Les partis à Ottawa réclament en choeur la démission des dirigeants d’Hockey Canada

OTTAWA — La ministre des Sports, la libérale Pascale St-Onge, et des représentants des autres principaux partis politiques ont tour à tour réclamé lundi que des têtes roulent à la direction de Hockey Canada après que le Globe and Mail eut révélé que l’organisation détenait un second fonds pour régler des questions d’abus sexuels.

«Je le dis clairement: ça prend des démissions. Je ne crois pas que c’est possible de rebâtir la confiance en Hockey Canada, puis dans l’organisation avec les mêmes personnes qui ont permis à ce système-là d’exister», a tranché Mme St-Onge dans le foyer de la Chambre des communes.

Selon la ministre, les problèmes de leadership chez Hockey Canada sont «énormes» et les révélations qui ne cessent de surgir chaque semaine le démontrent.

Lundi, la ministre St-Onge s’est cependant dite réticente à la tenue d’une enquête indépendante puisqu’il y a «déjà plusieurs enquêtes en cours», mentionnant l’audit financier, l’enquête de la Ligue nationale de hockey, les enquêtes de corps policiers locaux et les travaux au comité permanent du patrimoine canadien.

«Donc tout ça va apporter des résultats, puis on va voir à partir de ça c’est quoi les prochaines étapes», a-t-elle soutenu.

«Dehors!»

Or, la Chambre des communes s’est prononcée à l’unanimité dans les derniers mois en faveur d’une motion réclamant une enquête indépendante sur la façon dont Hockey Canada «traite les plaintes d’agressions sexuelles, de harcèlements sexuels et d’autres types d’inconduites qui lui sont rapportées», a rappelé le porte-parole bloquiste en matière de sports, Sébastien Lemire.

Il faut changer la culture de ce sport «en profondeur», a expliqué M. Lemire. Et bien que comme d’autres députés l’élu bloquiste peinait à dire quelles sanctions pourrait être prise face Hockey Canada, un organisme indépendant dont la direction s’accroche, il a admis que «notre travail, c’est de maintenir la pression».

Selon le Bloc québécois, il faut du changement à la haute direction et au conseil d’administration. «Il faut faire table rase (…) parce que la confiance n’est plus là», a résumé M. Lemire.

Même son de cloche chez les conservateurs. Le député Richard Martel n’y est pas allé de main morte à son arrivée au parlement. «Clairement, là, ça prend un ménage complet. Conseil d’administration, puis les dirigeants de Hockey Canada: dehors!», a-t-il lancé.

Et qui va les mettre dehors, s’ils sont indépendants? Que devrait faire précisément la ministre St-Onge? «La ministre, elle a des pouvoirs, elle peut réglementer certaines choses, a-t-il répondu. On va regarder ça tout le monde ensemble et il faut avoir des actions plus claires que ce qu’il y a présentement.»

Le Nouveau Parti démocratique a pour sa part transmis une lettre au gouvernement l’appelant à «prendre ses responsabilités» et pour qu’il fasse une vérification des états financiers d’Hockey Canada afin d’«en avoir le cœur net» sur l’utilisation des fonds, a dit le député Peter Julian.

«Je pense que tout le monde (…) croit qu’il devrait démissionner», a-t-il laissé tomber.

Mais le grand patron de Hockey Canada, Scott Smith, a indiqué on ne peut plus clairement lors d’un témoignage houleux devant le comité du patrimoine canadien à la fin juillet qu’il n’avait aucune intention de quitter son poste. Le conseil d’administration de la fédération a par la suite annoncé qu’il le soutenait ainsi que son équipe de direction.

Le président du conseil d’administration, Michael Brind’Amour, a pour sa part remis sa démission au début août, avant la fin de son mandat en novembre, estimant qu’il est «inutile d’attendre avant d’entamer une nouvelle ère».

M. Brind’Amour comparaîtra mardi devant le comité du patrimoine canadien tout comme celle qui occupe le poste de présidente par intérim du conseil d’administration, Andrea Skinner.

Un scandale n’attend pas l’autre

L’organisation ne cesse de faire les manchettes. La saga a débuté en juin lorsque le réseau TSN a révélé qu’une femme qui aurait été agressée sexuellement par huit joueurs de la Ligue canadienne de hockey après un gala de Hockey Canada en juin 2018 a abandonné une poursuite après avoir conclu une entente à l’amiable.

Les dirigeants de l’organisation ont défilé en comité parlementaire à la fin juin et les élus ont découvert qu’aucun joueur impliqué n’avait été identifié. La ministre St-Onge a alors annoncé que le financement de l’organisation serait gelé et ordonné une vérification comptable.

Quelques semaines plus tard, La Presse Canadienne a révélé qu’Hockey Canada détenait un fonds pour payer les réclamations pour abus sexuels, ce qui a valu à ses dirigeants un autre passage sur le grill en comité parlementaire où ils ont déclaré avoir conclu neuf autres règlements depuis 1989 dans des affaires d’inconduites sexuelles.

Puis, en septembre, des élus ont dénoncé un sondage distribué par Hockey Canada qui aurait notamment demandé à des parents de joueurs d’indiquer s’ils jugent exagéré le niveau de critique des médias au sujet des allégations d’agressions sexuelles ayant entaché l’organisation.

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