Les partis doivent s’engager à créer des places en CPE, selon Pierre Fortin

L’économiste et chercheur réclame notamment un engagement clair de toutes les formations politiques «pour que le développement des enfants soit pris en charge par tous les élus, peu importe les partis».

Photo : Pixabay

QUÉBEC — À quelques mois de la campagne électorale, tous les partis devraient appuyer l’ouverture massive de places en Centres de la petite enfance (CPE), un «joyau» qui fait l’envie de par le monde.

C’est ce que plaide l’économiste et chercheur Pierre Fortin. Le système actuel mis en place par le gouvernement Couillard favorise le réseau privé et défavorise les enfants, conclut-il, dans une entrevue réalisée au cours des dernières semaines avec La Presse canadienne et diffusée mercredi.

Cela coïncide avec la parution cette semaine d’une étude de l’Observatoire des tout petits. On apprend que près d’un enfant sur quatre fréquente un milieu de piètre qualité. Par contre, on apprend que les CPE offrent de loin la meilleure qualité dans tous les types de services à la petite enfance au Québec.

Or il y a 38 000 personnes qui attendent d’avoir une place en CPE ou en service subventionné actuellement au Québec, a rappelé l’opposition péquiste.

Selon M. Fortin, il y a clairement un système à deux vitesses au Québec. Le régime de crédits d’impôt remboursables pour frais de garde instauré par les libéraux permet au gouvernement d’économiser sur le coût des services de garde en poussant les parents vers les garderies privées, mais au détriment du développement des enfants, leur santé, leur apprentissage, leur autonomie, leur comportement, a tranché l’économiste.

«L’objectif ne devrait pas être de mettre de l’argent dans les poches de Carlos Leitao (le ministre des Finances), c’est l’avenir des enfants du Québec qui est en cause.»

C’est un faux «libre choix» qu’on laisse aux parents, estime-t-il. «Ils sont pris à la gorge et veulent payer le moins cher possible, alors ils ne peuvent pas tenir compte de la qualité des soins, même s’ils en sont conscients. (…) On empêche son enfant d’aller recevoir les soins déclarés parmi les meilleurs au monde selon les grandes revues scientifiques.»

Il réclame un engagement clair de toutes les formations, la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral (PLQ) et le Parti québécois (PQ), «pour que le développement des enfants soit pris en charge par tous les élus, peu importe les partis».

Jusqu’à maintenant, il n’y a que le PQ qui s’est clairement engagé en faveur d’un développement accéléré des CPE, et même d’un moratoire sur les garderies privées non subventionnées. Le parti de Jean-François Lisée propose un retour au tarif universel de 8,05 $ par jour, 4 $ pour le deuxième enfant et gratuité pour le troisième et le reste de la fratrie.

Le PQ se plaît d’ailleurs à rappeler constamment que la CAQ souhaite «encourager le modèle d’affaire des garderies privées à but lucratif, un modèle d’affaires intéressant».

M. Fortin n’est pas contre les garderies privées, mais exige qu’on leur impose les mêmes normes qu’aux CPE, pour que la qualité soit comparable.

«Je ne suis pas un Québec solidaire ou un post-marxiste, je défends la place du marché privé, mais il a des défaillances, et c’en est une, et pour la corriger, il faut imposer les mêmes normes de qualité.»

Il a cité le chercheur Richard Tremblay de l’Université de Montréal, une sommité en matière de développement de l’enfance et de l’adolescence, qui a démontré qu’on peut prédire avec une grande justesse qui seront ceux et celles qui réussiront leur secondaire, à partir de leur développement quand ils arrivent à la maternelle.

«C’est extrêmement important, les cinq premières années dans la vie», a insisté M. Fortin.

Et en outre, les CPE ont aussi atteint d’autres objectifs de façon «spectaculaire» en faisant ainsi l’envie partout dans le monde, a-t-il poursuivi. Ils ont réussi à augmenter le taux d’activité des jeunes femmes au Québec, leur participation au marché du travail, la plus élevée au monde, à 86 pour cent, et cela sans diminuer le taux de natalité, qui a même augmenté depuis 2000.

«C’est important que les gens comprennent qu’il n’y a qu’au Québec que les gens chialent contre notre système des Centres de la petite enfance (CPE)», a déploré l’économiste.

Dans les derniers mois, il a donné une conférence à Londres sur les CPE et a reçu la visite de journalistes de Séoul qui s’intéressaient à la recette québécoise. Des représentants du Fonds monétaire international (FMI) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sont aussi venus au Québec.

«Le système québécois a une grande réputation à l’étranger, tous les gens cherchent à savoir ce qui s’est passé, ce qu’on a appris. (…) L’intérêt pour le système québécois est extrêmement répandu et positif à l’extérieur.»

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8 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Les québécois chiale contre le système car ils connaissent le système… la même chose que Trudeau, le monde entier idolâtre Justin Trudeau mais les canadiens en ont plein leurs casse parce qu’il le connaissent et savent ce qu’il en retourne… Les CPE et Justin Trudeau brillent dans le monde entier car on les montre sous l’angle qu’on veut bien les montrer aux étrangers… J’ai 5 enfants dont 2 qui ont fréquenté des garderies en milieu familial non subventionné et ils réussissent très bien à l’ecole Et ils on eu le temps d’etre des enfants, pas des futurs payeurs de taxes qui doivent apprendre une routine exemplaire afin de travailler 40 hres semaine pour un salaire de crève-faim sans chialer quand ils vont être adultes parce que c’est ce qu’ils apprennent dans les CPE, routine réglée au quart de tour ,pas de place pour l’improvisation , même chose à la même heure tous les jours, pas de coin rond et pas de bout qui dépasse ……

@ Paul Beliard

Je trouve bien singulier que vous écrivissiez cela. Ces commentaires sont clairs et bien formulés. Plusieurs observations sont très justes. Toute personne avisée se devrait, selon moi, plutôt de les agréer. La plupart des gens parlent de ce qu’ils ne savent pas. De toute évidence Annie nous parle de ce qu’elle, elle sait.

Peu de femmes au Québec sont encore des mamans de 5 enfants.

Être mère de cinq enfants ne confère pas des connaissances particulières en pédagogie. Puisque les enfants de cette dame n’ont jamais fréquenté un CPE, au contraire, certains ont fréquenté une garderie en milieu familial non subventionné (les pires selon les études sur la qualité des services) et qu’elle n’a aucune connaissance, ni du dedans, ni du dehors, de ce qui se passe dans un CPE, elle n’a donc aucune base pour porter un jugement. Je doute sérieusement que cette dame sache de quoi elle parle.

Je rejoins monsieur Béliard quand il déclare que cette dame est difficile à suivre. Quelle relation y a-t-il à payer des taxes et d’avoir été un enfant d’un CPE ? Croit-elle que ses enfants qui n’ont pas fréquenté un CPE ont eu une éducation innée qui les dispensera de la routine et de payer des taxes ?

Enfin! Les pendules sont remis à l’heure. Merci tellement monsieur Fortin de rétablir les faits. Espérons que l’ensemble des québécois, non seulement les lecteurs de l’Actualité, seront bien informés de l’importance de cet enjeu.

Rappelons tout de même pour mémoire que monsieur Fortin est un des co-créateurs du modèle de garderies québécois (CPE). Il défend régulièrement ce modèle, notamment dans des articles publiés chaque année dans les colonnes de L’actualité.

Il soutient en quelques sortes son : « bébé ». Mais justement est-il aussi fort que cela ?

Divers pays dans le monde ont développé d’autres modèles pour faire garder leurs enfants. Le modèle québécois est un des moins coûteux au monde pour les parents. D’autres modèles comme celui mis en place par la Norvège notamment sont réputés excellents. Les parents payent plus et s’impliquent plus.

L’organisation du travail est plus flexible et les revenus supérieurs.

L’avantage de ce genre de modèle c’est : la décentralisation. Ce sont les municipalités et les citoyen(ne)s eux-mêmes (les parents) qui déterminent leurs besoins.

La flexibilité en matière d’éducation des petits enfants a fait ses preuves. Elle vise aussi à pousser les parents à ne pas se désengager de l’éducation et de la croissance de leurs enfants.

C’est bien beau de vouloir ouvrir plus de CPE ; il convient cependant de préciser que nous manquons encore singulièrement au Québec d’éducateurs et d’éducatrices spécialisés qualifiés et dûment rémunérés. Quant au personnel de soutien des garderies privées et des CPE il est encore dans la catégorie des employés qui sont encore placés sous ou proche du seuil de la pauvreté au Canada.

Pas de quoi tellement pavoiser sur le modèle québécois.

Quant au maintien du taux de natalité, c’est principalement dû aux communautés culturelles, aux émigrants et aux Québécoises et Québécois qui courageusement souscrivent encore à des valeurs religieuses et familiales. La baisse de l’immigration au Québec et la monté en puissance des valeurs extrémistes de droite devraient probablement dans les dix prochaines années sonner le glas de toute forme de renouvellement de la population.

D’ailleurs, j’ai pu remarquer qu’il y a des garderies qui ferment régulièrement malgré ces besoins apparents.

L’étatisation de l’élevage de nos enfants devait corriger notre taux effarant de décrochage scolaire et plus particulièrement chez nos garçons.

Selon les toutes dernières statistiques, c’est un échec total.

La réalité fait peur…