Les organismes de bienfaisance, très sollicités, sont pourtant à court de dons

OTTAWA — Les organismes caritatifs au Canada ont commencé à mettre à pied du personnel et à interrompre leurs services, qui sont pourtant des plus utiles en ces temps de crise.

Alors que ce secteur subit de plein fouet les impacts financiers de la pandémie, près de 86 000 organismes de bienfaisance enregistrés au Canada se tournent maintenant vers le gouvernement fédéral pour obtenir son aide, et plusieurs demandent des injections urgentes d’argent sonnant.

Imagine Canada, qui fait la promotion du travail accompli par d’autres organismes de bienfaisance, estime que les dons baisseront de 4,2 à 6,3 milliards $, et qu’entre 117 000 et 195 000 travailleurs pourraient être mis à pied — selon la durée de la crise.

Le gouvernement fédéral a annoncé lundi que les organismes de bienfaisance auraient droit à la subvention salariale de 75 % pour permettre de retenir leurs travailleurs. Mais d’autres programmes sous forme de prêts pourront être plus difficiles d’accès parce que les organismes caritatifs manquent parfois de garanties chez le banquier.

Bruce MacDonald, PDG d’Imagine Canada, affirme que la COVID-19 a mis en évidence les défauts structurels du secteur caritatif, et que de nombreux organismes ne pensent pas qu’ils pourront traverser cette tempête. C’est pourquoi un groupe d’environ 140 organismes, comme Centraide ou la Fondation Paul-Gérin-Lajoie, demande à Ottawa de créer un «fonds de stabilisation» de 10 milliards $ pour aider à couvrir la perte de revenus appréhendée à la suite d’une «pause économique» de trois mois.

En baisse avant la crise

Les dons aux organismes de bienfaisance avaient déjà globalement diminué ces dernières années. Et maintenant, le ralentissement économique lié à la pandémie a fait disparaître des sources massives de revenus dont dépendent les organismes.

De nombreux organismes comptent sur des fondations philanthropiques ou des particuliers qui saupoudrent chaque année une partie de leurs dons. Or, certaines de ces fondations et des particuliers ne peuvent plus se permettre de donner car ils manquent de revenus excédentaires en raison de la chute des marchés boursiers.

Par ailleurs, des événements comme les galas de bienfaisance, conférences et campagnes de collecte de fonds communautaires ou en milieu scolaire ont dû être soudainement annulés — laissant même parfois les organismes caritatifs avec la facture des frais d’annulation.

Exemple: le «Mois de la jonquille», campagne annuelle de la Société canadienne du cancer, qui voit généralement s’activer en avril 27 000 bénévoles, y compris par le porte-à-porte. Sa directrice s’attend à perdre près de 20 millions $ au cours du mois prochain, et des dizaines de millions de plus au cours des prochains mois.

«Comme tant d’organismes de la santé et de bienfaisance, les personnes que nous servons ont plus que jamais besoin de nous à cause de la pandémie, mais la distanciation sociale et une économie défaillante rendent la collecte de fonds beaucoup plus difficile», explique Andrea Seale.

Le «fonds de stabilisation» de 10 milliards $ demandé à Ottawa par le «Regroupement urgent des organismes de bienfaisance canadiens» serait plus facile d’accès que les prêts à faible intérêt ou les subventions remboursables, a expliqué Samantha Nutt, fondatrice et directrice générale de «War Child Canada».

«Plus nous tardons, plus cela deviendra catastrophique», a-t-elle soutenu.

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