Le PQ encaisse sa pire défaite en plus de 40 ans et son chef est emporté

MONTRÉAL — Le Parti québécois a subi sa pire défaite électorale depuis plus de 40 ans et la vague caquiste qui a déferlé a aussi emporté Jean-François Lisée: il a été défait dans sa propre circonscription et il quitte la direction du Parti québécois (PQ).

Lundi soir, M. Lisée s’est adressé à ses partisans réunis à l’Usine C, non loin du centre-ville de Montréal, après avoir perdu la circonscription de Rosemont aux mains du candidat solidaire et ex-chroniqueur Vincent Marissal.

«Le verdict de Rosemont met aussi un terme à l’emploi le plus formidable que j’ai eu, celui de chef du Parti québécois», a-t-il annoncé, devant ses partisans semblant sous le choc. 

Le chef péquiste est monté sur scène alors que sa formation était gagnante ou du moins en tête dans seulement dix circonscriptions, à égalité avec Québec solidaire (QS). Il faut remonter à 1973 pour trouver un plus faible nombre de sièges: le PQ n’en avait alors récolté que six.

L’élection pourrait ainsi avoir une autre conséquence pour le Parti de René Lévesque. Si les résultats finaux sont en dessous de 12 sièges ou de 20 pour cent du vote populaire, il ne pourra garder son statut de groupe parlementaire, et perdra des ressources financières.

«La volonté populaire de choisir la CAQ pour s’assurer de déloger les libéraux était plus forte que tout», a constaté M. Lisée.

Le PQ a selon lui été entraîné par ce «courant puissant et irrésistible» en faveur de la CAQ, le parti que les citoyens avaient identifié comme «l’instrument du changement», pouvant les débarrasser des libéraux, a expliqué M. Lisée.

«Pour l’emporter, il nous fallait remonter les chutes du Niagara à la rame, a-t-il illustré. Et nous avons ramé à nous en arracher la peau des mains.»

M. Lisée n’a pas manqué de jeter une partie du blâme sur Québec solidaire, qu’il accuse d’avoir activement contrecarré les efforts péquistes dans ses circonscriptions. M. Lisée n’a pas non plus caché son amertume face à l’échec de la convergence avec ce jeune parti.

Mais ses propos évoquaient aussi un rapprochement avec l’autre formation souverainiste.

«Si ça avait marché, l’élection de ce soir aurait pris un autre tournant», a-t-il dit.

«Lorsqu’on finira de calculer les votes, on se rendra compte qu’on assiste à l’éruption d’une nouvelle génération de souverainistes qui, additionnés, pointent à nouveau la boussole québécoise vers l’indépendance», s’est-il consolé, sous une nuée d’applaudissements.

Même si le PQ n’a pas réussi à décoller de la troisième place qu’il occupait dans les intentions de vote des Québécois, Jean-François Lisée s’est félicité d’avoir été le parti de la crédibilité. Il a néanmoins accepté sa «grande part de responsabilité» pour les résultats décevants de lundi soir.

Alors qu’il a gardé la tête haute toute la campagne, et qu’il s’est refusé publiquement à concevoir tout autre scénario qu’un gouvernement péquiste minoritaire ou majoritaire, Jean-François a dit lundi soir qu’en lançant son autobus psychédélique sur les routes du Québec, «nous savions que le terrain ne nous était pas favorable».

Les militants impassibles

Les militants du Parti québécois sont restés de marbre lorsqu’il a été annoncé que la CAQ formerait le prochain gouvernement. Et ils ont eu la même réaction, une heure plus tard, quand leur chef a été déclaré défait.

Petit baume pour les partisans: leur populaire vice-cheffe, Véronique Hivon, a été réélue dans Joliette, ce qui a suscité de chauds applaudissements dans la salle. Mme Hivon n’est pas venue au rassemblement des militants à Montréal.

«C’est une raclée pour le PQ, mais aussi pour le Parti libéral», a commenté Eugène Duplessis, un jeune militant parmi quelque 200 autres dans la salle, qui regardaient les résultats sur les grands écrans.

Sans Québec solidaire, on serait sortis pas mal plus forts, tranche pour sa part David Ouellet.

Les militants venaient de commencer à se rassembler à l’Usine C lorsque la nouvelle du gouvernement caquiste est tombée, jetant immédiatement un froid dans la salle.

Si bien que l’annonce de l’élection de leur premier candidat a été accueillie sans faire grand bruit. Il s’agit du député sortant bien connu Pascal Bérubé, dans la circonscription de Matane-Matapédia.

Mais après, d’autres péquistes sont allés tenir compagnie à M. Bérubé: Sylvain Gaudreault, réélu dans la circonscription de Jonquière, Martin Ouellet, réélu dans René-Lévesque, et Harold Lebel dans Rimouski.

L’élection dans Marie-Victorin de Catherine Fournier, la plus jeune femme à siéger à l’Assemblée nationale, les a temporairement sortis de leur torpeur.

Mais les annonces de candidats défaits s’ajoutaient comme autant de gifles à encaisser. Et le bleu péquiste a été effacé de la carte à Montréal.

«On ne s’attendait pas à cela», a laissé tomber un jeune péquiste au rassemblement, Alexandre Richard, devant les résultats.

«On espérait mieux», a soufflé un autre, l’air résigné. Les militants, le visage long, ne se donnaient même pas tous la peine d’applaudir lorsque les bonnes nouvelles arrivaient.

Découragée, une femme a dit que la population allait bien se réveiller dans quatre ans quand la CAQ allait replonger le Québec dans l’austérité.

La circonscription de Taschereau de la députée d’expérience Agnès Maltais a échappé au PQ: c’est Catherine Dorion, de Québec solidaire (QS), qui a été choisie par la population. Carole Poirier a subi le même sort dans la circonscription de Hochelaga-Maisonneuve: elle a été battue par Alexandre Leduc, de Québec solidaire. Même Diane Lamarre, qui était porte-parole en matière de Santé et qui avait tenu tête au ministre Gaétan Barrette, a perdu.

D’autres pertes pour le PQ: Jean-Martin Aussant, ancien chef d’Option nationale, défait dans Pointe-aux-Trembles par Chantal Rouleau (CAQ), ancienne mairesse d’un arrondissement de l’est de Montréal, et Michelle Blanc, femme transgenre reconnue pour son franc-parler, a été défaite dans Mercier par Ruba Ghazal de QS.

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