Les partisans de Patrick Brown iront-ils vers Jean Charest?

OTTAWA — Le coprésident national de la campagne de Patrick Brown dans la course à la chefferie est le plus récent membre de son équipe à appuyer maintenant Jean Charest comme étant la meilleure alternative pour diriger les conservateurs fédéraux.

Mais il n’est pas aussi assuré que les partisans de M. Brown, dont plusieurs semblent nouveaux dans le Parti conservateur, choisiront de suivre ce mouvement.

«Tout dépendra de la quantité de travail que (M. Brown) et ses organisateurs voudront continuer à mettre dans cette course», a déclaré le stratège politique Chris Chapin, qui travaillait auparavant comme conseiller en communications numériques au bureau de M. Brown, lorsque celui-ci était chef de l’opposition officielle à l’Assemblée législative de l’Ontario.

Mardi, l’équipe Charest a fait circuler une lettre de l’ancien député fédéral John Reynolds, qui a été coprésident de la campagne de M. Brown. Il y déclare que l’ancien premier ministre du Québec est le meilleur choix pour unir le parti à un moment où ses divisions au sein du caucus et le mouvement plus large sont pleinement visibles.

«Nous avons eu trop de publicité négative ces derniers temps, nous devons donc offrir aux Canadiens un parti conservateur positif, unifié et inclusif, avec un nouveau chef qui a fait ses preuves», estime M. Reynolds.

L’ex-député réformiste et allianciste de la Colombie-Britannique ne mentionne pas M. Brown par son nom, et n’évoque pas non plus les efforts du candidat disqualifié pour faire appel de son éviction de la course à la chefferie.

Mais depuis la disqualification soudaine de M. Brown, il y a une semaine, la situation a retenu l’attention des instances du parti, ainsi que de nombreux militants et des organisateurs d’autres équipes.

Le président du comité qui a finalement voté en faveur de l’expulsion de M. Brown a expliqué qu’il l’avait fait sur recommandation du directeur du scrutin du parti, sur la base d’une allégation selon laquelle le candidat Brown aurait violé les lois électorales fédérales.

Une organisatrice de longue date s’est depuis présentée comme celle qui allègue que M. Brown est impliqué dans un arrangement qui a vu une société privée payer pour son travail bénévole sur la campagne.

Depuis sa disqualification, M. Brown a déclaré que son équipe n’avait rien fait de mal et il a accusé les instances du Parti conservateur de refuser de fournir tous les détails de l’incident, lorsqu’on leur a demandé pour la première fois de fournir une explication. Il a également retenu les services de l’avocate de renom Marie Henein pour faire appel de sa disqualification.

Que feront les autres partisans de Brown?

Mais à moins que M. Brown ne soit réintégré dans la course, la question est maintenant de savoir ce que feront les partisans conservateurs que ce candidat avait recrutés en leur faisant acheter une carte de membre du parti pendant cette campagne à la chefferie.

L’équipe Brown soutient que le candidat a vendu 150 000 nouvelles «adhésions», bien que le siège du parti n’ait pas validé ce chiffre, ni aucun bilan annoncé par les cinq autres candidats. En comparaison, le député vétéran Pierre Poilievre a déclaré avoir vendu 312 000 cartes de membres. 

La stratégie de M. Brown dans cette course avait été d’essayer de recruter de nouveaux membres pour le parti, plutôt que d’essayer de courtiser les faveurs des membres existants – qui, calculait-il, étaient plus susceptibles de soutenir M. Poilievre et ses messages populistes.

Il visait à recruter des milliers de personnes parmi les communautés d’immigrants et de nouveaux arrivants du pays, en promettant de créer un parti plus inclusif. Il s’est présenté comme un allié sur des questions spécifiques qui les intéressaient, de l’amélioration de l’infrastructure du cricket à la réforme du système d’immigration.

Si l’on suit cette stratégie, sa part du vote qui retomberait dans l’escarcelle Charest dépendrait de la volonté de M. Brown et de son équipe de persuader ses partisans de porter leur allégeance vers l’ancien premier ministre du Québec, a déclaré M. Chapin.

Or, «ces membres se sont inscrits pour Patrick», a rappelé M. Chapin, parce que M. Brown a mené une campagne qui semblait souvent «en contradiction» avec la position du parti sur certaines questions – la radiation des Tigres tamouls en tant qu’entité terroriste au Canada, par exemple. Il serait alors difficile, selon lui, de persuader ses partisans de soutenir un autre candidat qui n’a pas pris de telles promesses. «Vous demandez à des militants de faire un grand acte de foi.» 

Des militants «pro-Charest»

M. Brown a d’ailleurs parlé, lors d’un appel lundi soir, à des partisans, dont beaucoup, selon un porte-parole, étaient des «militants sur le terrain» dans sa campagne. «Il y avait un soutien écrasant pour M. Charest parmi les partisans de M. Brown lors de cet appel», a déclaré mardi Chisholm Pothier.

Selon lui, M. Brown «a fait l’éloge de M. Charest», son ancien mentor politique. Le porte-parole ajoute que les militants associés à la campagne Brown «pensent que M. Charest représente la meilleure option» si leur candidat n’est pas réintégré dans la course.

M. Pothier n’a pas voulu, toutefois, qualifier le message de M. Brown d’appui officiel à la candidature de M. Charest.

Le porte-parole du parti, Yaroslav Baran, a déclaré mardi que plus de 280 000 bulletins de vote avaient déjà été postés, et qu’un autre lot devrait être envoyé d’ici la fin de la semaine.

Le nom de M. Brown apparaîtra toujours sur ce bulletin de vote final, où les membres devront classer les candidats, de leur premier choix jusqu’au dernier. Cela signifie que ses partisans pourraient toujours choisir M. Brown comme leur premier choix – intentionnellement ou par inadvertance. Les instances du parti élaborent un plan, à partager avec les militants, sur ce qu’on fera de ces votes.

Bien que le parti n’ait pas confirmé les ventes d’adhésion spécifiques de chaque candidat, la liste électorale devrait dépasser 670 000 membres votants, soit plus du double de ce que l’on avait enregistré lors de la course à la direction de 2020.

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