Les mises en chantier dans l’habitation chutent alors qu’il en faudrait beaucoup plus

MONTRÉAL — La crise du logement s’aggrave à la vitesse grand V au Québec alors que l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ) rapporte des baisses importantes du nombre de mises en chantier d’unités d’habitation en septembre dernier.

L’APCHQ avait déjà lancé un signal d’alarme en juin dernier dans une analyse qui concluait à un manque de 100 000 logements au Québec, soit 58 000 maisons unifamiliales, 15 000 logements locatifs et 37 000 unités de logement social.

Or, voilà que l’APCHQ dénombre en septembre dernier une baisse de 30 % du nombre de maisons individuelles et de 31 % du nombre de logements collectifs mis en chantier par rapport à septembre 2021. Ces données, qui proviennent de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), font état de baisses dans cinq des six régions métropolitaines de la province, avec Gatineau au premier rang (-74 %), suivie de Trois-Rivières (-49 %), Sherbrooke (-42 %), Québec (-39 %) et Montréal (-27 %). Seule la région métropolitaine de Saguenay montre une hausse de 110 % des mises en chantier globales entre septembre 2021 et septembre 2022.

«Dans la mauvaise direction»

«On s’en va dans la mauvaise direction, effectivement», affirme sans hésiter Paul Cardinal, directeur du service économique de l’APCHQ, dans un entretien avec La Presse Canadienne.

«La SCHL dit qu’il pourrait manquer jusqu’à 630 000 unités d’habitation en 2030 si on n’accélère pas significativement les mises en chantier au Québec, rappelle-t-il. Donc il faut en construire plus.»

Si le déficit de 100 000 unités était structurel, la diminution des mises en chantier qui va l’aggraver est conjoncturelle, conséquence directe de la hausse des taux d’intérêt qui a un effet domino sur toute la chaîne.

«Les taux d’intérêt font en sorte qu’il y a un ralentissement des ventes pour ce qui est des propriétaires-occupants, donc les copropriétés et les maisons unifamiliales, mais ça se répercute aussi sur le locatif: comme les coûts de financement sont plus élevés, la rentabilité n’est pas là pour certains projets. Pour qu’elle soit là, il faudrait augmenter les loyers de manière importante et il y a des promoteurs qui constatent que le marché n’est pas capable de prendre ces loyers-là», explique M. Cardinal.

L’impact de la hausse des taux d’intérêt est donc double. Elle ralentit l’accès à la propriété des locataires et freine la construction de nouveaux logements, ce qui est exactement le contraire de ce qu’a besoin le Québec.

«Il ne faut pas que le locatif ralentisse parce qu’on a la pire abordabilité de l’accès à la propriété en 32 ans actuellement au Québec, ce qui fait qu’il y a moins de ménages qui vont être capables d’accéder (à la propriété). Ils vont se retrouver locataires», et ce, dans un marché où il y a déjà pénurie.

Pénurie de main-d’oeuvre: un cercle vicieux

Parallèlement, ajoute Paul Cardinal, après le fort ralentissement dans l’accueil de travailleurs et étudiants étrangers causé par la pandémie, ceux-ci reviennent en grand nombre et sont, pour l’écrasante majorité, locataires. «Ce sont des résidents non permanents et il faut les loger quelque part.»

Si la construction de logements locatifs ne s’accélère pas rapidement, la situation va empirer, avertit-il. «Ce n’est pas appelé à diminuer, puisqu’il y a une pénurie généralisée de main-d’oeuvre. Il va falloir qu’on accueille plus de travailleurs étrangers et on n’a pas la place pour les loger, donc c’est un peu un cercle vicieux.»

D’ailleurs, la pénurie de main-d’œuvre touche aussi l’industrie de la construction et contribue au ralentissement. «Le manque de main-d’oeuvre est un des facteurs qui fait qu’on a du mal à atteindre un rythme plus élevé de mises en chantier. Il y a encore aussi des problèmes d’approvisionnement, mais déjà en 2021, des promoteurs nous ont dit qu’ils avaient prévu prendre un peu moins de mandats en 2022 parce qu’ils ont eu de la difficulté à avoir le personnel requis pour compléter les projets qui avaient démarré.»

Des saisonniers dans la construction?

Le problème dérange au point d’amener les entrepreneurs à songer à de nouvelles solutions. «On serait prêts, dans le marché de la construction, à accueillir des travailleurs saisonniers, même si la construction c’est 12 mois par année. S’ils sont ici d’avril à octobre, par exemple, ils peuvent donner un coup de main. Ce serait bienvenu parce qu’on a vraiment besoin de main-d’oeuvre sur les chantiers», estime M. Cardinal.

Par contre, cette industrie n’est pas connue pour sa capacité à intégrer des travailleurs qui ne détiennent pas de certificat de compétence de la Commission de la construction du Québec. Même les échanges de travailleurs entre le Québec et différentes provinces se sont souvent avérés un casse-tête, quand ce ne sont pas les échanges entre différentes régions à l’intérieur du Québec lui-même. 

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