En direct de l’assaut du Capitole américain

Les scènes de chaos et de peur au coeur de la démocratie américaine ont donné lieu à des images frappantes diffusées simultanément à la télévision.

Photo : AP Photo/Jose Luis Magana

WASHINGTON — La prise d’assaut du Capitole américain par les partisans du président Donald Trump s’est déroulée en direct à la télévision de façon spectaculaire mercredi, avec des images de militants armés dans la Chambre des représentants et des combats au corps à corps avec la police.

Les scènes de chaos et de peur au coeur de la démocratie américaine ont éclaté rapidement, mais plusieurs journalistes qui couvraient l’événement se sont demandé si ces épisodes de violence étaient vraiment surprenants.

« Il est difficile de croire que ça se produit », a déclaré Wolf Blitzer de CNN. « C’est sans précédent, c’est dangereux et c’est tellement embarrassant pour les États-Unis d’Amérique. »

Les journalistes s’étaient rassemblés pour suivre le décompte des bulletins de vote du collège électoral par le Congrès afin de sceller la victoire du président élu Joe Biden, un événement normalement de routine devenu chaotique par la contestation du vote par certains des alliés politiques de Donald Trump et par Donald Trump lui-même.

Alors que le débat se déroulait, l’attention des médias s’est déplacée vers l’extérieur du Congrès, où les partisans de Trump qui s’étaient rassemblés pour entendre le président parler de sa défaite ont commencé à affluer vers le Capitole. Ils ont gravi les marches du Capitole, où une personne tenait une pancarte indiquant « Battez-vous pour Trump ».

Après avoir pénétré dans le bâtiment, des images ont émergé de face-à-face armé à la Chambre alors que des politiciens se recroquevillaient derrière les bureaux et que des gens brisaient les fenêtres du Capitole et grimpaient les murs extérieurs. Newsmax, un média très à droite, a montré des images époustouflantes de la police et des émeutiers s’affrontant dans la rotonde du Capitole.

« La manifestation a dépassé le processus de certification du Collège électoral », a déclaré le journaliste de Fox News, Chad Pergram. « La sécurité ici au Capitole des États-Unis a échoué. »

Compte tenu du discours de Donald Trump, qui depuis deux mois accuse sans fondement qu’on lui a volé les élections, plusieurs journalistes ont soulevé des questions sur les raisons pour lesquelles les forces de l’ordre semblaient si mal préparées.

« Le choc que j’ai, c’est à quel point c’était facile », a déclaré Chuck Todd de NBC.

Alors que des images de personnes frappant sur une porte du Capitole étaient diffusées, le présentateur d’ABC News, George Stephanopoulos, a déclaré : « Ce n’est pas l’Ukraine, ce n’est pas la Biélorussie ».

Des débats ont eu lieu dans les salles de rédaction de tout le pays sur la terminologie à utiliser pour décrire les participants. Des manifestants ? Des émeutiers ? Une foule ? Jake Tapper de CNN a déclaré : « nous les appelons des terroristes. » Lester Holt de NBC a déclaré qu’« il y avait certains éléments d’une tentative de coup d’État ».

Norah O’Donnell de CBS News a mené une interview extraordinaire avec le leader de la minorité à la Chambre, Kevin McCarthy, le pressant de savoir s’il avait exhorté Donald Trump à faire quelque chose pour arrêter ses partisans et le confrontant pour savoir si les fausses allégations de fraude électorale généralisée avaient conduit à ce chaos.

« Je me demande simplement si quelqu’un va … appeler un chat un chat et je vous en donne l’opportunité maintenant », a déclaré Norah O’Donnell.

Joe Biden s’est adressé à la nation, suivi de Donald Trump. Le président a exhorté ses partisans à respecter les forces de l’ordre et à rentrer chez eux, mais a également déclaré qu’il les « aimait » et a répété les allégations de vol d’élections. Jake Tapper s’est demandé si CNN aurait même dû le diffuser.

Sur CNBC, Shepard Smith a ordonné que le message de Donald Trump soit arrêté. « Arrêtez la bande », a-t-il dit. « Ce n’est pas vrai et nous ne le diffusons pas. »

Abby Phillip de CNN a déclaré que les Américains devaient se demander si Donald Trump était même capable de diriger le pays pendant les deux prochaines semaines.

« Il incite à la violence contre le gouvernement lui-même, à l’anarchie, au vandalisme et il est aussi complètement absent de son travail principal, qui est de protéger ce pays », a-t-elle déclaré.

Alors même que le bâtiment était pris d’assaut, les partisans de Donald Trump dans les médias remettaient en question qui était responsable. Sur One America News Network, le présentateur Dan Ball a déclaré que la violence n’avait rien à voir avec les manifestations des droits civiques l’été dernier et a suggéré sans preuve que des « Antifas » s’étaient peut-être déguisés en partisans de Donald Trump pour prendre d’assaut le Capitole.

« Nous n’avons pas tous les faits », a-t-il déclaré.

Il y a eu des moments de tension pour les journalistes à l’extérieur du Capitole. Un journaliste de Fox News a demandé à un homme d’arrêter de bloquer sa caméra. Une équipe de l’Associated Press a vu son équipement volé et détruit.

Les profondes divisions de la nation se sont manifestées dans les médias avant même que les manifestants ne marchent sur le Capitole. Fox News Channel, Newsmax et OANN ont tous diffusé le discours du président mercredi en direct, même si le débat au Capitole commençait.

C’est lors de ce discours que Donald Trump a invité ses partisans à « marcher sur le Capitole ».

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Cet épisode me fait douter de la capacité des États Uniens à contrôler leurs leaders d’opinion et politiques au prise avec des distorsions de la personnalité et par conséquent de la réalité. Les républicains se sont donnés un guru à forte ascendance sur une frange de la population et à tendance dictatoriale comme candidat à la présidence. Cela reflète la répartition inégale des richesses aux USA. Dans l’Esprit de plusieurs, une répartition plus juste est associée au socialisme comme si le Canada et les pays scandinaves étaient tous socialistes. Vraiment, la situation commande une remise en question de leurs schèmes de pensée.

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On peut dire qu’il s’agissait là d’une insurrection (soulèvement qui vise à renverser le pouvoir établi) au cours d’une tentative de coup d’état. Ces gens sont venus dans la capitale fédérale à la demande du président sortant pour faire valoir son point de vue à l’effet qu’il avait gagné et qu’il devait continuer sa présidence pendant encore 4 ans, contrairement aux résultats officiels du vote populaire.

Pourquoi la sécurité du Capitole avait-elle été relâchée ? Très bonne question car ce sont des fédéraux qui répondent en fin de compte au président et nous n’avons qu’à faire un parallèle entre la sécurité d’hier et celle de l’été dernier lors de la manifestation des BLM. Dans ce dernier cas, des milliers d’agents et de soldats avaient été mobilisés autour du Capitole; hier, rien de tout ça et le gouvernement Trump a même osé refuser la garde nationale à la mairesse de Washington. Il a fallu que le vice-président s’en mêle.

Une chose certaine, les Américains sont bien habitués à des coups d’état mais c’est généralement dans les autres pays, surtout en Amérique latine. On ne compte plus ces coups d’état, le dernier en date, celui qui a renversé le président élu Morales de la Bolivie, supposément par l’armée (mais on sait que la CIA était derrière cette manœuvre qui a reçu la bénédiction du gouvernement Trudeau). L’ironie de l’affaire c’est qu’après un intermède de plus d’un an avec la droite au pouvoir en Bolivie, le peuple a fini par pouvoir voter et la gauche a repris le pouvoir haut la main et l’ex président Morales a pu rentrer au pays.

Ce pays a voulu imposer la démocratie un peu partout dans le monde mais semble incapable de la faire respecter chez soi. C’est Vladimir Poutine qui devait se rouler à terre, mort de rire, face à ce spectacle odieux de suprémacistes blancs qui s’attaquaient au symbole même de la démocratie américaine et de la souveraineté du peuple. On aura tout vu: une émeute, une tentative de coup d’état, encouragée par le président du pays… Avec des amis comme ça, ils n’ont pas besoin d’ennemis.

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