Les libéraux ne rempliront pas leur promesse sur l’eau potable chez les Autochtones

Ottawa admet qu’il ne respectera pas l’engagement majeur du premier ministre Justin Trudeau d’éliminer tous les avis d’ébullition de l’eau dans les communautés autochtones d’ici mars 2021.

Le ministère des Services aux Autochtones indique qu’au moins 22 avis à long terme dans 10 communautés autochtones resteront en vigueur au-delà de cette cible de mars prochain, fixée à la suite d’une ambitieuse promesse électorale libérale en 2015.

«Ce que veulent les communautés, ce n’est pas une échéance imposée par Ottawa, mais un engagement à long terme pour l’accès à l’eau potable», a soutenu mercredi le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, en conférence de presse à Ottawa.

Lors d’une précédente séance d’information, le ministère a expliqué que la pandémie avait freiné les efforts de modernisation des systèmes d’approvisionnement en eau et les programmes de formation sur place, car certaines communautés ont choisi de restreindre les déplacements.

«La COVID a vraiment tout changé», a repris plus tard le ministre Miller. «À cause de la COVID, de nombreux projets ont raté une saison complète de construction.»

Le ministre a qualifié de «totalement inacceptable» le manque d’accès à l’eau potable qui persiste dans de nombreuses communautés autochtones, mais il n’a pas fixé de nouveau calendrier. 

La complexité des projets, notamment la rénovation des infrastructures et des routes d’hiver de moins en moins fiables, a ajouté aux retards, a expliqué M. Miller. Il a également été difficile d’embaucher et de retenir dans des communautés éloignées des opérateurs pour les usines de traitement de l’eau.

À la défense de Trudeau 

M. Miller, nommé il y a seulement un an au portefeuille des Services aux Autochtones, a cherché à protéger son patron, Justin Trudeau, qui avait fait cette promesse électorale en 2015 d’éliminer tous les avis d’ébullition en cinq ans.

«Au bout du compte, c’est moi qui en porte la responsabilité — et j’ai la responsabilité et le devoir d’y parvenir», a-t-il déclaré mercredi.

Selon le ministère, 97 avis d’ébullition de l’eau ont été levés depuis 2016, tandis que 59 restent toujours en vigueur dans 41 communautés.

À la fin d’octobre, environ 250 résidents de la communauté de Neskantaga, dans le nord de l’Ontario — qui doit composer avec un avis d’ébullition de l’eau depuis 25 ans —, ont été évacués de leur résidence après la découverte d’une pellicule huileuse à la surface de l’eau dans le réservoir.

Un «embarras national» 

Les partis de l’opposition à Ottawa ont critiqué le gouvernement libéral pour avoir raté son objectif.

«Les communautés autochtones n’ont pas besoin de plus de promesses creuses ou de délais gouvernementaux artificiels: ils ont besoin de certitude, de clarté et de compétence de la part de leur gouvernement», a indiqué dans un communiqué le porte-parole conservateur en matière de services aux Autochtones, Gary Vidal. Qualifiant la crise d’«embarras national», il a suggéré la participation du secteur privé. 

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a qualifié le problème de «dégoûtant» et d’«inexcusable».

«Imaginez que le ministre Miller se rende dans sa circonscription de Montréal: « Je m’excuse, mais nous avons raté notre cible pour vous fournir de l’eau potable. » Est-ce qu’il trouverait ça approprié?», a-t-il demandé en conférence de presse. «Ce n’est pas une promesse non tenue: c’est trahir la confiance, et cela envoie le message que les Autochtones ne sont pas importants.»

Dans son énoncé économique déposé lundi, le gouvernement libéral s’est engagé à investir 1,5 milliard $ cette année pour travailler à la levée de tous les avis à long terme concernant l’eau potable dans les communautés autochtones, en plus des 2,1 milliards $ déjà engagés à ce chapitre depuis 2016.

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