Les mineurs de charbon de la Virginie-Occidentale appuient toujours Trump

Les mineurs apportent leur soutien à Trump malgré que les promesses du président de rouvrir les mines et de renvoyer des milliers de personnes au travail ne se sont jamais concrétisées.

DANVILLE, W.Va. — Ancien électricien dans une mine de charbon, Nolan Triplett ne croit pas que son industrie retrouvera sa gloire du passé, quand elle alimentait les États-Unis en énergie et offrait aux résidents de la région appelée Appalachia la chance d’une vie meilleure.

Il appuie quand même le président qui avait promis de rouvrir les mines et de renvoyer des milliers de personnes au travail, même si ces promesses ne se sont jamais concrétisées.

«Même si je ne retourne jamais travailler dans cette industrie, je suis quand même avec lui», a dit l’homme de 41 ans devant un bureau minier de la petite municipalité de Danville, en Virginie-Occidentale.

Quatre ans après que Donald Trump, coiffé d’un casque de mineur lors d’un événement en Virginie-Occidentale, eut promis de sauver cette industrie mourante, le secteur du charbon ne se porte pas mieux, puisqu’il est incapable de rivaliser avec le gaz naturel moins dispendieux ou les énergies renouvelables.

Mais plusieurs résidents de l’État applaudissent malgré tout M. Trump et lui demeurent loyaux à quelques jours du vote qui déterminera si le président sortant obtiendra un deuxième mandat ou non. M. Triplett explique que, comme d’autres électeurs, il aime le slogan «America First» de M. Trump et sa position antiavortement.

Il croit aussi que le président est le seul qui empêche la disparition complète de cette industrie.

«Il a fait du bien à tout le pays», a dit M. Triplett, qui a perdu son dernier emploi minier quand la pandémie a frappé.

Le candidat présidentiel démocrate Joe Biden, qui estime que le réchauffement planétaire est une crise existentielle, a promis d’investir dans les villes qui dépendaient des mines de charbon et des centrales énergétiques afin d’y créer des emplois dans le secteur de l’énergie renouvelable.

Mais au pays du charbon, on semble plus enclin à tirer sur le messager qu’à étudier comment il stimulerait l’économie de la région.

En compagnie de M. Triplett se tenait Ronnie Starr, qui habite près de la frontière avec le Kentucky. Il a dû aller aussi loin qu’en Alabama pour trouver du boulot comme électricien dans une mine, mais il est lui aussi au chômage. Il a jadis voté pour Bill Clinton, mais aujourd’hui il appuie Donald Trump sans réserve.

«Si tu as le bon président, les choses vont bien», a dit l’homme de 43 ans.

«Il y a un groupe qui nous déteste férocement et qui voudrait qu’on meure de faim et qu’on crève, l’a interrompu M. Triplett. Il y a un autre groupe qui nous appuie, donc c’est une montagne russe.»

Un secteur en déclin

La Virginie-Occidentale a perdu depuis 2014 près du tiers de ses derniers emplois à temps plein dans le secteur du charbon, privant les gouvernements locaux de revenus. Quand M. Trump a pris le pouvoir en janvier 2017, le comté de Boone recevait près de 269 000 $ US en taxes des industries houillères; en octobre 2020, il n’a reçu que 42 300 $ US.

À travers le pays, le gaz naturel dame le pion au charbon et les centrales au charbon ferment leurs portes. La consommation de charbon a plongé de près de 15 % seulement en 2019, selon l’Energy Information Administration des États-Unis.

En 2016, dit l’agence fédérale, les mines de charbon n’ont employé qu’une moyenne de 51 795 personnes, soit la pire performance depuis 1978, quand elle a commencé à comptabiliser ces chiffres. L’emploi était en hausse d’un faible 1,9 % en 2019.

«Les emplois houillers ne sont pas revenus comme l’avait promis le président, a dit le sénateur démocrate de la Virginie-Occidentale, Joe Manchin. Les marchés ont changé.»

Anthony Starkey, un mineur à la retraite de Danville, explique que M. Trump a de nouveau mérité son vote quand il a signé une loi qui protégeait la retraite de retraités du secteur comme lui.

«C’est un New-Yorkais typique, il est arrogant, a dit M. Starkey. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il a fait ce qu’il a dit qu’il ferait.»

L’homme de 62 ans affirme qu’il a été un démocrate pendant toutes ses années dans les mines, commençant vers l’âge de 17 ans au début des années 1980. Il a pris sa retraite à 38 ans grâce à un régime qui a presque été anéanti quand les compagnies qui y contribuaient ont fait faillite. La mesure adoptée par M. Trump a injecté dix milliards $ US en fonds publics pour sauver les retraites de 92 000 personnes et offrir des soins de santé à 13 000 retraités.

«Si c’était un républicain typique, il n’aurait pas signé cette loi», a dit M. Starkey.

Les affaires se font rares dans la quincaillerie que Fred Byrnside, aujourd’hui âgé de 73 ans, gère à Danville depuis 30 ans. «À une certaine époque, des gars de 24 ans pouvaient avoir des emplois ici dans les mines», a-t-il rappelé.

«À un moment il pouvait me payer le dîner, mais plus aujourd’hui», a blagué Craig Bratcher, un commissaire du comté de Boone qui s’était arrêté au magasin.

M. Bratcher, qui se décrit comme un modéré, n’a pas voulu dire pour qui il voterait, mais il se montre indulgent envers M. Trump.

«Il a au moins essayé, a-t-il dit. Il faut lui donner ça.»

Un sauvetage impossible?

Mais lui et d’autres admettent que l’industrie est impossible à sauver. Et si plusieurs ne pardonneront jamais au président Barack Obama d’avoir combattu l’utilisation du charbon polluant, M. Bratcher assure que le déclin a commencé bien avant son arrivée au pouvoir.

Ce scepticisme envers l’avenir du charbon est répandu, même parmi les dirigeants républicains.

«Je ne pense pas que personne pense que c’est une industrie en croissance, a dit la sénatrice républicaine Shelley Capito, qui tente d’être réélue en tant qu’alliée de M. Trump. Ce président a stabilisé l’industrie du charbon.»

Ces électeurs ne semblent pas se formaliser du fait que M. Trump avait promis bien plus qu’une stabilisation. «Nous allons remettre les mineurs au travail!, avait-il lancé lors d’un événement à Charleston, en mai 2016. Nous allons rouvrir ces mines.»

Ça ne s’est pas produit, même si M. Trump a aboli certaines des mesures de l’ère Obama, comme celle qui réduisait la quantité d’eaux usées que les centrales énergétiques au charbon pouvaient envoyer dans l’environnement.

Richard Lalonde, un démocrate de 82 ans qui travaille toujours dans la boutique de souvenirs dont sa femme et lui sont propriétaires à Madison, a appuyé M. Trump en 2016, mais il ne sait pas pour qui il votera le 3 novembre.

Il est toutefois honnêtement brutal concernant la contribution du charbon à l’économie de sa ville.

«Ce ne sera plus jamais comme avant, a-t-il dit. Dans ce coin-ci, c’est fini.»

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