Les opioïdes ont tué plus de gens en Ontario dans la deuxième année de la pandémie

TORONTO — Les opioïdes ont tué plus de personnes en Ontario au cours de la deuxième année de la pandémie par rapport à la première, mais la province a connu une baisse des décès en mars dernier, selon des données récemment publiées.

Environ huit personnes par jour sont mortes des opioïdes au cours de la deuxième année de la pandémie, selon les données préliminaires du Bureau du coroner en chef de l’Ontario. D’avril 2021 à mars 2022, 2790 décès liés aux opioïdes ont été enregistrés, en légère hausse par rapport aux 2727 de la première année de la pandémie.

Ce sont deux grands sauts par rapport à 2019, lorsque les opioïdes ont tué 1559 Ontariens, soit environ quatre personnes par jour.

«C’est continu et c’est mauvais et c’est devenu bien pire pendant la pandémie», a déclaré le Dr Dirk Huyer, coroner en chef de l’Ontario, lors d’une entrevue.

Mais les données montrent également que le taux de mortalité a chuté de 10 % au premier trimestre de cette année par rapport à la même période l’année dernière. Les données sont considérées comme préliminaires, car elles incluent à la fois les décès confirmés et probables liés aux opioïdes et sont susceptibles de changer, a souligné M. Huyer.

«Devrions-nous célébrer le fait que nous avons baissé de 10 % ? a dit M. Huyer. Non. Nous avons encore beaucoup de gens qui meurent, mais, oui, nous ne poursuivons pas dans la tendance à la hausse, donc c’est bien.»

Le nombre total de décès a chuté de 31 % en mars 2022 par rapport à mars 2021. L’Ontario a levé la plupart des restrictions liées à la COVID-19 ce mois-là, bien que M. Huyer estime pour le moment qu’il n’est pas possible d’établir qu’il s’agit d’une cause de la baisse du nombre de décès.

Dans l’ensemble, le taux de mortalité pour la toxicité des opioïdes en 2021 était de 19,5 décès pour 100 000 personnes, soit plus du double du taux de 9,1 décès pour 100 000 personnes en 2017.

Les données suggèrent à M. Huyer que le bond des décès liés aux opioïdes pendant la pandémie était dû au fait que davantage de personnes consommaient des drogues par elles-mêmes en raison de la diminution des services disponibles dans leurs communautés.

«Ces communautés rouvrent maintenant, donc il y a un certain soutien du point de vue de la sécurité, mais aussi un soutien pour le bien-être mental et les choses vont mieux dans l’ensemble», a déclaré M. Huyer.

Il a également souligné que les fermetures de frontières pourraient avoir eu un effet sur l’approvisionnement en drogue.

Le nord de l’Ontario reste le plus durement touché dans la province et le problème s’aggrave, la région ayant plus du double du taux de mortalité de toute la province.

«Thunder Bay, Sudbury, Algoma, tout simplement des augmentations significatives», a dit le coroner en chef de l’Ontario.

Le bureau de santé du district de Thunder Bay a enregistré un taux de mortalité lié aux opioïdes de 82,1 pour 100 000 personnes au premier trimestre, ce qui était le taux le plus élevé de la province et plus de quatre fois le taux provincial.

Le service de santé publique de Sudbury et des districts était le deuxième plus élevé avec un taux de mortalité lié aux opioïdes de 57,9 pour 100 000, tandis que le service de santé publique d’Algoma — à Sault Ste. Marie — était troisième avec un taux de mortalité de 52 pour 100 000.

Les hommes continuent de mourir des opioïdes à un taux disproportionné, représentant trois décès sur quatre en Ontario. Les hommes âgés de 25 à 44 ans représentaient 54 % des décès au premier trimestre de 2022.

Le fentanyl reste la substance la plus couramment trouvée chez les personnes décédées des suites d’opioïdes, selon les données. 

Certaines communautés plus touchées

Tara Gomes, une épidémiologiste à Unity Health Toronto qui étudie la consommation d’opioïdes, est prudente quant à la récente baisse des décès, affirmant que les données restent préliminaires.

«C’est si difficile de savoir avec certitude en ce moment, mais c’est mieux que l’alternative, que se poursuive ce que nous avons vu pendant la pandémie», a-t-elle déclaré.

Son travail s’est concentré sur les disparités entre les villes et les zones rurales ainsi que sur les défis dans le Nord.

«Je pense que bon nombre des services de réduction des méfaits que nous avons sont vraiment conçus pour bien fonctionner en milieu urbain, mais dans les grandes zones ou les zones rurales, c’est beaucoup plus difficile à planifier et à gérer», a-t-elle souligné.

Mme Gomes a dit croire que la province et le gouvernement fédéral devraient assouplir les règles sur les traitements aux opioïdes éprouvés comme le suboxone et la méthadone et étendre considérablement la réduction des méfaits et les espaces sûrs pour consommer des drogues.

Ses recherches ont révélé que les opioïdes tuent de manière disproportionnée la population sans-abri et les gens sans emploi pendant la pandémie. Cela a également grandement affecté les travailleurs de la construction, selon ses recherches.

«Nous n’avons toujours pas résolu ce problème», a-t-elle déclaré.

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