Le fédéral se dit prêt à hausser les transferts en santé, mais à certaines conditions

VANCOUVER — Le gouvernement fédéral se dit prêt à hausser ses transferts en santé vers les provinces et territoires, mais il le fera seulement à condition que tous travaillent pour créer un système de données sur la santé «de classe mondiale» — au grand dam de Québec.

Alors que les 13 ministres provinciaux et territoriaux de la Santé sont réunis à Vancouver pour rencontrer leur homologue fédéral, Jean-Yves Duclos, ce dernier a annoncé que le fédéral serait prêt à augmenter les transferts en santé, sans toutefois préciser jusqu’où.

Il a cependant été clair sur le fait que toute hausse des transferts sera accompagnée de certaines conditions.

«Nous le ferons si les provinces et territoires sont prêts à s’engager à élargir de manière significative le partage et l’usage d’indicateurs de santé clés communs et à créer un système de données sur la santé de classe mondiale pour notre pays», a-t-il mentionné devant les journalistes, tout juste avant un point de presse de ses homologues provinciaux et territoriaux.

En plus d’une entente globale pour tout le pays, M. Duclos a aussi mentionné que le fédéral était prêt à négocier, dans un deuxième volet de financement, pour des ententes sur mesure avec les provinces et les territoires.

Les premiers ministres des provinces et des territoires s’étaient rencontrés à Victoria en juillet, et avaient réitéré leur demande pour une hausse importante des transferts en santé du gouvernement fédéral. Les provinces souhaitent toujours que ces transferts fédéraux passent de 22 % à 35 % des coûts des soins de santé.

Quelques instants après la déclaration du ministre Duclos, le ministre de la Santé de la Colombie-Britannique, Adrian Dix, a salué ce pas en avant du gouvernement fédéral.

«Nous n’avions eu aucune réaction (du fédéral) depuis un an. Donc d’avoir quelque chose, j’espère, de concret, de la part du ministre Duclos et du premier ministre (Justin) Trudeau, c’est une bonne nouvelle», a lancé l’hôte de la rencontre — dans un excellent français.

Mais il a ajouté qu’avant de se réjouir, cette nouvelle proposition devra faire l’objet de «discussions sérieuses» entre les différents ministres des provinces et territoires.

Pas de conditions, répète Québec

Le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, a lui aussi vu d’un bon œil le fait qu’Ottawa soit prêt à financer davantage les soins de santé, mais il a rapidement fermé la porte à l’imposition de conditions.

«On a toujours été très clair que tout transfert fédéral devait être sans conditions. Dans le même message, M. Duclos a parlé de conditions, ce qui fait que pour nous, ce n’est pas acceptable», a tranché M. Dubé lors d’un point de presse.

Même s’il a souvent vanté l’importance de posséder plus de données pour améliorer l’efficacité du réseau de la santé au Québec, il n’est pas question pour M. Dubé d’accepter la condition imposée à ce sujet par son homologue fédéral.

«Lorsqu’on parle d’indicateurs de performance, le Québec est redevable envers les citoyens et l’Assemblée nationale. Il n’est pas redevable envers le fédéral, parce que c’est de compétence provinciale, a-t-il martelé. […] Si le gouvernement fédéral veut des statistiques, on a un tableau de bord public qui est disponible.»

Le ministre Dubé a aussi reçu l’appui du porte-parole du Bloc québécois en matière d’affaires intergouvernementales, Mario Simard, qui a pressé le fédéral d’«augmenter sa part à hauteur de 35 %, soit 28 milliards $ par année, et ce, sans conditions».

 «Maintenant que les libéraux semblent faire preuve d’ouverture, il reste à voir s’ils seront sérieux quant à l’augmentation du financement», a lancé M. Simard dans un communiqué.

Trudeau veut des résultats

Interpellé plus tôt dans la journée au sujet des transferts en santé, le premier ministre Justin Trudeau a soutenu que son gouvernement voulait s’assurer que les gens ont accès à un médecin de famille et à des services de santé mentale, et qu’ils savent que les urgences sont ouvertes lorsque leur enfant en a besoin.

M. Trudeau a répété qu’au-delà de l’argent, la prestation des soins de santé devait être améliorée pour les Canadiens. «On sait que ça prend plus d’investissement dans notre système de santé, et comme j’ai dit, le gouvernement fédéral est là» pour le faire, a-t-il déclaré lors d’un déplacement à Laval. 

«Mais tout le monde sait très bien que ce n’est pas juste de l’argent que ça prend: c’est des transformations dans notre système de santé, c’est des améliorations, des résultats qu’on livre pour les citoyens, et c’est pour ça que les ministres de la Santé sont réunis», a-t-il dit. 

«On veut aussi s’assurer que les Canadiens, et que nos travailleurs dans le système de santé, reçoivent les bénéfices de ces investissements pour livrer de meilleurs systèmes de santé à travers le pays — c’est exactement ce qu’on est en train de travailler avec eux (les ministres) maintenant.»

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