Les libéraux abandonnent le plan de déménagement d’une unité d’élite à Trenton

OTTAWA — Le gouvernement libéral renonce à un projet visant à déplacer une unité militaire d’élite de la région d’Ottawa vers Trenton, un déménagement qui se préparait pourtant depuis 12 ans.

La décision de ne pas déplacer la base de la Deuxième Force opérationnelle interarmées (FOI 2), annoncée lundi par le ministre de la Défense Harjit Sajjan en réponse à une question de La Presse canadienne, intervient malgré le fait que le précédent gouvernement conservateur a dépensé des millions de dollars pour acquérir des terres en vue de construire de nouvelles installations près de la base des Forces armées canadiennes de Trenton, en Ontario.

«Dans un environnement de sécurité mondial en constante évolution, nous restons concentrés sur le fait de nous assurer que les forces spéciales canadiennes sont équipées pour relever ces défis», a affirmé M. Sajjan dans une déclaration envoyée par courriel.

«Je tiens à assurer à ceux qui servent au sein de la FOI 2 et à leur famille que nous n’avons pas l’intention de déplacer cette installation hors d’Ottawa.»

Bien que le ministre n’ait pas précisé les motifs de sa décision, les responsables de la défense ont déjà évoqué la nécessité de maintenir la FOI 2 près d’Ottawa pour faire face à toute éventuelle attaque terroriste. Cette unité d’élite est spécialisée dans les missions antiterroristes au Canada et à l’étranger.

Il a également été rapporté que le coût de construction de la nouvelle base avait monté en flèche ces dernières années. Postmedia a cité des documents internes du ministère de la Défense de 2016 indiquant que le prix avait plus que triplé, passant de 364 millions $ à 1,2 milliard $.

Le précédent gouvernement conservateur avait décidé en 2007 de déplacer l’unité ultra-secrète de sa base de Dwyer Hill, à l’ouest d’Ottawa, vers un nouvel emplacement à côté de la base des Forces canadiennes de Trenton.

Les conservateurs estimaient alors que la présence d’un commando d’élite près d’un aéroport — Trenton abrite l’aérodrome le plus achalandé des Forces armées canadiennes — améliorerait sa capacité à réagir rapidement aux urgences nationales et internationales.

Une expropriation difficile

Le gouvernement fédéral a acheté une propriété au nord de la base de Trenton, mais s’est heurté à la vive opposition d’un agriculteur dont la lutte pour garder sa ferme de 90 hectares a fait les manchettes. Les terres de Frank Meyers ont finalement été expropriées; il est décédé l’année dernière.

Ottawa n’a pas dit combien il avait dépensé pour les quelque 200 hectares achetés pour construire la future base, mais des responsables ont indiqué que la facture totalisait des millions de dollars.

Toutefois, malgré des années d’efforts, le déménagement n’a jamais eu lieu. La question restait en suspens au moment où des membres de l’unité FOI 2 étaient déployés dans des endroits tels que l’Irak pour participer à la lutte contre Daech.

Des responsables de la défense ont par la suite évoqué les inquiétudes entourant les attaques terroristes menées par des «loups solitaires» comme l’une des raisons pour lesquelles l’unité devait rester près d’Ottawa.

Les rapports sur l’escalade des coûts de la nouvelle installation ont également soulevé des questions quant à la faisabilité du déménagement de l’unité.

Le major-général Peter Dawe, commandant des forces d’opérations spéciales du Canada, qui comprend la FOI 2, a déclaré la semaine dernière lors d’une entrevue qu’il attendait toujours de savoir si l’unité déménagerait.

Bien que les commandants aient été en mesure de minimiser tout impact de cette incertitude sur l’unité, «une décision serait la bienvenue», avait alors ajouté M. Dawe.

Le ministère de la Défense n’a pas dit ce qu’il ferait du terrain acheté près de la base de Trenton, bien que des responsables aient suggéré qu’il pourrait être utilisé pour la formation ou pour entreposer des munitions.

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