Les médias américains sont à la recherche de leur nouvelle garde

NEW YORK — La liste des médias d’information à la recherche de cadres supérieurs s’allonge aux États-Unis.

Plusieurs médias importants comme le Washington Post, ABC News ou le Los Angeles Times tentent de recruter des cadres à un moment de transformation rapide dans le secteur de l’information. Une attention accrue est aussi accordée à la diversité au sein des postes de décision.

Le rédacteur en chef du Washington Post, Marty Baron, qui a contribué à transformer le quotidien au cours des huit dernières années, et le président d’ABC News, James Goldston ont tous deux annoncé leur départ au cours des deux prochains mois.

Le Los Angeles Times recherche un successeur au rédacteur en chef Norman Pearlstine. L’agence de presse Reuters doit remplacer son rédacteur en chef, Stephen Adler, qui prend sa retraite le 1er avril. Le HuffPost et Vox Media ont également besoin de dirigeants.

D’autres médias, comme le New York Times et la chaîne CNN, pourraient eux aussi devoir se lancer dans le recrutement d’un haut responsable.

MM. Baron et Goldston ont mentionné la fin d’un cycle électoral intense et le rythme exténuant des nouvelles pour expliquer leur décision de tourner la page.

Ces départs offrent aux médias la chance d’engager une nouvelle génération de dirigeants à un moment où les entreprises ont besoin de souplesse. Elles semblent également devenues plus soucieuses de compter sur un personnel pouvant raconter des histoires reflétant leur communauté, dans la foulée de la mort de George Floyd.

«Ce que nous allons devoir faire, c’est vraiment d’observer beaucoup de personnes qui ne sont pas les candidats habituels», dit Jill Geisler, une experte de l’école de communication de l’Université Loyola de Chicago.

Une diversité

Les problèmes de diversité ont tourmenté plusieurs organes de presse au cours de la dernière année. Le Los Angeles Times a publiquement reconnu que le quotidien avait alimenté le racisme depuis sa fondation. Il s’est aussi battu la coulpe pour le manque de journalistes et de gestionnaires provenant des minorités.

Krissah Thompson est devenue la première femme afro-américaine à occuper un poste de responsable de rédaction au Washington Post.

Les médias ont connu leur part d’ennuis au cours des récents mois. Le rédacteur en chef du Philadelphia Inquirer a démissionné à cause d’un titre d’un article portant sur l’après George Floyd eut soulevé l’indignation dans sa salle de rédaction.

La semaine dernière, le réseau CBS a imposé une suspension à deux cadres soupçonnés d’être intolérants envers les minorités et les femmes à l’échelle locale. M. Goldston a dû congédier un cadre qui avait exprimé des remarques racistes offensantes.

«[Dans ce contexte], l’une de ces entreprises pourrait avoir envie de se détacher des autres», dit Richard Prince, dont le blogue traite des questions relatives aux minorités dans le secteur de l’information.

Un pas a été fait en décembre par MSNBC qui a nommé une Afro-Américaine, Rashida Jones, pour remplacer son président de longue date, Phil Griffin.

Kevin Merida, vice-président principal d’ESPN et ancien rédacteur en chef du Washington Post, pourrait figurer sur la liste de recrutement de bien des entreprises.

Des progrès discrets ont aussi été réalisés dans les petits médias. Ce mois-ci, Manny Garcia a été nommé rédacteur en chef de l’Austin American-Statesman et David Ng s’est retrouvé à la tête de la salle de presse du Providence Journal.

Le recrutement d’un cadre supérieur est devenu une opération beaucoup plus complexe. Le Washington Post compte près du double du nombre d’employés qu’il y a huit ans. On y retrouve une solide unité de vidéo et de journalisme de données. Le successeur de M. Goldston devra également superviser les émissions «World News Tonight» et  «The View» ainsi que le blog FiveThirtyEight.

Les médias sont de plus en plus scrutés, surveillés. Le moindre faux pas déclenche une controverse qui ternit la réputation de tous.

Ainsi le New York Times a dû admettre qu’il ne pouvait pas se porter garant du personnage central d’un de ses balados primés. Il a dû sanctionner un journaliste qui avait utilisé une insulte raciale au cours d’une réunion d’étudiants et mettre fin au contrat d’une rédactrice en chef qui avait écrit ressentir «des frissons» en voyant l’avion de Joe Biden atterrir.

«Faut-il s’étonner que certains de ces rédacteurs dire que le temps est venu de prendre leur retraite ?», s’interroge Joel Kaplan, un vice-doyen de l’Université Syracuse.

Les problèmes financiers du secteur de l’information au cours des deux dernières décennies ont réduit les possibilités de recrutement, constate Mme Geisler. Les médias doivent rechercher ces futurs cadres dans des endroits inhabituels. Certains n’ont pas un profil remarqué parce qu’ils ne voulaient pas se faire remarquer en accomplissant leur boulot. 

Ces nouveaux dirigeants devront démontrer qu’ils sont sensibles aux objectifs d’inclusion, demeurent à l’écoute de leur personnel et peuvent inspirer leurs employés à produire un excellent journalisme, formule-t-elle. 

«Les médias voudront que les employés aient plus que jamais leur mot à dire dans les décisions, dit-elle. Les dirigeants vont être vérifiés, presque comme dans une petite assemblée.»

L’époque, conclut Mme Geisler, exige des dirigeants de la créativité.

– Par David Bauder, The Associated Press

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