Les partis fédéraux pressés de s’entendre sur des règles électorales en pandémie

OTTAWA — Que se passe-t-il si le gouvernement libéral fédéral minoritaire est défait cet automne et qu’Élections Canada conclut qu’il est impossible de mener une élection en toute sécurité parce qu’une deuxième vague du coronavirus balaie le pays?

Ce scénario catastrophe était dans l’esprit de certains politiciens fédéraux alors qu’ils observaient le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs, déclencher des élections anticipées, lundi, devenant la première juridiction au Canada à envoyer les électeurs aux urnes en pleine pandémie de la COVID-19.

Le Nouveau-Brunswick servira sans aucun doute d’exemple pour tirer quelques leçons sur la manière de mener une élection en toute sécurité.

Cela pourrait aussi entraîner d’autres partis d’opposition fédéraux à se rallier au Bloc québécois, déterminé à renverser le gouvernement de Justin Trudeau à la première occasion.

C’est pourquoi le porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière de réforme démocratique, Daniel Blaikie, a appelé ses homologues des autres partis à discuter dès maintenant de la meilleure façon de tenir une élection en toute sécurité plutôt que d’avancer les yeux fermés vers un chaos potentiel.

«Le pire serait d’arriver au point où l’on dit: « OK, nous avons des élections », puis d’avoir des différends sur le processus et de voir quelqu’un au sein du système politique décider qu’il est dans son intérêt de commencer à attaquer la légitimité du processus démocratique qui serait déjà en cours», a-t-il déclaré en entrevue.

Daniel Blaikie a donné en exemple de chose à éviter au Canada les allégations non fondées du président des États-Unis, Donald Trump, selon lesquelles les bulletins de vote par correspondance entraîneraient une vaste fraude électorale lors de l’élection présidentielle de novembre.

«Nous n’avons pas besoin d’une crise politique en plus d’une crise sanitaire et d’une crise économique», a-t-il résumé.

Dans le cadre de ses préparatifs en vue d’une éventuelle élection en temps de pandémie, Élections Canada a mis sur pied un groupe de travail interne pour évaluer la capacité de l’agence à procéder au scrutin en toute sécurité. Cela inclut sa capacité à gérer des bulletins de vote par la poste, à trouver d’autres bureaux de vote et à assurer la sécurité des électeurs et des travailleurs d’élection.

Mais Élections Canada est limitée dans son action en vertu de la loi actuelle. Dans un article publié sur son portail Web, au sujet de l’incidence de la COVID-19 sur la planification des élections, l’agence note que la Chambre des communes doit modifier la Loi électorale du Canada pour permettre qu’une élection générale soit entièrement menée par correspondance.

L’agence ajoute également un avertissement: «Dans un cas extrême, suivant des recommandations des experts en santé publique, le directeur général des élections pourrait certifier qu’il est impossible pour Élections Canada de conduire l’élection dans une ou plusieurs circonscriptions, et demander au gouverneur en conseil le retrait du bref. Ce serait une première dans l’histoire d’Élections Canada.»

C’est cet avertissement qui inquiète particulièrement le député Blaikie. Le pire scénario, selon lui, serait que le gouvernement soit défait ou que Justin Trudeau déclenche des élections; que le parlement soit dissout par le gouverneur général; et qu’ensuite Élections Canada réponde: « Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir faire cela »».

Le 25 juin, M. Blaikie a écrit à ses homologues des autres partis fédéraux pour leur demander de travailler ensemble pour trouver un moyen de garantir qu’une élection puisse se dérouler en toute sécurité pendant la pandémie avec un processus «politiquement légitime».

Personne n’a encore répondu à sa lettre.

«Je trouve assez choquant que nous ayons des gens là-bas qui parlent sérieusement de vouloir une élection et des conditions dans lesquelles ils précipiteraient une élection alors que nous ne savons pas vraiment comment organiser correctement une élection en ce moment.

Le premier ministre sortant du Nouveau-Brunswick, Blaine Higgs a prédit lundi qu’il y aurait peu de difficultés à organiser des élections sûres, même si les candidats ne font pas de porte-à-porte ou ne distribuent pas de brochures.

Avec moins de 200 cas de COVID-19 et seulement deux décès depuis mars, le Nouveau-Brunswick s’en est tiré relativement indemne. Dans tout le pays, 122 000 Canadiens ont été infectés et 9000 en sont morts.

La directrice générale des élections du Nouveau-Brunswick, Kim Poffenroth, a déclaré que son agence avait institué un certain nombre de mesures sanitaires. On parle de marquage au sol dans les bureaux de scrutin, du respect de la distanciation physique, de la désinfection des mains, de fournir des masques jetables aux électeurs, d’obliger les travailleurs à porter le masque ou la visière, d’embauches supplémentaires pour gérer la circulation des électeurs et désinfecter les surfaces.

De plus, Élections Nouveau-Brunswick a renoncé à ouvrir des bureaux de vote dans les foyers de soins pour personnes âgées. On entend faciliter le vote par correspondance pour les résidents de ces établissements.

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