Les libéraux tranchent: le crucifix restera au Salon bleu du parlement

QUÉBEC — Le crucifix du parlement transcende les époques et les controverses: il est là pour rester.

Malgré sa récente loi 62 sur la neutralité religieuse de l’État, le gouvernement Couillard a réaffirmé mardi son attachement indéfectible au crucifix, solidement accroché au Salon bleu du parlement depuis 1936.

Placé bien en vue derrière le trône du président de l’Assemblée nationale par le premier ministre Maurice Duplessis, le crucifix de la controverse restera donc bien en place.

Le voeu du premier ministre Duplessis de sceller alors, par ce symbole religieux, l’alliance entre l’Église et l’État demeure toujours exaucé.

Le caucus libéral devait se prononcer mardi sur une motion déposée la semaine dernière par Québec solidaire sur le sort à réserver au crucifix du parlement, dans la foulée de la loi 62.

Québec solidaire souhaitait que les parlementaires confient au Bureau de l’Assemblée nationale (BAN), sorte de conseil d’administration de l’institution, le mandat de déterminer si le moment était venu de déplacer l’objet religieux et litigieux.

Au terme de leur caucus, les libéraux ont conclu mardi qu’il n’était pas question d’endosser la motion solidaire, et encore moins de décrocher le crucifix.

La position a fait consensus au sein des troupes, selon la nouvelle présidente du caucus libéral, la députée Filomena Rotiroti.

«Il y a un consentement où ce qu’on ne donnera pas notre consentement à la motion qui est déposée par Québec solidaire», a-t-elle dit, à la sortie du caucus, convaincue qu’on ne devait pas «effacer le patrimoine historique du Québec».

Plusieurs députés se sont portés à la défense du symbole religieux, qui, selon eux, fait partie intrinsèque de l’histoire du Québec.

Le député de Dubuc, Serge Simard, s’est posé en fougueux défenseur du crucifix.

«Il fait partie de l’histoire du Salon bleu. Cela fait partie de l’histoire du Québec», selon lui.

«On ne démolira pas les statues. On ne démolira pas les artefacts. On ne démolira pas l’histoire du Québec», a plaidé le député.

Son collègue de Montmorency, Raymond Bernier, a renchéri: «C’est historique. Moi, j’y tiens.»

Le député de Laval-des-Rapides, Saul Polo, a répondu à la question sur la pertinence de déplacer le crucifix en réaffirmant sa foi. «Je suis catholique pratiquant», a-t-il dit.

Le ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, a jugé lui aussi que le crucifix du parlement faisait «partie de notre histoire».

La semaine dernière, la motion de Québec solidaire avait recueilli l’appui de l’opposition péquiste, des députés indépendants et de la Coalition avenir Québec (CAQ). Les libéraux avaient reporté leur décision, disant qu’ils devaient d’abord en discuter en caucus.

Mardi la CAQ a changé son fusil d’épaule et n’a pas appuyé la motion. Le chef François Legault a réaffirmé la position de son parti, à savoir que le crucifix devait rester en place. Il n’y avait donc plus de place pour la discussion ou pour envisager un autre scénario.

Le député solidaire de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois, qui pilotait le dossier, s’est montré déçu et surpris en point de presse de constater que les groupes parlementaires ne voulaient même pas discuter du sort du crucifix.

À ses yeux, c’était pourtant là une question de cohérence, un geste en accord avec le principe affirmé de la neutralité religieuse de l’État.

«C’est une démonstration publique d’incohérence» affichée par le gouvernement, selon le député, rappelant que le vaste débat sur la laïcité de l’État, la neutralité religieuse et les demandes d’accommodements raisonnables avait cours depuis une dizaine d’années au Québec.

Or, cette position des libéraux fait la preuve que «la laïcité, ça ne vaut pas pour le Salon bleu, lieu par excellence de la démocratie québécoise», a fait valoir le député de Gouin.

Québec solidaire proposait de considérer le crucifix comme un objet du patrimoine, placé dans un présentoir dans une salle du parlement, où il serait traité comme tel.