Les Oblats veulent exclure le père Rivoire, accusé au Canada d’agressions sexuelles

LYON, France — Les responsables des Oblats en France ont entamé une procédure de destitution contre le père Johannes Rivoire, accusé au Canada d’avoir agressé sexuellement des enfants inuits au Nunavut.

Une délégation d’une dizaine d’Inuits, menée par l’organisme Nunavut Tunnagivik, s’est rendue cette semaine à Paris et à Lyon, en France, afin de demander l’extradition au Canada de l’ancien missionnaire Rivoire, pour qu’il soit traduit devant les tribunaux.

Les Inuits ont rencontré des représentants des autorités françaises et des Oblats de Marie-Immaculée, mais aussi Johannes Rivoire lui-même, dans l’espoir de le persuader de revenir au Canada — ils lui avaient même réservé un siège sur leur vol de retour.

Mais lors d’une conférence de presse jeudi, à Lyon, les membres de la délégation inuite ont déclaré que M. Rivoire avait nié tout acte répréhensible et avait refusé de quitter le territoire français.

Tanya Tungilik, dont le défunt père a soutenu qu’il avait été agressé sexuellement par le missionnaire oblat à Naujaat, au Nunavut, alors qu’il avait 13 ans, a indiqué que la rencontre avec Rivoire avait été comme se retrouver face «au monstre».

«Il n’éprouve aucun remords, a dit Mme Tungilik, qui blâme Rivoire pour la mort de son père. Je suis sortie, je ne voulais plus entendre ses mensonges.»

Rivoire, qui a maintenant 91 ans, vit dans une maison de retraite à Lyon. Il avait été prêtre oblat dans ce qui est aujourd’hui le Nunavut depuis les années 1960 jusqu’à son retour en France en 1993. Le missionnaire a été accusé il y a longtemps d’avoir agressé sexuellement des enfants inuits pendant cette période — la délégation inuite allègue qu’il aurait fait jusqu’à 60 petites victimes.

Aucune des allégations contre Rivoire n’a été prouvée devant les tribunaux et le missionnaire a tout nié.

Un mandat avait été émis au Canada en 1998 pour l’arrestation de Rivoire, mais les accusations criminelles liées aux agressions sexuelles présumées de quatre enfants au Nunavut ont été suspendues vingt ans plus tard, en 2017.

Mais suite à une nouvelle plainte, Rivoire a été accusé en février dernier d’un chef d’«attentat à la pudeur» sur une fillette à Arviat et Whale Cove, entre 1974 et 1979. Les autorités judiciaires canadiennes ont alors transmis aux autorités françaises une demande d’extradition.

Alors qu’Ottawa et Paris ont signé un traité d’extradition, la France n’extrade traditionnellement pas ses ressortissants. Cette politique a été réitérée cette semaine par le ministère français de la Justice, lors de la rencontre avec les membres de la délégation inuite à Paris. La délégation avait espéré une exception à cette règle dans le cas du père Rivoire.

Les Oblats de Marie-Immaculée, de leur côté, disent avoir exhorté à plusieurs reprises le père Rivoire à revenir au Canada pour faire face aux accusations. Les autorités de cette congrégation catholique disent avoir écrit à ce sujet aux gouvernements canadien et français, ainsi qu’au secrétaire d’État du Vatican.

«Nous reconnaissons que son histoire douloureuse continue d’affecter de nombreux Inuits à ce jour et croyons fermement que Johannes Rivoire devrait faire face aux accusations qui ont été portées contre lui», a écrit dans un courriel le révérend Ken Thorson, provincial des Oblats de Marie-Immaculée Lacombe Canada.

«Nous remercions les délégués (inuits) pour leur courage et leur conviction de raconter leurs histoires, et espérons poursuivre un dialogue sur la meilleure voie pour soutenir leur travail.»

Mais puisque le père Rivoire a refusé de revenir au Canada pour y être jugé, les autorités des Oblats en France disent avoir décidé de l’exclure de leur communauté.

Cette dépêche a été rédigée avec le soutien financier des Bourses de Meta et de La Presse Canadienne pour les nouvelles.

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