Les mots du tueur, cités par le député conservateur, finalement effacés

OTTAWA — Il aura fallu un aller-retour inutile aux Communes, mais au bout du compte, un comité parlementaire a réussi à réécrire l’Histoire.

Le député conservateur qui a cité l’homme accusé d’avoir tué 51 personnes à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, verra ses mots effacés du compte-rendu écrit et de l’enregistrement sonore de la réunion du comité où il les a prononcés, le 28 mai dernier.

Lundi, la Chambre des communes avait refusé d’entériner la décision du comité qui comptait altérer son procès-verbal. C’est qu’il aurait fallu un appui unanime des élus présents à la Chambre et les conservateurs ont crié «non» bien fort.

Le député libéral Randy Boissonnault qui s’est donné pour mission de faire disparaître les mots dits par le député Michael Cooper a donc ramené le sujet sur le tapis à la première occasion.

Ce fut à la réunion du comité parlementaire de la justice, jeudi matin.

«C’est le temps que cette section du manifeste de Christchurch en Nouvelle-Zélande soit rayée du compte-rendu et aussi (que soit effacé) l’enregistrement», a insisté M. Boissonnault.

Sa motion a été adoptée 6 à 0. La députée néo-démocrate l’a appuyée. Les conservateurs ont préféré s’abstenir, mais pas avant d’avoir exprimé leur dégoût de tout l’exercice.

«Ce n’est qu’un coup de publicité», a lancé Michael Barrett lorsque son adversaire libéral a présenté la motion pour un nouveau vote. 

«C’est vraiment ridicule. C’est du salissage de réputation de la part de M. Boissonnault», a protesté à son tour le conservateur Dave MacKenzie. «Nous ne devrions pas être en train d’essayer de changer quelque chose qui s’est déjà passé», a-t-il fait valoir. 

«Je sais que tout le monde aux communications (du Parti libéral) attend de savoir si les conservateurs vont dire quelque chose qui va nous mettre dans le trouble», a supposé Pierre Paul-Hus. «Parce que c’est l’objectif ultime de la motion de M. Boissonnault, c’est d’essayer de nous faire trébucher», a-t-il analysé avant de réclamer le vote et la fin du débat pour que rien de plus ne soit dit.

Cet épisode a fait perdre au député Cooper son siège au comité de la justice. Son chef Andrew Scheer a cependant refusé de le punir davantage, rappelant que M. Cooper s’est excusé.

Le 28 mai, c’est en voulant prouver à un témoin devant le comité qu’il ne fallait pas associer les conservateurs aux extrémistes tels que le tueur de Christchurch que M. Cooper a fait référence aux écrits de l’homme qu’une loi néo-zélandaise interdit de nommer.