Les organismes caritatifs se réinventent pour recueillir des dons

MONTRÉAL — Les mesures sanitaires strictes en zone rouge empêchent la tenue de collectes de fonds de façon traditionnelle: exit les soupers spaghettis, bals, ou guignolées dans les rues. Plusieurs organismes caritatifs voient leurs options pour récolter des dons de fin d’année fortement réduites, alors que les besoins augmentent. Résultat: ils doivent aussi se réinventer.

Virage numérique

Pour le Centraide du Grand Montréal, il ne fait aucun doute que le virage numérique leur a permis de tirer leur épingle du jeu: «85 % de tous les dons recueillis sont issus de transactions électroniques, ce qui n’était pas le cas avant», confirme le vice-président au développement philanthropique, Yannick Elliott. 

Les dons en ligne se font depuis quelques années, toutefois ils ont carrément bondi en 2020. Leur campagne annuelle des Fêtes n’est pas encore terminée, mais les responsables entrevoient déjà la possibilité de recueillir entre 55 et 57 millions, des chiffres qui se rapprochent des 59,5 millions amassés l’an dernier. 

Au début de la pandémie, ils s’attendaient à une chute d’au moins 10 %. Cependant, celle-ci s’avèrerait plus de l’ordre de 3 %, selon les observations de M. Elliott. 

«Les résultats sont très encourageants, je dirais qu’ils sont meilleurs que ceux anticipés», dit-il. 

«Il y a une vraie solidarité qui s’observe à travers les différentes compagnies qui nous soutiennent annuellement», explique le responsable du développement philanthropique qui s’estime chanceux d’avoir pu implanter rapidement un système pour les dons en ligne pour les entreprises qui le désiraient. «On était des précurseurs et quand la pandémie est arrivée, on était prêt», rajoute-t-il. 

Depuis les dernières années, une grande partie des dons viennent d’entreprises, comme Hydro-Québec, CAE, Pratt & Whitney et plusieurs grandes banques, qui organisent des campagnes de financement auprès de leurs employés. 

Voilà près de dix ans que Centraide implante graduellement des plateformes de dons pour faciliter la collecte dans les milieux de travail. «Ça nous a permis de rejoindre les gens à distance», souligne-t-il. 

Il précise que cela leur a aussi permis d’offrir du soutien aux plus petits organismes communautaires faisant partie de son réseau. Ceux-ci n’ont pas toujours les ressources qui les aideraient à développer un site transactionnel. 

Le Centraide du Grand Montréal va ainsi distribuer les dons reçus selon les besoins spécifiques des quartiers auxquels il vient en aide, de Rosemont à Saint-Léonard en passant par Chomedey à Laval.  

Cette année, avec la crise sanitaire qui a entraîné des pertes d’emplois, les demandes des bénéficiaires s’orientent surtout vers les paniers de nourriture. « La pandémie a montré que personne n’est à l’abri et que n’importe qui peut se retrouver dans une situation de vulnérabilité», fait remarquer M. Elliott. 

Capsules numériques

Dans la dernière année, M. Elliott a beaucoup misé sur le web. Son équipe a réalisé des capsules vidéos faisant «la tournée de quartier virtuelle» et a lancé sa campagne annuelle tôt, en septembre, avec une vidéo de slam qui célébrait la diversité de la métropole. 

«On utilise beaucoup le numérique dans le but de sensibiliser les gens aux enjeux sociaux. On leur explique quelles sont les conséquences de la pandémie sur l’isolement social, et la santé mentale, à l’aide de témoignages de gens [qui l’ont vécu].»

«Solidarité communautaire inespérée»

Moisson Montréal et l’Armée du salut s’en tirent également plutôt bien grâce aux dons en ligne. Cette année, Moisson Montréal a pu offrir plus de denrées qu’à pareille date l’an dernier, confirme le directeur général, Richard D. Daneau. Il parle d’une «solidarité communautaire inespérée». 

Pour la période allant du 1er avril au 30 novembre, les responsables ont récolté l’équivalent en nourriture de 21 millions de plus, comparativement à l’année précédente. Un «bel exploit solidaire», dit-il. Il espère que la tendance se maintiendra, «il faut continuer, parce que tout le monde n’a pas repris sa job!». 

«Il y a encore 35 à 40 % plus de gens qui vont dans les comptoirs alimentaires», souligne M. Daneau. 

Quant à l’Armée du salut, l’organisme s’est associé à Rogers pour permettre aux gens de faire des paiements sans contact directement à ses «marmites de Noël». On peut habituellement les retrouver dans les centres commerciaux, à l’entrée des commerces et dans la majorité des magasins Costco du Québec, précise la porte-parole Brigitte St-Germain. 

L’initiative a été lancée lors de la Journée mondiale d’entraide, aussi appelée «Mardi je donne», selon ce qu’indique le site internet.

Inégalités

Il y a donc un clivage entre les grands organismes de bienfaisance et les plus petits joueurs, qui n’ont pas la structure financière pour implanter une plateforme numérique de dons. Ceux qui peuvent prendre le virage numérique en ressortent gagnants, tandis que les autres écopent.

M. Daneau est ravi d’avoir pu récolter plus de nourriture, en cette période ou plus de gens se retrouvent dans le besoin. 

Il se demande toutefois si les petits organismes de quartier, qui ont moins de notoriété, voire moins de ressources financières, «auront les reins assez solides» pour passer à travers la crise. 

D’autant plus que la plupart comptaient souvent sur des bénévoles plus âgés. «On est chanceux à Moisson Montréal, quoique les plus vieux aient dû cesser de faire du bénévolat par mesure de sécurité. On travaille avec plus de jeunes adultes.» 

CanaDon désire remédier à ce déséquilibre, du moins pour les dons en ligne. 

L’organisation qui offre du soutien aux organismes de charité qui désirent développer une plateforme de dons sur internet a vu la demande pour ses webinaires exploser de 161%, indique la vice-présidente des partenariats, Lys Hugessen. 

La pandémie a forcé plusieurs organismes à innover, ce qui n’est pas toujours facile, reconnaît Mme Hugessen: «La bonne nouvelle, c’est qu’une fois le système en ligne implanté, ça va très bien.»

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Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses de Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.