Les « nerfs à vif », des électeurs attendent le jour du scrutin

À quelques heures du scrutin, les Américains sont partagés entre l’épuisement lié aux nombreuses querelles politiques de ces quatre dernières années et la nervosité de voir ce qui arrivera maintenant.

WARREN, Mich. — Elle aurait pu déposer son bulletin au bureau de poste, mais elle n’était pas certaine de pouvoir faire confiance au service postal. Elle a envisagé de le déposer dans la boîte sécurisée devant la mairie, mais si quelque chose tournait mal? Un incendie, par exemple.

Tout semble possible cette année. Donc Diane Spiteri, une femme de 58 ans, a gravi trois étages pour aller remettre en main propre son vote par anticipation à un responsable électoral dans une banlieue chaudement disputée de Détroit.

À quelques heures seulement du jour du scrutin, les Américains sont épuisés par une succession de crises, les nerfs mis à vif par les querelles politiques et nerveux de voir ce qui arrivera maintenant. Mais ce n’est pas de devoir décider entre Donald Trump et Joe Biden qui les stresse; la plupart ont fait leur choix il y a déjà un moment.

Plutôt, les électeurs qui viennent voter par anticipation s’inquiètent de choses beaucoup plus fondamentales: Est-ce que leur vote comptera? Est-ce que le perdant acceptera son sort? Est-ce que le gagnant sera en mesure de panser les plaies du pays?

«J’ai tellement hâte que ça soit fini. Mais je pense que ce sera loin d’être fini, même après mardi. Il y a tellement d’anxiété, a dit Mme Spiteri, qui a voté pour M. Biden la semaine dernière. J’espère que les dommages des quatre dernières années ne sont pas irréparables.»

Ici, dans le comté de Macomb comme ailleurs au pays, certains ont suivi avec obsession les sondages pour calmer leurs nerfs, ou se sont acheté des armes, ou ont envisagé de déménager à l’étranger, ou se sont réfugiés dans une cabane dans la forêt. Les tensions sont vives, chaque camp soupçonnant l’autre de vouloir détruire les États-Unis tels que nous les connaissons.

«Notre pays est plongé dans le chaos», a dit Roberta Henderson, au moment de voter à Sterling Heights, dans le Michigan. Elle avait voté pour M. Trump en 2016, mais elle s’est lassée des divisions qu’il a créées. Cette fois, elle a voté pour M. Biden.

Un pays déjà incertain de son avenir en raison d’une pandémie qui s’aggrave et d’une crise nationale sur le racisme est maintenant confronté à une nouvelle menace, celle d’affrontements dans la foulée du vote.

Au Texas, des véhicules arborant des drapeaux Trump ont entouré un autocar de la campagne Biden. Il y a quelques semaines, des hommes ont été arrêtés pour avoir possiblement voulu kidnapper la gouverneure démocrate du Michigan. Les ventes d’armes ont grimpé en flèche. M. Trump a refusé de promettre une transition pacifique du pouvoir.

Environ sept électeurs sur dix s’inquiètent de l’élection, selon un sondage AP-NORC. Les partisans de M. Biden sont plus susceptibles que ceux de M. Trump d’être inquiets — 72 % contre 61 %.

Mais les partisans de M. Trump aussi ont un mauvais pressentiment. Le président a averti que s’il perd, les criminels envahiront les rues et la liberté sera écrasée par la rectitude politique.

«Si on laisse passer l’autre, ce sera l’enfer», a dit Dan Smith, un homme de 53 ans de Norfolk, en Virginie. Il appuie M. Trump parce qu’il s’inquiète «de la loi et l’ordre».

Alors que le bilan de la pandémie surpasse les 230 000 morts, plusieurs font de cette élection un référendum sur la manière dont M. Trump a géré la crise. Plusieurs de ses partisans n’ont rien à lui reprocher.

À New Albany, dans l’Ohio, Jason Baker, 44 ans, dit que sa famille et lui ont eu la COVID il y a deux mois. Il a quand même voté pour M. Trump. Il estime que la pandémie a été «tellement politisée que c’est rendu dégoûtant».

Mais Theresa McGarity, de Mount Clemens au Michigan, a perdu sa mère de 76 ans au virus.

«Je pense que ce n’est plus politique parce que ça a frappé si près de moi. C’est tout simplement une question de bien ou de mal, a dit celle qui a voté pour M. Biden. Quand quelqu’un en position de leadership sait quelque chose qui pourrait chambouler votre fin et il ne vous dit rien. Et vous avez le droit de voter pour changer ça. Et honte à vous si vous ne le faites pas.»

M. Trump a fréquemment affirmé que le vaste recours au vote par correspondance mènera à une fraude électorale, même si aucune preuve ne pointe dans cette direction.

Dans le comté de Macomb, Terry Frandle prévoit voter en personne mardi. «Je ne fais plus confiance à rien», a-t-il dit.

Il a affiché ses couleurs pro-Trump chez lui et des voisins ont cessé de lui parler. M. Trump n’est pas responsable des querelles, croit-il — c’est plutôt la faute des médias qui l’ont traité injustement, selon lui.

En banlieue de Chicago, une femme de 73 ans, Phyllis Delrosario, 73, a confié qu’elle oscille entre la dépression et la trépidation. Elle envisage de quitter les États-Unis si M. Trump est réélu.

«Je me sens comme si j’étais un nerf constamment à vif et l’anxiété de tout ça et le chaos de ‘quelle sera la prochaine chose qu’il va détruire’», a-t-elle dit.

Lors du premier débat présidentiel, M. Trump a refusé de dénoncer les suprémacistes blancs. Il a plutôt semblé demander à un groupe d’extrême droite de se tenir prêt.

Ces groupes inquiètent de plus en plus Charlotte Moss, une Noire de 64 ans du comté d’Oakland, au Michigan.

Elle a acheté sa première arme il y a un mois. Elle a suivi un cours sur son utilisation. Les places pour deux cours offerts pour apprendre comment désamorcer une situation tendue se sont envolées en trois jours.

Michelle McDonald a eu des frissons quand elle a voté par anticipation pour M. Biden dans le comté de Macomb la semaine dernière. Elle était nerveuse en arrivant, mais en repartant, elle ressentait plutôt de l’espoir.

«J’ai fait ma part, a-t-elle dit. J’ai confiance que les choses vont s’améliorer, peu importe ce qui arrive. Dieu veille sur nous.»

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