Les juristes de l’État votent à 63 pour cent pour poursuivre la grève

MONTRÉAL – Après avoir soupesé la possibilité de mettre fin à leur grève générale illimitée, les avocats et notaires à l’emploi du gouvernement du Québec ont finalement décidé, mardi, de la poursuivre. Ils ont voté à 63 pour cent en ce sens, au cours de deux assemblées générales qui se sont tenues simultanément à Montréal et Québec.

Les quelque 1100 avocats et notaires de l’État québécois (LANEQ) ont entrepris leur débrayage le 24 octobre.

Leur détermination à poursuivre la grève paraît d’autant plus surprenante qu’ils n’ont plus d’indemnité de grève, le fonds ayant été épuisé. Mais avec un appui de 63 pour cent, le vote a été visiblement difficile.

«Il faut comprendre le contexte: ça fait plusieurs semaines que nos membres sont sans indemnité, donc sans aucun revenu. Évidemment, c’est un contexte difficile pour savoir si on continue la grève. Nos membres ont quand même décidé de maintenir la pression contre le gouvernement. C’est quelque chose qui est très important, comme vote, dans le contexte», a commenté François Desroches-Lapointe, avocat et porte-parole de LANEQ, après l’annonce du résultat à Montréal.

Ils attendent maintenant une réplique du président du Conseil du trésor, Pierre Moreau.

Ils ne se sont pas donné d’échéancier précis pour consulter de nouveau leurs membres quant à la poursuite ou non de la grève ou quant à un vote sur d’éventuelles offres gouvernementales qui seraient modifiées.

Les assemblées ont duré plus de quatre heures. Les quelque 300 avocats réunis à Montréal et les quelque 500 réunis à Québec ont longuement étudié les dernières offres gouvernementales, également, et les ont rejeté à 96 pour cent.

Leur convention collective est échue depuis le 31 mars 2015.

Les membres de LANEQ réclament la parité avec leurs confrères, les procureurs aux poursuites criminelles et pénales. Ils revendiquent également une reconnaissance de leur indépendance professionnelle à titre d’avocat.

Le ministre Moreau déçu

À Québec, le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, a assuré que c’est exactement ce que le gouvernement leur offre: la parité avec les procureurs de la Couronne. Il s’est même dit prêt à aller présenter les offres gouvernementales en personne, avec tableaux à l’appui, lors d’une assemblée générale des membres de LANEQ.

Le ministre Moreau s’en est pris à l’exécutif du syndicat professionnel, lui reprochant de se montrer «totalement intransigeant» et de ne pas avoir fait de concession depuis le début, sauf de laisser tomber sa demande d’arbitrage qui lierait les parties — ce qu’il jugeait totalement irréaliste et inédit.

Apprenant le résultat du vote en début de soirée, le ministre Moreau s’est dit déçu, mais prêt à ce que les négociations reprennent «en respectant le cadre financier que le gouvernement s’est fixé avec le front commun par respect et équité pour les 450 000 fonctionnaires qui ont signé une entente et pour les procureurs de la Couronne».

Le ministre Moreau a assuré qu’il ne projetait pas de loi spéciale pour forcer leur retour au travail. «Je n’envisage pas de loi spéciale. J’ai l’impression que la loi spéciale fait partie de la stratégie syndicale, pas de la stratégie patronale», a-t-il lancé.