Les océans se réchauffent plus que prévu selon un nouveau rapport du GIEC

Les dégâts causés par les changements climatiques aux océans et aux glaciers de la Terre dépassent de loin la capacité des gouvernements à les protéger, conclut un nouveau rapport d’un groupe scientifique international.

«La capacité des systèmes de gouvernance des régions polaires et océaniques à faire face aux impacts des changements climatiques s’est récemment renforcée, a déclaré le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Mais cette évolution n’est pas suffisamment rapide ni robuste pour traiter de manière adéquate l’ampleur de l’augmentation des risques projetés.»

Le panel a publié son rapport, le résultat du travail de plus de 100 auteurs du monde entier, lors d’une réunion scientifique à Monaco. Ce document, qui accompagne un rapport récent sur les effets du réchauffement climatique sur les terres, expose ce qui est prévu pour les océans, les glaciers et le pergélisol.

Il conclut que si rien ne s’améliore, les effets seront graves — et le Canada n’y échappera pas.

Les communautés arctiques seront les plus directement touchées.

«La cryosphère réduite dans les régions arctiques et de haute montagne a eu des effets principalement négatifs sur la sécurité alimentaire, les ressources en eau, la qualité de l’eau, les moyens de subsistance, la santé et le bien-être, les infrastructures, les transports, le tourisme et les loisirs, ainsi que sur la culture humaine, en particulier pour les peuples autochtones», prévient le rapport.

Plus de 120 000 Canadiens vivent dans des communautés nordiques.

D’ici 2060, soit pendant la vie de la moitié de la population canadienne qui vit aujourd’hui, les inondations côtières qui se produisaient une fois par siècle au large de la Colombie-Britannique et des Maritimes seront des événements annuels, selon le rapport.

La disponibilité de l’eau dans l’Ouest canadien sera perturbée.

Les forêts de varech cruciales et les herbiers marins qui nourrissent la vie marine au large des côtes est et ouest sont menacés. Les forêts de varech abritent des milliers d’espèces, des poissons aux phoques en passant par les oiseaux de mer.

«Le déclin des forêts de varech devrait se poursuivre dans les régions tempérées en raison du réchauffement, en particulier en raison de l’intensification prévue des vagues de chaleur en mer, avec un risque élevé d’extinctions locales», selon le rapport.

Et alors que l’on s’attend à ce que le nombre d’animaux dans les mers arctiques augmente, cela se fera au prix d’un déclin dramatique partout ailleurs dans le monde.

Le rapport laisse peu de place à ceux qui continuent à douter de l’impact des changements climatiques causés par l’homme.

«Le réchauffement climatique a entraîné une réduction généralisée de la banquise et des glaciers; une réduction de la couverture neigeuse, de l’étendue et de l’épaisseur de la banquise arctique; et une augmentation de la température du pergélisol», affirme le document. Toutes ces déclarations sont qualifiées de «très haute confiance», soit le niveau de confiance le plus élevé toléré par le langage prudent du rapport.

Les scientifiques sont maintenant «pratiquement certains» que les océans se sont réchauffés sans relâche depuis 1970. Depuis 1993, il est probable que le taux de réchauffement a plus que doublé, plus de 90 pour cent de la chaleur excédentaire passant directement dans l’eau salée.

Il y a entre 99 et 100 pour cent de certitude que les océans deviennent de plus en plus acides en raison de la quantité de carbone absorbée.

Les températures du pergélisol dans le monde entier sont maintenant à des niveaux record. Le pergélisol arctique et boréal stocke actuellement près de deux fois plus de carbone que l’atmosphère, carbone qui pourrait être libéré si le sol fondait.

Le rapport note que même si le globe n’échappera pas à des décennies de perturbations dues aux niveaux actuels de gaz à effet de serre, la quasi-totalité des effets négatifs peut être atténuée par une réduction des émissions.

Il se termine par un appel à la coopération des gouvernements, réclamant un «changement transformateur profond économique et institutionnel».

«La coopération et la coordination entre les autorités gouvernementales à travers les paliers, les juridictions, les secteurs, les domaines politiques et les horizons de planification peuvent permettre des réponses efficaces aux changements de l’océan (et de la cryosphère)», assure le rapport.