Les libéraux poussent un soupir de soulagement et conservent l’opposition officielle

MONTRÉAL — La campagne électorale aura été ardue pour le Parti libéral du Québec, mais sa cheffe Dominique Anglade aura finalement sauvé les meubles et réussi à maintenir le statut d’opposition officielle de sa formation.

Dans le discours de la cheffe libérale, on ne sentait pas du tout le ton de la défaite, mais plutôt celui du défi. Elle a insisté sur l’élan gagné en cours de campagne pour promettre de poursuivre le travail de terrain pour regagner le coeur des électeurs.

«Dans les prochains jours, mois, années, vous allez voir que je vais déployer la même énergie, la même conviction, la même ambition que je caresse pour nous tous, ici, au Québec, et vous allez voir qu’ensemble on est capable d’accomplir de grandes choses pour un Québec qui représente l’ensemble des Québécois», a-t-elle lancé à ses partisans réunis au théâtre Corona, à Montréal.

«Que vous ayez voté pour nous ou pour une autre formation politique, ma porte, notre porte sera toujours ouverte», a ajouté Mme Anglade en s’adressant à l’ensemble des Québécois.

Tout juste avant la fermeture des bureaux de vote, l’ex-ministre libéral des Finances Carlos Leitao ne se berçait pas d’illusions en prédisant 20 à 25 sièges au PLQ. À son avis, cela devait être suffisant pour conserver l’opposition officielle. Il ne s’est pas trompé sur ce point. En fin de soirée, Élections Québec donnait 23 libéraux élus ou en avance.

«C’est très important pour nous de demeurer l’opposition officielle et de donner à Dominique (Anglade) le temps nécessaire de vraiment restructurer et rebâtir le parti», a-t-il mentionné. M. Leitao a reconnu que le début de campagne a été difficile, mais s’est dit fier du travail de sa cheffe à la suite du deuxième débat télévisé.

«Les gens ont appris à mieux la connaître et on a remarqué une amélioration même dans l’atmosphère dans l’autobus et parmi le staff», a-t-il analysé.

Le député réélu dans Marquette et ex-hockeyeur, Enrico Ciccone, a renchéri sur le même sujet en fin de soirée en déclarant que Dominique Anglade avait été «bonne en maudit en troisième période».

Il demeure que le PLQ n’a jamais remporté moins de 30 sièges lors d’une élection générale depuis 1976. En 2018, sous Philippe Couillard, les libéraux avaient perdu le pouvoir, mais récolté 31 sièges.

En nombre de voix, les appuis libéraux ont aussi continué de s’effriter. Après avoir enregistré sa pire performance en 2018 avec 25 % des voix, le PLQ a continué de s’enfoncer alors que les résultats partiels (avec 95 % des bureaux de vote dépouillés) lui accordaient à peine plus de 14 % des voix, soit moins que le Parti québécois et que Québec solidaire.

Un parti montréalais?

À l’exception de Pontiac, en Outaouais, le PLQ est désormais confiné à la grande région de Montréal.

«Le défi va être de ne pas devenir le parti de Montréal. De continuer à toujours faire le pont entre Montréal et le reste du Québec. Ça va être ça le défi des quatre prochaines années», prédit Carlos Leitao.

De son côté, le nouveau député de Marguerite-Bourgeoys, Frédéric Beauchemin, rejette cette étiquette de parti montréalais.

«Je ne suis pas d’accord. Il y a des votes libéraux qui ont été mis dans les urnes partout dans la province. Il y a des libéraux partout au Québec. Notre mission, pour les quatre prochaines années, c’est de les ramener au bercail», a-t-il soutenu.

Ambiance festive

À l’image de leur début de campagne, les libéraux ont connu un lent début de soirée. L’ambiance semblait plutôt tendue avant la fermeture des bureaux de vote et la confirmation rapide de la réélection d’un gouvernement caquiste majoritaire a vite fait de refroidir les quelques partisans présents.

Si bien que la nouvelle de la confirmation du statut d’opposition officielle est d’abord presque passée inaperçue au rassemblement libéral. L’animateur de la soirée a dû prendre un moment pour retransmettre l’information afin de susciter quelques cris de joie et des applaudissements.

L’ambiance s’est cependant progressivement réchauffée par la suite alors que plusieurs élections de libéraux se sont rapidement enchaînées dans des circonscriptions de la grande région de Montréal.

Au fil de la soirée, la salle s’est remplie et le soulagement d’un retour dans l’opposition officielle a permis aux partisans de retrouver le sourire et de faire la fête.

Campagne ardue

À la dissolution de l’Assemblée nationale, le PLQ formait l’opposition officielle avec 27 députés. Pas moins de 13 d’entre eux ont choisi de ne pas briguer de nouveau mandat.

Avec une telle désertion, on aurait peut-être pu prévoir que la campagne libérale serait tout sauf un long fleuve tranquille. Les embûches se sont multipliées dès le départ avec une candidature annoncée, puis retirée dans Charlesbourg. Puis, un candidat s’est retiré dans la région de Québec avant d’être imité par deux autres candidates en Estrie.

Le recrutement s’est avéré un véritable cauchemar pour le PLQ qui a réussi in extremis à être représenté dans chacune des 125 circonscriptions. Le candidat Harley Lounsbury a même eu besoin de l’intervention d’un juge pour forcer le Directeur général des élections du Québec à inscrire son nom sur les bulletins de vote dans Matane-Matapédia.

Un autre coup dur est venu miner la crédibilité du PLQ, dont l’image de marque a longtemps été celle du «parti de l’économie». Il a été démontré en plein cœur de la campagne que le cadre financier proposé par le parti contenait une erreur de 16,3 milliards $. Une erreur que le parti a reconnue de bonne foi et corrigé.

Malgré le mauvais sort qui semblait vouloir s’acharner sur les libéraux, Dominique Anglade a fait preuve de résilience et a démontré beaucoup de combativité en terminant sa campagne avec aplomb et enthousiasme. Elle s’est positionnée en antagoniste du chef caquiste François Legault, en rassembleuse. Ce qui lui a peut-être permis de rallier certains indécis en bout de piste.

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