Les organismes qui luttent contre le décrochage réclament l’aide du gouvernement

MONTRÉAL — Alors que le gouvernement du Québec présentera une mise à jour de son plan de réouverture des écoles au cours de la prochaine semaine, les organismes communautaires de lutte contre le décrochage réclament de ne pas être oubliés lors du retour à l’école.

La directrice du Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage (ROCLD), Mélanie Marsolais, a donc lancé un appel au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, afin que les organismes soient considérés dans le plan de réouverture des écoles.

«Il faut absolument que, dans son plan d’action, le ministère invite officiellement le milieu scolaire à collaborer avec le milieu communautaire», a affirmé Mme Marsolais.

Le 16 juin dernier, le ministre de l’Éducation a présenté son plan de réouverture des écoles, qui prévoyait un retour complet en classe pour tous les élèves du Québec à compter du mois d’août. L’enseignement hybride, mélangeant les cours dans la salle de classe et les cours en ligne, était possible à partir de la quatrième secondaire.

Le plan incluait la création de «bulles», à l’intérieur desquelles la distanciation physique n’aurait pas à être respectée. Une distance d’un mètre devrait cependant être respectée entre les élèves ne faisant pas partie d’une même bulle, et une distance de deux mètres devrait être observée entre l’enseignant et ses élèves.

Une nouvelle réalité qui pourrait avoir un impact sur la motivation de certains élèves lors du retour à l’école, selon des experts.

«Un jeune qui a un développement régulier, qui a de la motivation et qui a de l’énergie sera capable de surmonter ce défi. Mais pour un jeune qui avait déjà de la difficulté à se lever pour aller à l’école et qui n’est pas motivé, ce sont des obstacles de plus qui pourraient l’orienter vers le décrochage», selon Pierre Potvin, professeur-chercheur titulaire retraité au département de psychoéducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Véronique Dupéré, professeure à l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal, a aussi dit être «inquiète» qu’il y ait une hausse du décrochage cet automne. Selon elle, le retour à l’école est toujours difficile pour les élèves après une longue période d’absence — au retour des vacances d’été par exemple —, «sauf que cette année, ce ne sera pas deux mois, mais six mois». Le stress lié à la pandémie pourrait aussi être un facteur nuisant à la motivation des jeunes, selon l’experte.

Les organismes communautaires qui luttent contre le décrochage pourraient donc être davantage sollicités, mais ils devront eux aussi adapter leurs services pour demeurer dans le respect des mesures sanitaires.

«Les organismes seront appelés à réinventer leurs activités», a expliqué la directrice du ROCLD, Mélanie Marsolais. «Ils devront miser sur leur expertise pour créer des liens forts avec les jeunes et leur famille, tout en redéfinissant leur façon de les rejoindre.»

Ce processus est déjà amorcé, selon Ariane Cyr, directrice générale des Partenaires pour la réussite éducative en Chaudière-Appalaches (PRÉCA). «Déjà ce printemps, nous avons des organisations qui ont modifié leurs actions auprès des jeunes, que ce soit par la création de capsules vidéo ou par la tenue d’ateliers par vidéoconférence», a-t-elle expliqué.

L’expérience du printemps dernier aura prouvé à Mme Cyr que «ce n’est pas la sélection du médium (en présence ou à distance) qui est importante, mais bien de garder le lien avec l’enseignante ou l’intervenante».

La rentrée amènera un nouveau défi, puisque les élèves seront de retour à l’école, mais que les consignes sanitaires empêcheront toujours les organismes de retourner à leur fonctionnement d’avant la pandémie.

«Ce printemps nous avions une situation A, mais cet automne, ce sera une situation B, a rappelé Mme Cyr. Nous devrons faire le croisement entre nos connaissances théoriques et l’expérience du terrain, pour découvrir ce qu’il est possible de faire pour continuer à répondre aux besoins des jeunes.»

Malgré tout, le professeur Pierre Potvin est d’avis que les organismes communautaires pourront miser sur leur forte capacité à créer des liens avec les jeunes pour surmonter les contraintes liées à la pandémie.

«Dans nos recherches, l’élément qui s’est révélé être le plus efficace est l’accompagnement. Les organismes auront donc un rôle très important, car non seulement ils sont proches des jeunes, mais ils parlent leur langage», a-t-il expliqué.

L’adaptation à la nouvelle réalité engendrera des frais importants pour les organismes, selon Mélanie Marsolais, qui a soutenu que de l’aide financière sera nécessaire pour faciliter cette transition.

«Que ce soit pour de la formation, pour l’achat du matériel nécessaire aux interventions à distance, pour l’adaptation de nos environnements physiques ou pour embaucher du personnel supplémentaire, il faut que le gouvernement rehausse le financement des groupes communautaires en éducation», a plaidé Mme Marsolais.

«Nous sommes là, nous avons déjà l’expertise, alors il faut que le gouvernement nous soutienne davantage.»

 

Mathieu Paquette effectue un stage à la Presse Canadienne dans le cadre de son baccalauréat en communication (journalisme) à l’UQAM.