Les leaders du G7 ne doivent pas oublier la pandémie, rappelle un conseiller de l’OMS

OTTAWA — Les dirigeants du G7, dont le premier ministre Justin Trudeau, doivent faire de la fin de la pandémie de COVID-19 un élément central de leur sommet en Allemagne, a estimé lundi un conseiller principal auprès du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le docteur Bruce Aylward a déclaré en entrevue lundi que le fait de ne pas maintenir la COVID-19 en tête de l’ordre du jour du sommet risquait de nuire davantage à l’économie et de provoquer davantage de troubles civils.

Le docteur Aylward, aussi épidémiologiste, est un spécialiste canadien des maladies infectieuses; il travaille auprès de l’OMS depuis 1992. Il a estimé lundi que si le G7 ne priorise pas les investissements dans des vaccins et des traitements pour tous les pays afin de juguler la pandémie, personne ne le fera.

«La première chose que le G7 doit affirmer, c’est: « nous avons une opportunité de vaincre cette pandémie, nous devons agir dès maintenant ».» 

Cela implique des investissements dans les vaccins et les traitements contre la COVID-19. Mais aussi, lorsque des vaccins mis à jour seront produits plus tard cette année: ne pas répéter le cycle de 2021 au cours duquel les pays riches ont mis la main sur toutes les doses initiales, prévient le spécialiste.

Les dirigeants des principales économies mondiales étaient réunis lundi en Allemagne pour le sommet annuel des leaders du G7, où l’invasion russe en Ukraine et l’insécurité alimentaire étaient surtout au cœur des préoccupations.

Mais le docteur Aylward maintient que si la pandémie de COVID-19 est glissée sous le tapis, ce sera au détriment de tous les pays. La croissance économique est entravée par des problèmes de chaîne d’approvisionnement liés non seulement à la guerre en Ukraine, mais également aux effets continus de la COVID-19, dit-il.

Et les troubles civils déclenchés dans les pays riches – comme les manifestations contre les restrictions sanitaires qui ont paralysé le centre-ville d’Ottawa et plusieurs passages frontaliers plus tôt cette année au Canada – ne feront qu’empirer si l’économie et l’inflation ne sont pas stabilisées, croit le docteur Aylward.

L’Organisation mondiale de la santé espérait qu’à ce jour, 70 % de la population mondiale soit vaccinée, mais plus de 130 pays et territoires sont en deçà de cet objectif. En Afrique, moins d’une personne sur cinq a été complètement vaccinée et moins d’une sur 100 a reçu une dose de rappel.

Le grappin sur les vaccins

Le docteur Aylward rappelle qu’au départ, les pays les moins riches ne pouvaient pas obtenir les doses nécessaires, alors qu’aujourd’hui, dit-il, c’est plutôt la réticence vaccinale qui pose problème. Une réticence aggravée par les comportements de certains citoyens de pays riches, dit-il.

Au départ, les pays riches ont gardé pour eux les doses, puis n’ont initialement mis à disposition que des doses de vaccins à vecteur viral comme l’AstraZeneca, dont des pays comme le Canada ne voulaient plus. Il y a eu aussi des théories du complot sur les vaccins à ARNm de Pfizer-BioNTech et Moderna, qui n’avaient aucun fondement scientifique, mais qui ont été exportées dans le monde entier, a déclaré M. Aylward.

Le «dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la COVID-19» (l’«Accélérateur ACT») est une collaboration mondiale créée en avril 2020, au début de la pandémie. Le programme vise à «accélérer la mise au point et la production de produits de diagnostic, de traitements et de vaccins contre la COVID-19 et à en assurer un accès équitable».

De nouveaux vaccins capables de mieux protéger contre les variants actuels du coronavirus à l’origine de la COVID-19 seront bientôt disponibles, et les pays riches ne peuvent pas répéter le fiasco de 2021, a déclaré le docteur Aylward.

Mais Oxfam et l’Alliance «People’s Vaccine» déclaraient en fin de semaine que plus de la moitié des doses de la prochaine série de vaccins seraient déjà réservées par les mêmes pays qui les avaient accumulées la première fois. Le Canada a signé des contrats pour obtenir 35 millions de doses du vaccin Moderna et jusqu’à 65 millions de doses du Pfizer en 2022.

Il existe également un énorme besoin d’antiviraux et de tests de dépistage dans les pays à faible revenu, des secteurs qui avaient été les moins financés au cours de la première année du programme «ACT-A», selon le docteur Aylward.

Le programme demande à 55 pays à revenu élevé et «intermédiaire supérieur» de contribuer conjointement près de 17 milliards $ cette année. Plus d’un tiers de cette somme doit être alloué aux vaccins, environ un quart aux tests et outils diagnostics, un sixième aux thérapies, y compris les médicaments antiviraux, et le reste aux systèmes de santé.

L’an dernier, seuls six de ces pays, dont le Canada, ont atteint ou dépassé ce que l’OMS a déterminé comme étant leur «juste part» des contributions, fixée surtout en fonction de la taille de leurs économies. L’Allemagne est le seul autre des six pays du G7 à avoir «fait sa part».

L’Allemagne et le Canada ont tous deux déclaré qu’ils atteindraient également leur juste part en 2022. M. Trudeau a annoncé le mois dernier que le Canada engagerait 732 millions $ dans le programme «ACT-A» cette année.

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