Les mesures pour lutter contre la pandémie ont réduit la demande en électricité

TORONTO — C’est comme si l’épidémie de COVID-19 avait fait sauter un disjoncteur, coupant le courant dans toute une ville de la taille d’Ottawa.

Les mesures mises en place par les autorités pour lutter contre la pandémie de COVID-19 ont forcé la fermeture de vastes secteurs de l’économie, ce qui a aussi entraîné une baisse importante de la demande d’électricité, ont confirmé vendredi des responsables ontariens.

Terry Young, vice-président de la Société indépendante d’exploitation du réseau d’électricité (SIERE), une société d’État ontarienne, a confirmé qu’une planification était en cours pour de nouvelles baisses d’utilisation, puisqu’un équilibre délicat doit constamment être maintenu entre l’offre et la demande d’électricité. «Nous constatons actuellement une baisse de la demande oscillant entre 1000 et 2000 mégawatts (MW)», sur une consommation habituelle de 17 000 à 18 000 MW, a déclaré M. Young.

Cette baisse de l’ordre de 10 % a débuté la semaine dernière, a indiqué M. Young. La tendance à la baisse est devenue plus évidente lorsque les gouvernements et les autorités de la santé publique en Ontario, comme au Québec, ont ordonné aux entreprises non essentielles de fermer leurs portes et aux citoyens de rester chez eux. En conséquence, les usines et autres gros utilisateurs ont réduit leur production ou fermé complètement. Par contre, la consommation des résidences et des hôpitaux a augmenté depuis que l’Ontario s’est mise «en pause».

Un changement net a été par ailleurs observé dans les plages horaires de consommation, maintenant que tant de gens restent à la maison, indique M. Young. La pointe de 7 heures à 8 heures le matin, lorsque les gens se réveillaient et se préparaient à aller au travail ou à l’école, arrive maintenant un peu plus tard.

Offre et demande

Parce que l’électricité ne peut être emmagasinée, les producteurs doivent ralentir leur cadence car la demande intérieure diminue, tout comme les exportations vers des pays comme les États-Unis, qui sont également durement touchés par le coronavirus. «Nous sommes capables de gérer cette baisse, mais nous devons évidemment continuer à surveiller de près la situation (…) et nous assurer que nous ne produisons pas trop d’électricité», a indiqué M. Young.  

La réduction de production, en particulier dans les centrales nucléaires, est un processus fastidieux, tout comme les redémarrages, et ne se produirait probablement que si la tendance à la baisse de la demande s’intensifiait considérablement. Cependant, l’une des plus importantes centrales d’Amérique du Nord, celle de Bruce, près de Kincardine, en Ontario, a assuré qu’elle disposait d’une grande flexibilité pour réduire ou augmenter sa capacité de production.

«Nous pouvons fournir un tiers de notre production de façon dynamique, ce qui est unique à notre centrale», a soutenu James Scongack, vice-président de Bruce. «Nous avons développé cette solution à la suite du ralentissement de 2008 et ça constitue pour nous un atout essentiel depuis dix ans.» Résultat: la centrale nucléaire peut augmenter ou diminuer de 300 MW la production de chacun de ses huit réacteurs — soit 2400 MW au total — dans un délai relativement court, assure M. Scongack. Or, «nous ne voyons pas de scénario où notre capacité de base ne serait pas utilisée».

L’Ontario Power Generation, l’entreprise publique responsable de la production d’électricité, a indiqué qu’elle était également en contact étroit avec la Société indépendante d’exploitation du réseau, qui fournit des directives aux centrales.

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