Les oeufs n’augmenteraient pas le risque de maladie cardiovasculaire

MONTRÉAL — Consommer jusqu’à un oeuf par jour n’est pas associé à une augmentation du risque de maladie cardiovasculaire, conclut une nouvelle étude publiée par un chercheur de l’Université Laval.

L’auteur principal, le professeur Jean-Philippe Drouin-Chartier, était à l’Université Harvard quand il a mené ces travaux, dont les résultats sont publiés mercredi par le journal médical BMJ.

Ses collègues et lui se sont tout d’abord intéressés à trois cohortes créées par Harvard dans les années 1970, dans les années 1980 et au début des années 1990, et qui regroupaient quelque 200 000 personnes.

Ils ont également procédé à la méta-analyse d’une trentaine d’études qui rassemblaient environ 1,7 million de sujets.

«On voulait vraiment amener un aspect plus global à notre approche, a expliqué le professeur Drouin-Chartier à La Presse canadienne. C’est pour ça qu’on a rajouté (…) la revue systématique et la méta-analyse, et (…) on a obtenu la même conclusion à la fin, donc consommer jusqu’à un oeuf par jour n’est pas associé à un haut risque de maladie cardiovasculaire.

«Cette conclusion-là, on la base non seulement sur notre étude dans les trois cohortes de Harvard, mais aussi sur l’ensemble des études disponibles à ce jour qui ont évalué la relation entre la consommation d’oeufs et le risque de maladie cardiovasculaire.»

Les oeufs sont un sujet «controversé» dans le domaine de la nutrition, admet le professeur Drouin-Chartier. On a ainsi longtemps prêché d’en limiter notre consommation pour ne pas faire augmenter notre taux de cholestérol, alors qu’on sait aujourd’hui que le lien entre le cholestérol alimentaire et le cholestérol sanguin est «faible».

Oui, les oeufs sont une source importante de cholestérol alimentaire, mais ils sont aussi une source abordable de protéines de qualité, de fer, d’acides gras non saturés, de phospholipides et de caroténoïdes, rappelle-t-on dans l’étude.

«Donc c’est comme le portrait 2020 des connaissances sur ce sujet-là, a dit le chercheur. Les données peuvent aller un peu dans tous les sens, mais globalement, ce qu’on observe, c’est qu’il n’y a pas d’association (avec les maladies cardiovasculaires).»

Le professeur Drouin-Chartier reconnaît d’ailleurs que ses collègues et lui ont été grandement motivés par le fait que la première grande étude réalisée sur les oeufs a été publiée il y a environ vingt ans, à partir des mêmes cohortes de Harvard. Mais à ce moment, dit-il, on comptait nettement moins de cas de maladie cardiovasculaire et les sujets étaient suivis depuis moins longtemps.

Puis, en mars dernier, le Journal of the American Medical Association (JAMA) a publié une étude portant sur environ 30 000 sujets et qui concluait à une association «forte et positive entre la consommation d’oeufs et le risque de maladie cardiovasculaire».

«C’est ce qui nous a motivés à aller mettre à jour l’analyse qui avait été faite il y a vingt ans (…) et on a rajouté à ça la méta-analyse pour avoir le portrait global, a expliqué le chercheur.

«Ce qui est intéressant c’est que même si l’étude publiée en mars dans le JAMA avait observé une association positive et forte, quand on a mis tout ça ensemble (…) et même si on a des études qui ont montré des associations positives par le passé, le portrait statistique qu’on a est homogène et ne suggère aucune association.»

Cela étant dit, on n’a probablement pas fini d’entendre parler du sujet, puisque d’autres études sont en préparation.

«C’est ça la science, a dit M. Drouin-Chartier. L’important c’est le portrait global, et nous c’est ça qu’on a fait. Les chiffres qu’on a ne suggèrent aucune association et ça va rester comme ça pendant encore quelques années, je pense.»

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