentes manifestations urbaines aux quatre coins des États-Unis.

Le ‘U.S. Press Freedom Tracker’, un projet en ligne commandité en partie par la Fondation pour la liberté de la presse aux États-Unis et le Comité pour la protection des journalistes, a répertorié plus de 180 incidents distincts depuis le début des manifestations la semaine dernière à Minneapolis.

«Il arrive que des journalistes se retrouvent pris entre deux feux, ce qui se produit constamment dans les zones de conflit», a évoqué Roy Gutterman, un professeur de journalisme et directeur du Tully Center for Free Speech à l’Université de Syracuse, dans l’État de New York.

Lundi soir, à Syracuse, un photographe expérimenté a rapporté avoir été projeté au sol par un policier qui est sorti des rangs pour s’en prendre à lui même s’il ne représentait pas une menace, a souligné M. Gutterman.

«Je crois qu’il y a une certaine indifférence (chez les policiers) à faire la distinction entre les manifestants et les groupes de journalistes, à éviter d’expédier les gaz lacrymogènes ou encore à tirer des balles de caoutchouc en leur direction», a-t-il poursuivi.

Les manifestations ont commencé à Minneapolis à la suite de la mort tragique de George Floyd, un Afro-Américain âgé de 46 ans qui est décédé après qu’un policier eut déposé son genou sur sa gorge alors qu’il était en état d’arrestation pour avoir vraisemblablement tenté de payer avec un faux billet de 20 $US.

Le policier Derek Chauvin a depuis été congédié et accusé de meurtre, mais les manifestants et les défenseurs des droits humains souhaitent que ses trois collègues, qui ont été impliqués dans l’incident, soient également accusés.

Une séquence vidéo reprise des milliers de fois qui a été diffusée lundi soir montrait des policiers anti-émeute qui assénaient des coups de bouclier et de poings à une équipe de télévision australienne, qui montrait pourtant clairement son micro et sa caméra. Cet incident s’est produit tout juste à l’extérieur de la Maison-Blanche, tandis que les policiers libéraient le célèbre Lafayette Square pour le président américain Donald Trump.

Quelques minutes plus tard, M. Trump a traversé le parc, pour prendre part à une séance photo devant l’église épiscopale St. John. Une barrière de deux mètres avait été érigée autour du parc, où les manifestants s’étaient déjà réunis mardi.

Les heurts entre les médias et l’administration Trump ne datent pas d’hier. Et les charges contre eux se sont même intensifiées ces dernières semaines. Une approche qui indispose la vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland. 

«Les journalistes ne sont pas les ennemis du peuple; les journalistes servent le peuple», a rectifié mardi Mme Freeland, elle-même une ex-journaliste qui a reconnu être préoccupée par les récents événements.

«Je ne peux pas dire que j’aime toutes les questions des journalistes ni qu’elles sont faciles à répondre. Mais je suis convaincue que le fait que des journalistes soient présents pour rapporter les faits, qu’ils soient présents pour exiger des comptes aux gouvernements, les rend meilleurs», a-t-elle déclaré.

«La liberté de presse est un droit humain essentiel, et elle est essentielle pour une démocratie forte», a ajouté Mme Freeland.