Les Mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse dénoncent la «violence raciste»

HALIFAX — Des chefs autochtones de la Nouvelle-Écosse demandent au gouvernement fédéral de dénoncer ce qu’ils qualifient de gestes racistes et violents envers les Mi’kmaq, après une fin de semaine de tensions dans la baie Sainte-Marie.

Les chefs mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse ont rencontré lundi matin la ministre fédérale des Pêches, Bernadette Jordan, et la ministre des Relations avec les Autochtones, Carolyn Bennett. La veille, des pêcheurs non autochtones, à bord d’une centaine de bateaux, avaient retiré des eaux environ 350 casiers à homard au large des côtes du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.

«Les pêcheurs et les citoyens non autochtones mettent la sécurité de notre population en danger», a déclaré dans un communiqué le chef Terrance Paul, à l’issue de la réunion avec les ministres. Le gouvernement fédéral et la Gendarmerie royale du Canada (GRC), a-t-il déclaré, «doivent lutter contre le harcèlement et les activités illégales dirigées contre notre peuple et ils doivent faire appliquer (les lois) et accuser ceux qui coupent et volent nos pièges, tirent des fusées éclairantes sur nos bateaux et menacent la vie de nos gens».

Les chefs disent avoir déclaré au ministère des Pêches que les casiers saisis devaient être rendus aux pêcheurs autochtones. La ministre Jordan n’a pas voulu répondre aux questions de La Presse Canadienne lundi.

La Première Nation affirme que ses membres ont le droit de pêcher en dehors de la saison régulière en vertu d’un traité ancestral. Dans un arrêt historique, la Cour suprême du Canada a confirmé il y a 21 ans le droit d’un Mi’kmaq de pêcher des anguilles quand et où il le voulait, sans permis — et le droit des communautés autochtones de l’est du pays de chasser et de pêcher pour «s’assurer d’une subsistance convenable». Le tribunal a cependant clarifié l’arrêt Marshall deux mois plus tard en précisant que le droit issu du traité était tout de même assujetti à la réglementation fédérale. Et la définition de «subsistance convenable» ne fait toujours pas consensus.

Définir la «subsistance convenable»

Rhonda Knockwood, directrice des activités au sein de la première nation de Sipekne’katik, soutient que les tensions entre les deux groupes sont le point culminant d’années de frustration avec le ministère des Pêches et des Océans et ses «tergiversations délibérées et tactiques sournoises entourant les négociations pour définir un « moyen de subsistance convenable » et la mise en oeuvre des traités».

Pendant ce temps, les communautés mi’kmaq de la Nouvelle-Écosse se mobilisaient, lundi, afin d’offrir des casiers à homard aux pêcheurs autochtones qui ont vu leurs engins retirés de la baie Sainte-Marie.

Colin Sproul, de l’Association des pêcheurs côtiers de la baie de Fundy, a expliqué que les gestes posés dimanche par les pêcheurs non autochtones étaient nécessaires pour supprimer les casiers «illégaux», alors que la saison annuelle de la pêche au homard dans la baie de Sainte-Marie ne commence pas avant le dernier lundi de novembre. La pêche au homard dans le secteur est fermée du 31 mai à la fin novembre, a-t-il dit, pour permettre aux crustacés de s’accoupler en toute sécurité pendant leur période de reproduction, car les coquilles des homards muent et se ramollissent pendant cette période.

M. Sproul a déclaré que la flottille de pêcheurs non autochtones avait retiré dimanche les engins sans encombre, sous la surveillance de la GRC, des bateaux de la Garde côtière et des hélicoptères de la police. «L’équipement que nous retirons était en violation de la loi», a-t-il plaidé. 

Le chef Paul, cependant, estime que les droits issus de traités autochtones coexistent avec les règles établies par le gouvernement fédéral.

Le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Stephen McNeil, a indiqué lundi dans un communiqué que la province reconnaissait les droits issus de traités de la Première Nation Mi’kmaq, mais il a admis que «de nombreux détails entourant la nature et l’étendue de ces droits ne sont pas clairs». Et cette clarification, a-t-il dit, «est mieux traitée par un dialogue ouvert et respectueux».

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