Les machinistes veulent l’abandon d’une loi légitimant «l’exportation d’emplois»

OTTAWA – Les machinistes et travailleurs de l’aérospatiale somment le gouvernement de Justin Trudeau d’abandonner un projet de loi qui offre «une carte blanche» à l’exportation d’emplois à l’étranger.

Ils font circuler une pétition contre C-10, un projet de loi qui allège les obligations d’Air Canada sur l’entretien de ses avions au pays.

Selon le coordinateur québécois de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale (AIMTA), David Chartrand, la nouvelle loi «légalise» les 2600 pertes d’emplois subies avec la fermeture d’Aveos, et ouvre la porte à encore davantage de mises à pied.

«C’est la compagnie Air Canada qui va décider du volume de travail. C’est la compagnie Air Canada qui va décider du type de travail. C’est Air Canada qui va avoir une carte blanche (sur) ce qui va être fait ici comme entretien», a-t-il déploré en point de presse à Ottawa, jeudi.

La nouvelle loi proposée le mois dernier par le ministre des Transports, Marc Garneau, modifie la Loi sur la participation publique au capital d’Air Canada. Elle stipule que «sans éliminer l’exercice d’activités d’entretien d’aéronefs en Ontario, au Québec ou au Manitoba», Air Canada «peut modifier le type ou le volume d’une ou de plusieurs de ces activités dans chacune de ces provinces ainsi que le niveau d’emploi».

On retire ainsi l’obligation de maintenir les centres d’entretien et de révision spécifiquement à Winnipeg, Mississauga et dans la Communauté urbaine de Montréal.

Même si c’est Air Canada qui pourra décider du volume de travail effectué au Canada, M. Garneau fait confiance au transporteur. «Quand une compagnie de la grandeur d’Air Canada, avec tous ses aéronefs, s’engage à faire l’entretien soit d’une pièce ou d’un avion (…), il y a le besoin d’avoir une masse critique d’employés pour que ce soit rentable», a-t-il fait valoir à la sortie de la période de questions.

Le ministre a rappelé qu’Air Canada s’était engagé à acheter au moins 45 avions CSeries de Bombardier et à les entretenir au Québec pour une période d’au moins 20 ans. Selon lui, il faut «reconnaître le fait qu’Air Canada doit être compétitif contre toutes sortes d’autres lignes aériennes domestiques et internationales qui n’ont pas les mêmes contraintes».

Quand Aveos a fermé ses portes en 2012 — laissant sans emploi 2600 travailleurs, dont 1800 dans la région de Montréal — le gouvernement du Québec a porté l’affaire devant les tribunaux. Il a obtenu gain de cause en Cour supérieure et en Cour d’appel.

Mais il a finalement lâché le morceau alors que la Cour suprême s’apprêtait à se pencher sur l’affaire, en échange d’une entente sur l’achat de CSeries. La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) a repris la balle au bond et déposé le 11 mars une demande d’injonction permanente contre le transporteur aérien pour le forcer à entretenir sa flotte d’avions ici. M. Garneau a présenté son projet de loi deux semaines plus tard.

«Ils n’ont pas fait leurs devoirs», a tranché Fred Hospes, président de la section 140 des transports de l’AIM, en parlant des libéraux de Justin Trudeau.

«S’ils avaient fait leurs devoirs, ils auraient invité toutes les parties prenantes aux discussions. Ils auraient invité les syndicats de machinistes», a-t-il ajouté.

M. Hospes indique avoir demandé à plusieurs reprises une rencontre avec le ministre Garneau, sans succès.

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice, qui déposera la pétition aux Communes, rappelle que Justin Trudeau lui-même avait manifesté sur la colline parlementaire en soutien aux travailleurs ayant perdu leur emploi il y a quatre ans.

À cette occasion, M. Trudeau, alors dans l’opposition, avait critiqué le gouvernement conservateur pour ne pas respecter la loi.

Selon M. Boulerice, les libéraux font preuve d’une «hypocrisie» s’approchant de la «trahison» dans ce dossier.

«Une fois rendus au pouvoir, les libéraux n’ont pas voulu respecter la loi, ils ont trouvé un tour de passe-passe: on a juste à changer la loi. La pratique qu’on nous propose présentement avec C-10, c’est de rendre légale une perte d’emplois qui hier encore était illégale», a affirmé le député néo-démocrate.

Le chef intérimaire du Bloc québécois, Rhéal Fortin, croit de son côté que M. Garneau a tort de faire confiance à une compagnie qui a été «délinquante» en ne respectant pas la loi à son sujet. «Il devrait sévir plutôt que de les accommoder et nous dire qu’il leur fait confiance pour la suite», a-t-il plaidé.

Environ 1700 signatures ont déjà été recueillies depuis la semaine dernière.