Les Noirs de N.-É. attendent des excuses de la GRC sur les contrôles de routine

HALIFAX — La GRC retarde toujours sa décision de présenter ses excuses à la communauté noire de Halifax pour son utilisation des «contrôles de routine», et certains leaders de la communauté en Nouvelle-Écosse croit que ce silence persistant mine le sentiment de confiance des citoyens envers la police.

Lors de ces contrôles de routine, qui sont maintenant interdits en Nouvelle-Écosse, les policiers interpellent des citoyens «au hasard» sur la rue, colligent certaines informations et les stockent électroniquement. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) dit attendre les conclusions d’un examen national de la pratique des contrôles de routine, un argument qui ne convainc pas le révérend baptiste Lennett Anderson.

Le silence de la GRC «est assourdissant», a estimé M. Anderson en entrevue. Le révérend faisait partie d’un groupe de citoyens noirs qui ont participé à une étude commandée par la province sur les contrôles de routine. Les résultats de cette étude, publiés l’année dernière, ont notamment révélé que les Noirs étaient cinq fois plus susceptibles que les Blancs d’être soumis à cette pratique policière. «Ils n’ont pas besoin d’attendre un rapport national pour remédier aux dégâts locaux», a estimé M. Anderson.

La caporale Jennifer Clarke a expliqué récemment dans un courriel que la GRC devait d’abord recevoir le rapport sur le sujet préparé par la Commission civile d’examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC. «La GRC joue le rôle de police provinciale en Nouvelle-Écosse, mais elle fait aussi partie d’une organisation nationale, a-t-elle écrit. Notre travail s’étend au-delà de la municipalité (de Halifax), tout comme notre réflexion concernant les excuses.»

Violation des droits fondamentaux

La GRC, qui patrouille dans la banlieue de Halifax, faisait partie d’une étude du criminologue Scot Wortley, publiée en mars 2019, qui condamnait la pratique comme ciblant les jeunes hommes noirs et créant un impact «disproportionné et négatif» sur cette communauté.

Et en octobre dernier, le juriste à la retraite Michael MacDonald a publié une analyse juridique qui concluait que cette pratique contrevenait aux droits fondamentaux des Noirs, en vertu de la Charte canadienne mais aussi de la «common law».

Le procureur général de la province, Mark Furey, a immédiatement annoncé l’interdiction des contrôles de routine, le 29 novembre dernier, et le chef de la Police de Halifax, Dan Kinsella, a présenté des excuses à la communauté noire.

L’étude de la Commission civile d’examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC, qui a commencé en avril 2018, était attendue en mars de cette année. Mais la commission a déclaré la semaine dernière qu’elle reportait la publication de ce rapport jusqu’à l’automne.

Vanessa Fells, coordonnatrice d’une coalition d’Afro-descendants en Nouvelle-Écosse, estime qu’en cette ère de dénonciations un peu partout dans le monde, le silence de la GRC est devenu une préoccupation croissante. «À un moment donné, ils doivent cesser de freiner et prendre des responsabilités», a-t-elle déclaré en entrevue.

Le criminologue Wortley admet de son côté qu’il serait peut-être compréhensible que la GRC, en tant qu’organisation nationale, attende des conclusions qui auront une portée nationale avant d’agir. «Si la GRC veut s’attaquer au problème, il vaudrait mieux que ce soit une stratégie nationale que quelque chose qui n’affecte que la région de Halifax (…) Cette question a été soulevée par des groupes noirs et autochtones partout au pays.»

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